LIVRE HI
ses trois élèves l'accompagnaient à l'autel : Alphonse aidait le prêtre vénérable dans celles de ses fonctions où il pouvait avoir part , avec une modestie et un air de dévotion dont on était enchanté : on pressentait dès lors qu'il était né pour remplir une destinée de sacrifices et d'amour. M. de St.-Hilaire le regardait comme son fils , et le mérite d'Alphonse croissait sans rien diminuer de son profond respect et de sa parfaite docilité pour son bon maître , qui voyait avec un extrême plaisir les progrès de son disciple dans la piété et dans toutes les vertus chrétiennes. Il l'aimait tendrement , il était heureux de le voir chéri de toute la paroisse et digne des complaisances du Seigneur. 11 lui accorda sa confiance entière , et les momens les plus délicieux de sa vieillesse étaient ceux qu'il passait avec un disciple si accompli. qu'ils étaient doux et touchans les exemples que le jeune disciple et le vieux maître donnaient au troupeau ! Le presbytère était accessible à tous les fidèles , et les plus pauvres d'entre eux s'y reposaient avec autant de sécurité et plus de bonheur que sous le toit paternel. La bienfaisance y rendait la religion aimable ; les malades y recouvraient la santé ; les mélancoliques y devenaient gais ; ceux qui n'avaient rien à espérer y trouvaient de douces et saintes illusions. La richesse et la gloire n'y brillaient pas ; mais la vertu y multipliait les heureux ; on ne sortait pas de chez le pasteur sans le bénir , sans louer son nom ; les pauvres et les affligés trouvaient chez lui les deux prin-
cipes de la vie, la satisfaction pour l'àme , une nourriture abondante pour le corps ; et le presbytère , sans avoir une réputation aussi étendue que la fameuse école de Cos , était renommé , pour les guérisons qui s'y opéraient , plus que certaines facultés de médecine. Mais malheur au presbytère qu'entoure la moindre auréole de gloire ! Le bien que tant de pauvres disaient du pasteur faillit encore lui couler cher , et mettre sa résignation à une nouvelle épreuve ; au moins il eut affaire à des hommes plus accommodans que ceux qui étaient venus disperser sa petite école.
Un jour trois personnages , d'un air grave et imposant , abordent M. de St.-llilaire , avec l'intention arrêtée de lui donner un sévère avertissement ; ils s'étaient promis d'être grands et magnanimes à son égard , et de le tenir quitte pour une réprimande. A peine descendus de cheval , ils accourent au presbytère dans le moment même où M. de St.-IIilairc y rentrait en revenant de visiter un malade, et l'entrevue eut lieu sur le seuil de la porte. L'expression de la physionomie de M. de St.-IIilaire eût désarmé un messager de l'enfer. Un œil vif et ardent , une figure noble , riante et ouverte , comme on l'a quand on commence et que l'on finit ses journées par de bonnes œuvres, une attitude modeste comme elle convient à un prêtre , et accompagnée de cette fermeté confiante qui sied si bien au vieux soldat , les tinrent subjugués par le charme le plus puissant. Ils rougirent