LIVRE III
ces âmes préparées la lumière c( la vie ; ainsi les brùlans rayons du soleil communiquent plus d'ardeur et d'éclat quand ils sont concentrés dans un foyer plus étroit.
Alphonse , qu'un saint et généreux enthousiasme devait jeter dans une carrière de vertu et de combats , avait besoin d'un cœur fortement trempé , d'un esprit affermi et rectifié par l'étendue , la profondeur , et surtout la solidité de ses connaissances. Pour atteindre à ce double but , pouvait-il être à une meilleure école ? Donnons un aperçu du système d'enseignement adopté par M. de St.-Hilaire.
Le magnifique spectacle de la nature est la source des plus douces et des plus constantes jouissances ; il offre les objets les plus capables de provoquer l'admiration et de fixer l'attention : la nature fut donc le premier livre que M. de St.-Hilaire ouvrit et livra à la méditation de ses élèves.
Dans une belle soirée , à la promenade , sous un horizon brillant et découvert , il leur montrait la majestueuse retraite du soleil , et le point où ils le voyaient disparaître fut appelé le coucher ; le lendemain , lorsque le ciel rougi par les feux de l'aurore, avant-courrière du jour, laissait à peine apercevoir les étoiles semées comme des fleurs dans le firmament pour embellir la nuit; que les oiseaux , par leurs concerts et leurs harmonies multipliées , invitaient l'homme au travail et au bonheur , en lui annonçant la fuite des ténèbres; que la rosée, ré-
pandue en larmes brillantes sur le feuillage , réfléchissait les milles variétés des plus vives couleurs ; M. de St.-Hilaire conduisait ses élèves sur le môme lieu , et le point d'où partaient les rayons étincelans de l'astre qui vivifie la nature, était appelé le lever du soleil. Lorsqu'ils avaient la figure tournée vers ce point , la partie de l'horizon correspondante à leur droite s'appelait le midi , et la partie correspondante à leur gauche s'appelait le nord ■. voilà les quatre points cardinaux bien fixés dans l'esprit des élèves , et là se bornait la première leçon.
La pointe d'un rocher , ou le sornmet d'un chêne antique servait à désigner avec exactitude le point du lever du soleil : la distance de ce point à celui où il se levait six mois plus tard devenait une occasion d'expliquer naturellement la révolution du soleil , son entrée et sa course dans les signes du zodiaque , la différence de la température et de la durée des nuits et des jours. Après avoir contracté le goût de l'observation , et avoir bien connu le cours du soleil , pouvaient-ils résister au désir de connaître et d'observer les planètes et les constellations ? Cette science ne fut elle pas celle qui conduisit les mages de l'orient et les bergers de la Judée à l'étable de Bethléem? Dieu veut que toutes les intelligences se portent vers les cieux , qui instruisent les hommes à révérer leur auteur.
- Mais pouvait-on étudier le cours du soleil , observer les astres , et rester indifférent à la connaissance de la terre , des mers?