‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 54 sur 139 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

habitudes , et l'on sentait que l'amour qu'il inspirait était môle d'estime et de respect : il ne se rendait pas remarquable par ses saillies , mais on le prenait volontiers pour juge dans les combats de l'esprit , tant il avait une raison éclairée ; il ne courait pas après les idées neuves : l'Ecriture sainte ne lui avait-elle pas appris que toutes les idées salutaires aux hommes sont et les plus anciennes et les plus généralement connues (1). Pourquoi aurait-il cherché à étendre ses connaissances au-delà des vérités utiles ? Il n'avait aucune vanité. Il lui importait peu d'être jugé par les hommes , déjà il avait pu voir combien il est peu d'hommes qui jugent sainement et par eux-mêmes : il n'y avait qu'un juge dont il recherchât le suffrage , parce qu'il ressemblait à celui de Dieu même ; ce juge , c'était sa conscience (2).

Jusque là , l'histoire seule avait découvert aux yeux d'Alphonse le jeu des passions et des intérêts , la puissance du temps et des conjonctures , des bons ou des mauvais conseils. Mais l'observation du temps passé ne suffit pas pour former le jugement , il faut encore l'expérience de celui où nous vivons. Alphonse pouvait-il dans un collège étudier et connaître le cœur de l'homme? Mieux dans un collège peut-être que dans les assemblées du monde les plus nombreuses. Dans une société de jeunes gens libres, jamais la voix de l'intérêt n'étouffe celle de la

(I) Xihil novi sub sole.

(•2; Omm <juod in fide est non ett piccatum..

10S ALl>HONSË.

nature : occupés de leurs plaisirs , ils laissent éclater leurs pensées dans tout leur jour ; affranchis de cette tyrannie qu'impose l'opinion » ils ne prennent pas la peine de soumettre leur pensée à l'alambic de mille considérations , ils la laissent jaillir comme une étincelle au plus léger frottement. La déférence due à 1 âge , aux dignités , aux conditions en un mot si inégales parmi les hon>mes tous égaux , ne vient jamais forcer le naturel de leurs discours. Le prix de l'adresse , de la course , pouvait dans leurs jeux exciter leur vanité ; mais l'expression de la vanité trouve-t-elle place dans les discours des jeunes gens dominés par leurs plaisirs ? Ils cherchent moins à avoir une pensée qui les distingue, qu'à exprimer toute la vivacité de celle qu'ils éprouvent : c'est donc dans cet âge que l'on peut prendre pour ainsi dire et saisir la nature sur le fait. Ce sont des enfans, me direz-vous, que l'on observe et non des hommes. L'homme se montre dès le berceau et jusque sous les langes ; si nous ne l'y distinguons pas toujours , c'est la finesse de l'observation plutôt que l'empreinte du caractère qui est en défaut. Il n'est peut-être pas d'époque où l'individu soit homme autant qu'au collège. En effet , il n'y a pas dans un collège un écolier qui ne soit lui , qui n'ait son identité propre , sa fraîcheur de sensations , et sa vivacité de pensée. Prenez à pleines mains les individus dans la société, que sont-ils? Il faut entendre Fléchier définir une armée : lisez celte définition citée comme un modèle d'éloquence par

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