LIVRE IV
l'imagination toute sa vie , à l'esprit tout son perfectionnement.
M. de St.-Hilaire s'occupa de chercher un collège où la vertu de ses élèves fut en sûreté et où leur esprit put recevoir une forte et bonne culture ; plus attentif en cela , plus paternel que la plupart des pères eux-mêmes qui s'inquiètent vivement du mérite des études , mais qui ne pensent nullement à la pureté des mœurs. En vérité , en voyant leur inimaginable indifférence sur ce point vital , on serait tenté de croire que leur innocence et celle du siècle qu'ils ont traversé ne leur permet pas de soupçonner même l'existence du vice , la dissolution des mœurs , et ses effets dévorans !
Un ecclésiastique savant , dont le royaume admire et le caractère et les vertus , venait de jeter , conjointement avec deux autres prêtres d'un mérite bien rare , les fondemens d'un collège où se perpétue le feu sacré des saines doctrines ; les enfans des familles les plus distinguées et les plus riches se disputent l'honneur d'y être admis ; et le tribut des richesses qu'ils apportent à cet établissement , est en partie consacré à seconder les vues des familles pauvres et à favoriser la vocation de leurs enfans.
M. de St.-Hilaire fit un appel à la générosité sublime des trois fondateurs de cet établissement ; ce ne fut pas en vain. D'un autre côté, M. de X.... attribuant , aux grâces qu'il avait reçues près du lit d'Alphonse le jour qu'il s'y montra si ému , le bonheur de sa conversion qui
ne fut peut-être que la récompense de ses abondantes aumônes , ne voulut pas rester étranger à cette bonne œuvre.
Puissamment aidé par M. de X .. , encouragé par la bienveillance du directeur du collège, M. de St. -llilaire se décida à envoyer ses trois élèves en pension.
Voici Alphonse au milieu de bien des rapports nouveaux dont il va dépendre : il n'avait jamais quitté son pays ; la route la plus longue qu'il eût suivie , était celle de sa maison au presbytère : s'il avait parcouru les montagnes et les champs du voisinage , c'était pour s'instruire ; s'il avait visité les villages de sa paroisse , c'était pour y faire du bien. Syns littérature , sans érudition , les expériences les plus simplifiées étaient le fondement de toutes ses connaissances ; il avait lu peu de livres : on lui avait moins appris à connaître les choses que le moyen de les découvrir soi-même : l'étude que l'on fait dans les livres donne de la suffisance , du babil ; rarement elle met à même de porter un jugement solide et exact sur la nature des choses : l'expérience , au contraire, guidée par la réflexion, apprend à bien juger ; mais elle rend circonspect et réservé. On n'adopte pas précipitamment les pensées d'autrui quand on a eu occasion de se convaincre qu'elles sont si habituellement erronnées. M. de St. -llilaire accoutumait ses élèves à ne juger que lorsqu'ilsavaient vu et connu par eux-mêmes : c'est bien la seule manière de former un caractère ferme cl honorable. La plupart des hommes