‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 31 sur 139 · LITRE II · texte numérisé non relu

LITRE II

tous les autres enfans pauvres de cette paroisse, qui, déconcertés par l'acte de sévérité dont ils gémissaient, n'eurent aucun moyen d'oser même aspirer aux bienfaits de l'instruction.

Ce fut une génération tout entière abandonnée, et bien des hommes qui seraient devenus des agriculteurs intelligens, s'ils avaient pu recevoir les enseignemeus de leur sage pasteur , furent condamnés pendant leur vie, presque automate, à rouler toujours dans le cercle étroit d'une perpétuelle et inintelligente routine.

Quelques parens auraient eu assez de fortune pour envoyer leurs enfans s'instruire au loin : mais le mallienr de plusieurs familles voisines les effrayait. Ils aimèrent mieux garder leurs enfans dans l'ignorance que de les envoyer acquérir une science funeste au prix du trésor précieux de l'innocence. En effet, plusieurs jeunes gens qui étaient sortis de leurs villages , purs et vertueux , y étaient rentrés dissolus et plus pervers qu'éclairés, affectant, dans toute occasion , un révoilant pédantisme , un monstrueux dédain pour les auteurs de leurs jours , un audacieux mépris pour la religion, un scepticisme désolant , une indifférence qui semblait les affranchir de toute affection et de tout principe.

Néanmoins on autorisa M. de St.-Hilaire à conserver trois de ses élèves , et l'on comprend facilement qu'Alphonse fut l'un des élus.

Trois autres jeunes gens déterminèrent , par leurs larmes , leurs parens à les envoyer au collège ; l'un d'eux s'appelait Alexis ; une partie

G2 ALP110INSF.

de son histoire se rattache à celle d'Alphonse : voilà pourquoi je mentionne ici son nom.

M. de St.-IIilaire était vénéré dans toute la contrée : le bruit de la destruction de son école y produisit une fâcheuse impression.

si le roi, répétaient les bons villageois, ô si le gouvernement savaient tout le bien que faisait ce digne pasteur par le moyen de son école? Il apprenait aux laboureurs à servir Dieu et leur patrie ; il leur montrait leurs devoirs ; il les consolait dans leurs chagrins ; il leur enseignait à régler leurs comptes et leurs affaires ; à bien vivre , à bien parler ; il les rendait heureux dans leur condition qu'il savait si bien leur faire estimer. Son presbytère était une école de civilisation , de progrès, de sciences et de vertus c'était la seule que pussent fréquenter nos jeunes laboureurs : les voici donc pour jamais livrés à l'ignorance la plus profonde et la plus déplorable (1).

(1) C'est bien ici le cri delà nature.. .Un cri de détresse.... Le gouvernement a entendu les gémissemens du peuple : la bienveillante et active protection qu'il accorde au* frèref des écoles chrétiennes ; l'empressement avec lequel ces mo desles el habiles instituteurs sont .accueillis dans pï( sque toutes les grandes cités de la France ; l'infatigable vigilance

avec laquelle le gouvernement cherche a | rvoir les plus

petites communes d'un instituteur éclairé el moral, révèlent tout à la fois et la marche du progrès et la noble sollicitude de l'autorité. C'est avec bonheur , c'est avec on vifsentimeni de gratitude que je signale ce commencement d'améliorations,

|U'<'inier germe de mi> j 1 1 ti- douces < sjx'-railCOS.

Page 1