LIVRE I
prière. L'aïeul , vieillard vénérable, courbé sous le poids des années et de ses longues fatigues , faisait , dans ces occasions , entendre à ses petits enfans des paroles touchantes ; il avait coutume de s'exprimer ainsi :
• Mes enfans chéris , Dieu est le créateur du » ciel et de la terre ; il anime, il remplit , il -• pénètre tout. C'est lui qui nous donne la vie , •' le mouvement et l'intelligence : l'univers re- » tentit de la gloire de son nom ; les monta- » gnes s'élèvent pour remonter vers lui ; les
- vallons s'abaissent pour s'humilier sous sa •> main puissante ; le soleil s'élève le matin avec » une majestueuse rapidité , vers le milieu du « jour il darde ses brillans rayons sur la terre ,
- le soir il précipite sa course et va de son
• disque enflammé réchauffer d'autres régions ;
• il est l'œuvre la plus magnifique de la créa-
• tion ; il est si resplendissant que les yeux
• des mortels ne peuvent soutenir l'éclat de sa
■ lumière. Au-dessus du soleil , règne le roi des
• cieux ; la lumière qui l'environne est bien
• plus vive encore que celle de l'astre qui pré- » side au jour ; elle pénètre les plus épaisses
• ténèbres ; elle descend jusque dans le fond de
■ nos cœurs , elle en éclaire tous les mouve
» mens ; aucune de nos pensées ne lui échappe;
• prenez donc garde , enfans chéris , de n'en » concevoir jamais aucune qui puisse offenser
• les regards si clairvoyans de votre Dieu. »
Ce sage et vénérable vieillard montrait , sans oesse , à sa famille , l'action de la Providence
cachée sous l'écorce des choses créées. Tous les objets qui s'offraient à sa vue devenaient des emblèmes naturels sous le voile desquels il leur apprenait à connaître la divinité.
« Voyez , mes enfans , leur disait-il , comme » ces arbres étendent leurs rameaux couverts » de feuillages. Ils nous offrent un ombrage » aussi salutaire qu'agréable : que l'herbe sur » laquelle nous nous reposons est moelleuse ! » Un ruisseau limpide baigne la racine des
- plantes et entretient la fraîcheur dans celle
• vallée ; le coteau qui nous fait face est tout
• émaillé de fleurs ; les abeilleSv vont y cueillir » le suc le plus pur , pour nous composer une » délicieuse nourriture , les oiseaux l'égaient » nuit et jour par la mélodie de leurs chants ; » nous voyons d'ici une ville dont la beauté at- » teste la richesse du royaume et de l'industrie
• des habitants ; et notre sol chargé d'abon- » dantes moissons prouve l'activité du labou- « reur. Mais tout ce que nous voyons révèle la •• puissance et la bonté de Dieu ; il a créé ces » choses pour sa gloire et pour notre utilité ; » car tous les hommes sont les enfans de Dieu ;
• il les connaît tous comme le berger connaît « chaque brebis de son troupeau (1), il les » appelle par leur nom et leur montre les voies
- de la justice qui conduisent au bonheur. Il ■ n'existe pas un homme orgueilleux qu'il ne » puisse le châtier ; il n'est pas un pauvre , il
(1"; Proprias oves vocal nominatim et olucil cas. Joan. 1 !