‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 43 sur 139 · LIVRE · texte numérisé non relu

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conçois pas ! Non , l'esclavage n'est pas une question qui puisse être agitée par des hommes, elle ne peut l'être que par des monstres !

Mais des hommes avilis par l'esclavage. Qu'en faire donc ? Les rendre capables de devenir libres , et se hâter : chaque moment de retard est un crime. N'avez-vous pas l'évangile : allez , prenez-le, et instruisez tous les peuples. Euntc* docete omises génies.

L'esclavage envisagé du côté de l'esclave ! Un législateur fameux aima mieux laisser le parricide impuni que de signaler ce crime dans la loi : je serais tenté d'imiter cette sage réserve. Pourrais-je supposer, en effet , qu'il existe un homme capable d'aliéner volontairement l'usage de sa vie? Cet homme serait virtuellement coupable de tous les crimes auxquels pourrait l'obliger son maître. La vie humaine est un bien dont on ne peut aliéner ni le fonds , ni l'usufruit : et l'esclavage volontaire participe , selon moi , de la nature , de la honte , de la lâcheté , du suicide cl de l'ignominie de toutes les iniquités possibles.

Puisque nous en sommes à l'esclavage, remontons à l'histoire de son origine , et de son établissement général.

L'esclavage est ancien comme l'idolâtrie. Il expire avec elle. Son principe est dans l'abus de la force. Sous l'influence de l'idolâtrie , l'homme fait tout ce qu'il peut faire. Sous l'influence du christianisme, il ne fait que ce qu'il doit faire , c'est-à-dire , que ce qui est juste. Ainsi le christianisme représente un principe , la puissance

du droit ; l'idolâtrie en représente un autre, la puissance de la force. L'opposition de ces deux principes explique naturellement cette lutte épouvantable dont le bruit retentit dans le monde avec tant de fracas et depuis tant de siècles. C'est que l'humanité purifiée pourtant par le christianisme , n'est pas encore totalement dégagée des principes de l'idolâtrie ; et la puissance de la force ne s'est pas encore mise à la suite de la puissance du droit. Souvent elle lui résiste de front. Le pauvre qui n'a pas de force invoque le principe du droit ; il s'attache de cœur à la religion , et il est sauvé. Les hommes , dégradés par le vice ou aveuglés par la puissance de la force , ont intérêt à méconnaître la puissance du droit , voilà pourquoi , même sous le règne de l'évangile , il est tant de mauvais chrétiens, tant d'oppresseurs et d'opprimés , tant de ruines , de destructions, de guerres, de vengeances et de cruautés.

Alphonse était ici tenté d'interroger M. de St.-Hilaire et de lui demander si c'était au nom de la puissance du droit ou au nom de la puissance de la force , que ses jeunes amis avaient été expulsés du presbytère ; mais il se rappela qu'il y avait une justice conventionnelle et un droit naturel , que l'un est quelquefois enchaîné par l'autre. Le respect d'ailleurs inspiré par M. de St.-Hilaire comprimait souvent les élans dune indiscrète curiosité.

En conservant bien la liaison des rapports, on [.eut élever jusqu'aux plus hautes considérations,

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