‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 33 sur 139 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

» intérêt , d'opprimer les hommes pris isolément , surtout

» quand ils sont comme nous, pauvres et s;uis appui; il délé-

» riorerail la morale et L'honnêteté publiques; car les hommes

» ne *ont honnêtes qu'en raison de la pureté des principes

u qu'ils professent , et qui leur ont été enseignés ; loin donc

» de placer des hommes sans principes à la tête de la société,

•> la raison nous apprend à les en éloigner. Voyez la con-

» duite d'un sage berger : il obéit à l'inspiration de la na-

u tore lorsqu'il éloigne de son troupeau la brebis qui pourrait

v répandre la contagion ; et si , par défaut de vigilance ,

» tout son troupeau avait été atteint , il chercherait encore

» par ses soins à garantir les tendres agneaux. Il pourrait

» leur choisir un abri qui les séparât du danger, plus favo-

» risé pour son troupeau que nos pères ne le sont pour nous,

» puisqu'on nous arrache du lieu où nous avions trouvé tant

de bonheur et tant de sûreté ! Oh ! non , non, le roi ne

o sait pas combien nous sommes opprimés : la voix du pauvre

» ne fait pas grand bruit ; les larmes qu'il verse dans la so-

» lilude n'attendrissent personne. Le roi et le gouvernement

u n'invoquent que la justice ; ik ne réclament que le respect

» de tous les droits ; et ils ignorent qu'on bannit mes jeunes

» compagnons de chez M. de Sl.-Hilaire, en violant tous les

u droits naturels et divins qu'ils ont de se faire instruire.

a Dans les grandes cités , il est faede de se choisir un ins-

ii tilutcur : dans les petits hameaux , nous n'avons que celui

« que la charité chrétienne envoie pour évangéliser le pauvre.

» Il est vrai que ces hommes , à langage sévère et inexo-

» rable, nous exaltèrent beaucoup le mérite de l'école voisine.

» Mais une école voisine suflil-elle au besoin du pauvre ? Ne

» lui faut-il pas un maître assez bon pour le caresser , assez

» tendre pour ne pas se révolter de sa grossièreté, assez com-

» plaisant pour choisir ses heures d'étude? Tant de bonté ,

» tant de compassion, où les trouver, pour nous , ailleurs

» que dans le presbytère ?

» On se plaint de l'humeur sombre du pauvre : eh ! peut- » il être bien riant , dans sa triste chaumière privée d'air , » où il trouve la faim , l'humidité ! S'il demande du pain , « souvent ce sont des opprobres qu'on lui donne pour le » rassasier! S'il reste seul, il ne peut pas se garantir de l'i ri— a leinpérie des saisons ; s'il va dans la société des hommes , » tout le monde le traite avec mépris : on lui reproche son ignorance après lui avoir enlevé les moyens de s'instruire. • Sa paresse , son incurie , son défaut d'industrie sont des » suites inévitables de son ignorance , et l'on fait retomber » sur lui , comme le poids d'un crime , le malheur de sa » position.

» Ces hommes mêmes, qui sont venus nous chasser 'l<u chez noire bon maître , attendris par nos larmes , sem.-

blaienl vouloir se dissimuler ce qu'il y avait d'inhumain à dépouiller Le pauvre , el d'odieux dans leur mission de

igueur. Tous les hommes , nous disaient-ils, sont égaux détruit la loi. Mais peut-il y avoir une lui qui enlève au pauvre les seuls moyens qu'il a de s'instruire, tandis qu'elle les prodigue au riche ? Oh ! qu'elle est dure el dérisoire relie égalilé , quand c'est en son nom que l'on vient interrompre la mission que le Sauveur donna à ses ministres

i d'évangéliser les pauvres; car c'csl surtout en instruisant les hommes qu'on prépare leur coeur a recevoir la semence de l'évangile. Tous les hommes sonl égaux , oui devant Uieu ! aux yeux de la religion , ils ont ions un père commun , ils sonl tous créés pour une même fin , ils sont tous les frères de .I.-C. Mais aux yeux du monde .'... Voici que l'on a mis déjà une différence entre mes frères et moi. Où irais-je m 'instruire , si l'on m'eût aussi chassé de chez M, de St.-Hilaire ? A l'école de la ville ?... On n'est plus pauvi c dès que l'on pcul aller s'établir en ville. — (le n'est pas un

> grand malheur de rester ignorant , quand on est destiné ■> cultiver In terre? — D'abord , on ne la cultive pas avec la même intelligence , ni peut-èlrc avec la même activité. — Encore si l'on restait dans une heureuse ignorance du mal !

» Mais, si l'on n'est pas instruit par un maître vertueux , ou est instruit par le monde , el quelles leçons en reçoil-on ? On se plaint de toutes parts que les crimes se multiplient , que la corruption des villes s'insinue el pénètre jusque dans le fond des campagnes , avec ses barbares et honteux raf finemens ; on Ledit hautement, on le voit, on le touche (1), et la roule qui conduit a la vertu est encombrée. On désire que l'enseignement soit chrétien , qu'on élève les enfans «lui- des pensées de foi et d'espérance ; on devrait donc les rapprocher de la vertu el de la religion. Maison réside la religion , si ce n'cfil dans le rieur de notre bon pasteui .Me, parens n'avaient pas assez de fortune pour m envoyer étudier au loin : et quand ils l'auraient pu , ils >e seraient bien gardés de me faire respirer l'air empoisonné des villes. Ils auraient redouté pour moi le suri de ces jeunes gens donl on m'avait si expressément défendu I je n'en

i devinais pas la raison Le la vois bien clairement aujourd'hui : ils étaient si impies, si blasphémateurs, si

i Ce n'est ici qu'uni vérité trop sensible el donl le Frappé comme l'homme sons expéi nuée

i.iuel moyen d'arrêter un torrent m terrible qui envahit tout el menace dp lonl entraîner '.'

L'aulorilé de l'exemple paternel dans le foyer domestique, les M)inspifuxel lendres de la mère, l'action du sacerdoce dans la société , la direction des éludes ii le caractère religieux que l'on tend aujourd'hui b impritnei à nos écoles peu> ni seuls compléter la grande n-n\ re de notre rég met

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