‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 48 sur 139 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

presque du but de leur voyage ; et ils se proposaient de repartir après quelques mutuelles démonstrations de politesse. Néanmoins ils se rassurent et s'encouragent mutuellement , et pour ne pas avoir l'air d'être venus sans avoir rempli leur mission, ils questionnent M. de St.-Hilaire.

Vous avez , Monsieur le Curé . l'habitude de soigner les malades ?

Le Curé. — Messieurs , ne me donnez pas une louange que je ne mérite guère.

Les trois Inspecteurs pharmaciens. — Mais, Monsieur le Curé , c'est une mission légale que nous avons reçu l'ordre de remplir.

Le Cure. — Je n'ai point appris qu'un événement extraordinaire!...

Les trois Pharmaciens. — Non ; mais si vous n'avez pas une connaissance parfaite dans l'art ou les matières pharmaceutiques , ce n'est peutêtre pas sans danger que vous distribuez certaines drogues. Nous serions bien aises de soumettre à une analyse scientifique les substances dont vous prescrivez l'usage à vos malades.

Le Cure. — Alphonse, portez la clef de la pharmacie ; ces Messieurs veulent nous faire l'honneur de la visiter.

Alphonse aussitôt porta la clef d'une sorte de souterrain qui servait de caveau. Il fallait pour y pénétrer s'incliner profondément , et marcher à tâtons par des circuits creusés dans le tuf. En cheminant , nos trois hommes de l'art disaient entre eux : l'alkali volatil aura été altéré ; la

cimolée aura été atteinte de rouille ; les sels essentiels auront perdu leurs vertus sur ces terres

humides; la privation d'air aura Ils furent

tout-à-coup arrachés à la fatigue de leurs philosophiques conjectures par M de St -Uilaire qui les engage à visiter les matières pharmaceutiques. Nos trois docteurs n'aperçoivent rien dans ce lieu tant soit peu obscur. M. de St.-Hilaire prie ses trois disciples , sans lesquels il ne marchait jamais , de remuer le sable. Ce bon et charitable pasteur avait tant et tant donné de vin à ses paroissiens , qu'il n'en restait que trois bouteilles. En hommes de bon sens , nos trois pharmaciens inspecteurs se mirent à rire en disant : Sontce là toutes vos drogues , Monsieur le Curé ; et n'en avez-vous pas de plus dangereuses?

Le Curé. — Je n'ai point d'autres remèdes :

c'est ici ma panacée universelle : avec un seul mot je guéris les riches , avec une bouteille je guéris les pauvres.

Quand le riche est malade , je lui dis : Jeûnez, faites diète ; et s'il me croit , il est bientôt guéri.

Quand c'est un pauvre paysan , je lui donne de la viande qui fortifie et du vin qui ranime son corps épuisé , et renouvelle son sang appauvri ; mes malades ne connaissent point d'autre pharmacie que celle que vous voyez. Et c'est par l'épreuve plutôt que par l'analyse que vous jugerez du mérite de nos drogues.

Les trois pharmaciens comprirent l'invitation délicate de M. de St. -Uilaire , ils acceptèrent le dîner du bon pasteur; et en le quittant après

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