LIVRE il
champêtre , et la foudre qui doit le frapper gronde déjà dans le lointain.
Des accusations vagues et absurdes commencent à circuler.
L'innocence et l'intérêt général , quelle que soit leur importance , n'ont que des voix , d'ordinaire bien faibles et bien timides , à opposer aux efforts des passions.
On chercha d'abord à rendre suspectes les vertus de M. de St.-IIilaire , à déverser la haine et le mépris sur ses nobles travaux , à faire naître la méfiance et le soupçon sur son caractère : on semblait n'attaquer que sa personne , mais c'était dans le fonds son école que l'on voulait atteindre. Tant et de si perfides insinuations ne servirent qu'à montrer dans tout son jour le mérite du respectable pasteur , et qu'à donner plus d'éclat aux témoignages d'estime et de la confiance qui l'entouraient. Mille invectives répétées sans aucun discernement , vinrent aussi s'émousser contre le bon sens public. Alors les basses et sordides passions, qui poursuivaient celte école pour l'étouffer à sa naissance, sans se laisser déconcerter de la mauvaise issue de leurs premières tentatives, s'irritent de leur impuissance ; elles ont recours à leurs moyens ordinaires ; elles feignent un zèle et un respect hypocrites pour le gouvernement : comme si la bienfaisance sincère et modeste pouvait jamais déplaire ou nuire au gouvernement. Autrefois l'orgueil d'un philosophe se montrait à travers les trous des haillons, dont se couvrait le calcul
d'une modestie avide de louanges et affamée de témoignages de respect et d'admiration. Le sentiment qui animait les ennemis de ce digne et bon pasteur se laissait entrevoir sous l'appareil mal déguisé d'un langage artificieux. Nul ne prenait le change sur le motif qui guidait les destructeurs de cette inoffensive école ; ce motif n'était pas noble ; il n'était ni pur , ni généreux ; tout le monde le comprenait : la délation n'en eut pas moins son effet ; et quelques jours après, au nom d'une loi faite pourtant sous les inspiralions de l'amour et par les amis du peuple , on vint priver douze de ces jeunes villageois des leçons salutaires que réclamaient leur âge et leur ignorance , et que dictaient au pasteur la science et la vertu.
M. de St.-Hilaire , soumis aux lois en vrai chrétien , c'est-à-dire en homme résigné , ne laissa pas échapper un murmure contre une si funeste rigueur ; mais il laissa échapper une larme sur les pieds de celui qui a dit : Instruisez tous les hommes. C'est ainsi que fut fermée l'école du hameau.
Les enfans , forcés de rentrer dans le sein de leurs familles , eurent un sort bien divers.
Les plus infortunés restèrent privés de toute éducation (1 ) , et avec eux la génération entière de
(l)La sollicitude paternelle du gouvernement a obvié aujourd'hui à ce malheur. L'établissement d'unînstitutear , imposé à chaque commune , donne aux familles pauvres la facilité de procurer une instruction gratuite à leurs enfans.