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du ciel et d'une vie estimable sur la terre que la mollesse.
L'école de M. de St.-Hilaire n'était pas une école où l'on n'étudiât que la science des mots , où l'on inscrivît dans la tète des enfans un catalogue de signes , où l'on montrât le mécanisme des connaissances , où l'on donnât des phrases en place d'idées , où les enfans sussent rendre des sons à la manière de la statue du grand Albert , ou digérer la science à la manière dont les canards de Yaucanson digéraient la nourriture. C'est ce genre d'instruction qui remplit le monde d'esprits faux , présomptueux , d'hommes empiriques et tranchans et d'étourdissans docteurs.
M. de St.-Hilaire exerçait la mémoire et le jugement de ses élèves, en leur donnant des idées , en ne les amusant jamais aux mots , mais en les conduisant constamment aux choses , sans jamais leur parler de celles qu'ils ne pouvaient voir , dans la crainle de les dégoûter ou de leur donner de fausses notions.
Ce qui nous est étranger ne peut jamais nous intéresser vivement ; et il est impossible que nous puissions bien saisir les rapports des effets aux causes , quand nous n'en apercevons pas la liaison.
L'agriculture , par exemple , cet art d'où naquit la civilisation, la société tout entière avec sa législation, son industrie, ses mœurs , ses formes de gouvernement et ses mille variations.
ne se rattache- t-elle pas à toutes les branches des connaissances humaines ?
L'agriculture était un objet d'une utilité sensible et présente pour ces rustiques enfans qui ne connaissaient que des laboureurs et le sol qu'ils avaient aidé à travailler.
L'agriculture devint la base et le fondement du cours d'études que ce maître intelligent fit suivre à ses élèves. Un des condisciples d'Alphonse s'appelait Emile : il donne son nom à un ouvrage que j'ai tout entier consacré à développer et à justifier ce plan d'étude , à en faire ressortir l'art d'autant plus admirable qu'il s'attache à la nature pour la perfectionner et jamais pour tn déranger , pour en arrêter ou pour en trop précipiter la marche , ce qui nuit également à son parfait développement. 11 conserve aux choses leur vérité , leurs proportions et leurs beautés naturelles , sans permettre qu'on y substitue jamais les bizarres chimères de l'imagination. Ici, je dois me borner à l'cxquisse historique de ce plan , ce n'est pas un traité d'éducation , c'est l'histoire d'une vie exemplaire que j'offre au public. Un résultat du reste vaut bien une démonstration pour faire apprécier le mérite d'une méthode.
Il est un moyen plus sûr et plus prompt d'instruire les enfans que celui qu'on emploie avec tant d'efforls et avec un appareil si scientifique. Ce moyen , c'est d'éviter les paroles , de faire pour ainsi dire toucher les choses; par exemple, il n'est pas d'enfant qui ne connaisse l'étendue de
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/■a lieue, le poids de la livre. Il n'est pas d'écoliers qui connaissent l'étendue d'un hectare , le poids {Vu n milligramme. Combien de fois cependant leur a-t-on donné la définition de ces mots ! Preuve évidente que les livres et les définitions n'apprennent aux enfans qu'à parler de ce qu'ils ne comprennent pas.
En parlant de la vue d'un simple sillon, M.
de St.-Hilaire élevait graduellement l'esprit de ses élèves aux plus hautes notions d'une pratique et sublime philosophie. L'histoire de chaque nation ressemble à l'histoire de la grande famille du genre humain. De l'agriculture sortait évidemment le partage des terres ; après avoir par tagé, il fallut garantir la part des divers membres de la famille. Cette garantie constitue le droit de propriété , il fallut assurer le libre exercice de ce droit : de ce fait réjaillissent l'économie sociale , l'économie politique et tous les genres de législation.
Un attentat contre la propriété est un acte contraire à la justice conventionnelle ; un attentat contre les personnes est un acte contre le droit naturel. Le droit naturel est inviolable ; la justice conventionnelle , peut et doit subir bien des métamorphoses , bien des modifications. Que de questions s'élèvent ici ! Mais passons vite ; le sol est brûlant : ces questions d'ailleurs n'appartiennent pas à mon sujet ; nous verrons dans Emile.
Si le droit de propriété que les hommes tiennent du consentement des autres hommes peut
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s'aliéner , il n'en est pas de même du droit de la propriété personnelle : elle tient à l'essence de la nature ; elle est dans la dépendance de Dieu seul : voici comment desjeunes gensconduils par un maître habile dans les profondeurs de leurs consciences y reconnaissent les principes inébranlables et innés du juste et de l'injuste. Us peuvent eux-mêmes en tirer les conséquences les plus éloignées , et décider les difficultés avec plus de justesse que s'ils eussent consacré des années entières à étudier les subtilités de l'école.
Faites leur décider , d'après ces principes, la légitimité du meurtre , de la mutilation , du suicide, et vous arriverez à force de logique et de naturel à les faire remonter à ces maximes sublimes de l'évangile : Faites du bien à ceux qui vous haïssent ; principe de cette charité chrétienne qui a renouvelé la face morale de l'univers. Le germe du meurtre , en effet , est dans le sentiment de la haine , de la vengeance et de l'envie : c'est à sa naissance que l'évangile l'arrête ; jamais une autre législation alla-t-elle aussi loin?
11 se présente ici une autre question , l'esclavage. A ce mot , il n'est pas un cœur d'homme qui ne doive frémir d'indignation. L'esclavage n'est pas un attentat contre un individu , c'est un outrage à l'humanité elle-même. Je conçois le meurtre , parce que je conçois le délire ou la férocité d'un moment. Celte froide et cruelle cupidité qui base ses calculs sur les sourds et longs f^missemens des peuples opprimés , je ne la