‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 6 sur 139 · LIVRE I. li · texte numérisé non relu

LIVRE I. li

» n'est pas un petit dont il ne soit le père et le • protecteur, et auquel il ne réserve une félicité » infinie , s'il veut s'en rendre digne. »

Une autre fois lorsque le bœuf fatigué , portant nonchalamment le soc renversé , rentrait à l'étable ; lorsque la chaleur brûlante du soleil forçait les troupeaux à redemander , par leurs bèlemens , la bergerie ; lorsque la jeune fille , les jeunes pâtres et le laborieux agriculteur venaient réparer leurs forces épuisées à une table commune, ce digne patriarche du hameau, après le repas champêtre , par un saint et pieux artifice , animait ses instructions , et les rendait plus saisissantes , en leur donnant une forme de dialogue qu'il entretenait par des questions aux divers membres de cette édifiante famille.

« D'où venez-vous, Alphonse , et qu'avez- ■ vous vu ?

» — J'ai été au pacage le p!us éloigné : j'ai eu » beaucoup de plaisir à voir l'herbe des champs :

• mes troupeaux paissaient ou se reposaient » autour de moi ; et je m'occupais à faire des » corbeilles , ou à contempler les épis qui

• commencent à paraître sur leurs tiges. »

» — C'est tout ce que vous avez vu ? Vous

• n'avez pas observé un autre objet plus digne

• de votre attention ? Ah ! cher Alphonse, Dieu » était au milieu des champs ; c'est lui qui » nourrissait vos troupeaux et qui veillait sur

• vous ; c'est sa main invisible qui répandait

• toutes les richesses que vous avez admirées ;

■ c'est vers lui que devait s'élever toute votre •• reconnaissance.

» — Et vous , Marie , disait-il , à la plus jeune » de ses petites filles : où avez-vous été ? com- » ment avez - vous employé votre temps , et » qu'avez- vous observé ? •>

» — J'ai traversé le bosquet du château ; un » vent frais et doux se jouait au milieu du feuil-

• lage, et embaumait l'air en agitant le calice » de fleurs ; des ruisseaux clairs et limpides » descendaient du haut des rochers en murmu-

• rant ; les petits oiseaux chantaient en se ré- » pondant les uns aux autres : moi", je cueillais » des fleurs pour en offrir un bouquet à ma » mère qui , retenue par les soins du ménage , » n'a pu sortir pour respirer leurs parfums.

» — Ma fille, vous n'avez rien entendu autre

» chose : vous n'avez pas entendu votre Dieu!

» C'était sa voix qui résonnait dans le murmure

■ des eaux et dans le gazouillement des oiseaux : " sa puissante bonté faisait épanouir les fleurs. » Elles vous paraissent bien belles quand elles » sont parées de leurs vives couleurs ; une âme » fidèle , revêtue de l'innocence et de la pureté, » est mille fois plus agréable aux yeux de » Dieu que ne l'est aux vôtres la plus. belle

• des plantes. »

Dans les longues soirées d'hiver, il leur racontait les traits les plus frappans de l'écriture sainte ou de la vie des Sarfîts : tantôt , l'histoire de Job qui fournissait le moyen de les consoler dans leur pauvreté , de leur inspirer

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