‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 44 sur 139 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

les intelligences les moins exercées en apparence. Ce fut là le grand art de M. de St.-Hilairc ; et ses élèves devinrent d'autant plus sérieusement religieux, qu'ils comprirent que le christianisme relève l'humanité de son abaissement , et qu'il la guide avec un succès infaillible. La religion se confond avec la puissance du droit ; et dans sa morale elle s'y identifie tellement que dixneuf siècles de recherches n'ont pu y trouver la plus légère différence. Que penser donc de l'homme irréligieux ?

Morale , religion , politique, législation : voilà bien et de bien grands objets qui se coordonnent cependant , et se rapportent aux premières notions claires, précises , et au fait du partage des terres.

De ce fait si simple , faisons maintenant dériver un autre ordre de connaissances , sans jamais laisser inaperçu le lien commun qui enchaîne les effets à leur cause.

Le partage des terres entraîne nécessairement la séparation des familles , puis leur agglomération en société , leurs rapports publics ou privés , ce qui constitue la vie domestique , la vie publique, le droit civil en un mot.

Ces associations prennent le nom de nations , peuples , tribus , royaume , empire , république : et depuis les tableaux si touchans et si magnifiques qu'offre la vie des patriarches , jusqu'à l'histoire des peuples les plus renommés , quel espace immense à parcourir ! que d'études à faire 1 , celle des mœurs et des législations comparées,

de l'influence des climats , des (emps , de l'éducation , des causes des grands événemens , de la prospérité ou de la chute des empires. Il faut déterminer les limites de chaque peuple , suivre le cours des fleuves , fixer l'étendue des mers. De ce fait doivent encore surgir l'opposition des intérêts, l'incertitude des droits. En fallait-il davantage pour enflammer les esprits , exciter les passions , et pousser avec un horrible fracas les peuples les uns contre les autres. M. de St.- Hilaire avait été un brave capitaine, et son front était ceint des lauriers de la victoire, lorsqu'il l'inclina sous la main du pontife consécrateur. Son goût pour l'étude et ses habitudes de vertu l'avaient conduit du camp dans le sanctuaire. Il était fort expérimenté dans le métier de la guerre. En peignant les armées s'enlrechoquant , ils les plaçait sous les yeux de ses élèves dans leur position respective ; les constellations du ciel servaient à les orienter ; et sans leur nommer l'astronomie, il leur en donnait la science et leur en apprenait l'usage. 11 ne les laissait pas non plus étrangers à l'art de la stratégie. La plupart des jeunes gens étudient l'histoire sans fruit. Dans l'histoire des combats surtout , ils n'entendent que le bruit confus des armes : ils en sont frappés comme de l'éclat du tonnerre qui ne laisse aucune trace de son passage , à moins peut-être que ce ne soit des ruines.

En séparant par une rivière des peuples amis, en donnant les mers pour limites à d'autres , il

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