‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 38 sur 139 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

La plupart des hommes se contentent de jeter un coup-d'œil sur les objets qui les environnent ; M. de St.-Hilaire accoutumait ses élèves à les regarder avec soin ; c'était le seul moyen de leur en faire saisir les rapports réels et de leur faire déterminer ces rapports avec justesse ; aujourd'hui il leur faisait l'esquisse de l'organisation d'une plante qu'il tenait à la main ; il leur montrait les qualités qui la confondaient avec les autres plantes et celles qui l'en distinguaient ; c'est ainsi qu'il les introduisait à l'étude aimable de la botanique.

Le retour des feuilles est pour tous les êtres de la nature le signal d'une nouvelle vie ; il devenait pour les élèves de M. de St.-Hilaire l'occasion d'une nouvelle instruction : il ne leur disait ni les douces émotions qu'elles font naître dans le cœur de l'homme , ni le charme qu'elles ont pour sa vue ; mais il leur faisait observer leurs usages , et l'influence qu'elles exercent sur la vie des hommes et des animaux , leur utilité , en un mot , dans l'économie générale ; et quelquefois aussi il faisait jaillir de ces observations des vérités d'un ordre plus élevé. Alphonse , un jour en contemplant la chute , hélas si prompte , des feuilles , s'affligeait de ce qu'il n'avait commencé à étudier que dans un âge avancé. N'avezvous pas remarqué , lui dit M. de St.-Hilaire pour l'éclairer tout à la fois et pour le consoler , qu ordinairement les arbres qui se parent les premiers de feuilles , sont aussi les premiers à les perdre ?

C'était en chantant un hymneconlinuel d'amour et d'admiration en l'honneur du créateur , qu'il initiait ses élèves aux admirables secrets de la physiologie végétale.

En examinant la contexture , le tissu des feuilles, il montrait à ses élèves comment elles avaient reçu la merveilleuse mission de renouveler l'air sans cesse vicié par le souffle empoisonné de l'homme , d'absorber , dans l'atmosphère , des sucs nourriciers pour l'arbre qui les portait ; comment leurs émanations si salutaires pendant le jour, devenaient dangereuses pendant la nuit ; comment enfin , par leur chute , elles faisaient la base de ces végétations que nous voyons constamment s'accomplir sous nos yeux.

Cette terre couverte de plantes si variées a-telle toujours été peuplée?

Il est temps d'arriver à l'origine de l'espèce humaine , d'étudier dans la Bible l'histoire du monde ; de poser les grands événemens de la création , de la chute d'Adam , du déluge , de la confusion des langues à la tour de Babel , comme des phares lumineux destinés à éclairer la marche de l'intelligence dans ses investigations.

Car sans la vive lumière qui jaillit de ces grands faits , je ne vois qu'impénétrables mystères , que ténèbres et chaos sur la terre : je ne puis faire un pas sur la surface du globe sans que ma pensée se précipite dans un abîme sans fond : si j'entrouvre le sein de la terre , je n'y découvre que des phénomènes dont l'existence est inexplicable ; si je descends dans mon propre cœur ,

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