‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 52 sur 139 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ne sont que les échos d'autrui : ils n'ont souvent que des opinions d'emprunt , et ce qu'il y a de plus déplorable , ils n'ont qu'une conduite d'imitation ; et le poète avait raison de dire : Que la connaissance d'un seul suffisait pour les faire tous apprécier (1).

Comme Alphonse ne parlait que quand il savait , il parlait peu. Et ce n'était pas le seul trait qui le distinguât de la multitude ; il était bon , sincère , sans orgueil ; il savait être ignorant : il était simple au collège comme au village. Il avait fait l'analyse de son cœur , aussi bien que celle des objets que son sage précepteur avait soumise son examen. Il avait extirpé de bonne heure les sentimens que dicte l'intérêt personnel , pour ne cultiver que ceux qu'inspirent la justice et l'évangélique charité. Celte maxime : Aimez le prochain comme vous-même, lui paraissait si naturelle qu'il ne croyait pas possible que l'on pût en oublier la pratique. On conçoit , en effet , qu'aux yeux d'un enfant resté tel qu'il sort des mains de la nature et tel que le façonna la grâce, il ne devait y avoir que des hommes généreux , nobles , justes et compatissans. De bien tristes épreuves devaient plus tard lui apprendre que la société renferme dans son sein des èires vils , abjects et bassement cruels.; des hommes dégradés qui s'attaquent à tout ce qui est saint , qui détruisent , renversent , démolissent , foulent aux pieds ce qu'il y a de plus

(1) AU uno disceomnes.

respectable , honorent de leur haine jusqu'à l'emblème de la religion , de la vertu , ou de la morale ! En attendant ces sérieuses et désolantes épreuves, il trouva, dans les agaceries piquantes de ses condisciples , l'occasion de faire poindre les premières lueurs d'une grandeur d'âme qu'il devait plus tard déployer dans la société. L'humilité chrétienne cache, aux yeux des hommes, la vertu qu'elle implante dans les cœurs ; mais quand les pointes aiguës des tribulations , quand les instrumens tranchans des persécutions ont mis le cœur du vrai disciple de Jésus-Christ à découvert, c'est alors qu'on est ébloui par l'éclat des richesses qu'il contient , qu'on est ravi d'admiration en présence de tant de trésors ignorés. Depuis l'exemple donné par Jésus-Christ priant sur la croix , pour ses bourreaux acharnés Jusqu'à celui des filles de la charité pansant et lavant les plaies du malheureux qui blasphème , et qui les outrage par ses imprécations , ou celui des frères des écoles chrétiennes seuls instituteurs dévoués à la populace qui souvent les baffoue , combien de fois le spectacle du plus sublime héroïsme est-il venu étonner et faire pâlir d'iniques persécuteurs. Au collège on ne persécute pas , on ridiculise : dans le sein de la piété , dans l'âge de la candeur , on ne ressent pas de haine , mais on est espiègle. On rit des choses dont on n'a pas l'habitude : cela ne veut pas dire que les choses dont on rit, soient mauvaises ou même ridicules : au contraire, des esprits faux doivent être disposés à rire de ce qui est juste ou vrai.

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