LIVRE ni
la mer, ou de quelque lieu qui puisse nous servir de point de comparaison. Recherchons l'état des autres contrées de la terre au moment de cette fondation qui devient elle-même une époque principale. Ainsi on accoutume l'esprit à marquer les principaux événemens , à les mettre à leur place , selon l'ordre des temps et des lieux.
Ce peuple avait un langage différent du nôtre : ce que nous appelons arbre, i\ l'appelait arbor ; ce que nous appelons rocher , il l'appelait rttpes. M. de Sl.-Hilaire répétait souvent en présence de ses élèves et avec eux le nom latin de tous tes objets sensibles et de tous ceux dont ils avaient une idée : quand on sait presque tous les mots d'une langue , il est facile d'expliquer les principes qui en règlent l'emploi. El les élèves de cet aimable pasteur apprenaient en se jouant une langue qui coûte tant de peines, dechagrins et d'années aux autres enfans.
Qu'est-ce , en effet , qu'une élude spéculative ; qu'est-ce qu'une théorie pour des enfans ? le sentir et le toucher, voilà nos vrais maîtres. Eh ! en avons-nous jamais eu d'autres ? peut-on bien apprendre et surtout apprendre pour longtemps par le seul travail de la mémoire ? Il faut montrer les rapports intimes et évidens des idées avec les objets , si l'on veut cultiver et étendre l'esprit , lui donner de la justesse et de la solidité. Dans l'enfance , on a peu d'idées ; mais les objets sensibles se multiplient à l'infini , et loin de craindre que les matériaux de l'enseignement ne manquent , on aura plutôt à se garantir de
leur trop grande abondance. Aussi M. de St.- Iïilaire ne se proposait pas d'apprendre à ses élèves (out ce qu'il leur serait un jour utile de savoir , il s'appliquait plutôt à éloigner de leur esprit la confusion qu'une trop grande multiplicité d'objets y eût portée. Il ne leur donnait que des notions claires, précises. Il ne leur apprenait pas la science ; il se servait des connaissances qu'il leur faisait acquérir , comme d'un instrument , pour leur former un sens droit et exquis. Il substituait l'expérience aux livres et il leur apprenait , en leur montrant les causes des phénomènes , à se servir de leur raison , loin dcs'en rapporter comme la plupart des hommes à la raison d'aulrui. Ses élèves ne se fiaient à rien qu'après avoir tout examiné , tout connu. Oh ! que l'on éviterait d'injustices et de maux si , dans la société , les hommes agissaient avec la même circonspection ! Le maître et les élèves ne redoulaient ni le froid , ni le chaud , ni la fatigue : ils se rendaient sur les lieux où ils avaient une observation à faire. Ils se formaient une idée juste de la nature des choses , en les voyant , en les touchant, et sans qu'il fût nécessaire de recourir à des discours scientifiques, à de longues définitions.
On a aujourd'hui généralement senti les avantages et l'importance de l'exercice du corps , et il n'est pas un établissement public qui n'ait son gymnase : mais le mouvement et l'action ne suffisent pas pour donner de la souplesse et de la vigueur aux organes ; rien ne fortifie autant que