LIVRE IV
mœurs : el les grands changemen s dans les empires n'apparaissent jamais que comme des corollaires nécessaires de la conduite des peuple* ou des souverains.
Dans Thucydide Alphonse retrouvait le tableau des camps et des armées que leur avait représenté M. de Saint-Hilaire. Xénophon, César, le naïf Hérodote, le rhéteur Tite-Live, lui faisaient la peinture des guerres, des mœurs, de la politique ; Polybe et Salluste l'accoutumaient à réfléchir sur les causes lentes et progressives de la succession des empires, des événemens passés , et à calculer la puissance des faits actuels , du vice ou de la vertu sur les destinées futures des peuples.
Horace, cet observateur délicat, ce philosophe judicieux, ce poète aimable, était l'excellent ami d'Alphonse : il ne se lassait jamais de le dire et de le méditer.
Alphonse n'avait pas voyagé, il avait peu lu , mais il avait bien observé : guidé par M. de Saint-Hilaire , il avait acquis l'art de penser et de comparer : dès sa plus tendre enfance, il avait, dans sa famille, contracté des habitudes d'ordre et de vertu qui avaient donné à son esprit une rectitude, une fermeté et une précision remarquables. Chaque expression correspondait à une pensée bien déterminée. Son langage d'abord n'était pas correct et grammatical , mais il était candide et beau comme son cœur. Les fonctions de catéchiste qu'il avait exercées avec tant de succès, l'avaient forcé à recourir, pour être corn-
pris , à mille détours ingénieux ; ses efforts eussent été utiles, s'il n'eût eu une parole claire, simple, bien articulée : nourri dans les champs au milieu d'une population éparse, il était sou- Tent obligé, pour se faire entendre, d'élever la voix ; elle était devenue forte et sonore , et près de M. de Saint-llilaire, il s'était corrigé de cette dureté d'accent que l'on remarque chez les nabitans de la campagne, particulièrement dans le midi de la France.
Si les manières d'Alphonse, à son entrée dans le collège . avaient paru d'abord étranges à ses condisciples, la noble simplicité de son attitude ne tarda pas à changer leur étonnemenl en admiration : et quand ils l'eurent bien connu, ils songèrent plutôt à le prendre pour modèle qu'à l'engager à marcher sur leurs traces : l'homme tend toujours à se rapprocher de la nature Sa physionomie était simple et intéressante-, son extérieur modeste et toujours bien ordonné, sa con?ersatioo discrète et sensée : sa ligure inspirait la confiance parce qu'elle indiquait une .ime confiante et qui, pour s'épancher et se communiquer, semblait n'attendre que les premiers témoignages de la bienveillance. Les qualités aimantes d'Alphonse étaient comme une force magnétique qui lui attirait tous les cœurs.
Il devait aussi, en partie, l'influence qu'il exerçait sur ses jeunes camarades, à cette vigueur d'àmc qui est l'apanage des hommes dont la jeunesse a été préservée de la corruption, et dont l'esprit n'a pas été torturé par des soini