LITRE IV. 10Ô
Les manières d'Alphonse ne ressemblaient en rien à celles de ses condisciples ; il n'y avait eu aucune similitude jusque-là dans leur manière d'apprendre , et leurs rapports ne s'étaient pas encore harmonisés. Alphonse était simple, sans être pourtant singulier ; il n'avait aucune de ces qualités qui frappent au premier coup-d'œil ; en l'observant de près on admirait son sens droit et exquis. Il n'avait été élevé qu'à estimer la justice, comment eïit-il mis beaucoup d'importance aux préjugés de ses condisciples ? Il n'avait ni ostentation , ni fausse modestie ; chacun de ses actes répondait à une déterminai ion de son esprit , ou à un mouvement de sa volonté. Il agissait en présence de ses camarades comme quand il était seul ; il n'était pour cela ni incivil , ni sauvage ; mais convaincu qu'il avait toujours Dieu et les anges pour témoins de ses actions et de ses pensées. Il avait pris l'habitude de ne rien faire dont il eût eu à rougir. Il ne montrait pas aux hommes une factice tendresse , mais dans l'occasion il était chaleureusement dévoué : il ne connaissait pas assez le monde et n'y avait pas assez d'intérêt pour s'occuper de ses maximes ou de son opinion. La grâce de Dieu ou la pratique de la vertu était à son avis le seul bien réel : la vaine complaisance et la tlatterie étaient des défauts qu'il ne pouvait pas comprendre : il ne disputait jamais , et contredisait rarement ; la mode , ou la nouveauté le touchaient peu, parce qu'il n'y avait de beau et d'aimable à ses yeux que la vérité. Son ton n'était pas tranchant ,
ilO ALPHONSE.
parce qu'il s'inquiétait peu de fixer l'attention. Une noble franchise et une naïve candeur brillaient dans son langage. Il ne disait que des choses utiles et sensées ; il respectait trop les hommes , il estimait trop le temps pour devenir un fatigant babillard. Sans être embarrassé par la patriarchale simplicité , il cherchait à conformer ses manières à celles des autres, non pour paraître instruit de leurs usages , mais pour ne pas leur être insupportable. Il les imitait avec une facile aisance ; sa contenance était ferme «ans être suffisante , libre sans être audacieuse , modeste sans être fausse ou guindée. La modestie est le plus bel ornement d'une âme vraiment noble ; elle ne prête que trop souvent son charme extérieur aux âmes dévorées d'ambition et affamées d'orgueil. Alphonse était poli par affection et jamais par un adroit calcul ; son cœur honnêle était plus touché d'un témoignage de bonté que de mille louanges-, et , sans être caressant pour le monde , il trouvait moyen de plaire à tous. La politesse mondaine n'est souvent qu'une enseigne trompeuse de la bienveillance , celle d'Alphonse était la vive et véritable expression de la charité. Ses qualités solides captivaient insensiblement tous les cœurs : le profond respect qu'il professait [tour ses maîtres, la tendre vénération dont il leur donnait des marques en toutes circonstances , portaient un tel caractère de candeur cl de gratitude , qu'il n'inspirait aucune méfiance à ses condisciples. Il était moins aimable que noble et vrai dans ses