‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 58 sur 139 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

trop précoces. Il faut <lu temps à la nature |>our opérer son travail et pour atteindre son but ; elle ne fait rien <le grand , rien de durable qu'en sui vaut les lentes mais immuables lois d'une insen sible progression. L'homme peut, par une sage culture, faciliter la marche de l'intelligence; il l'épuise et la ruine sans retour s'il la surcharge trop tôt : il en est de l'être moral, comme de l'être physique, aucun effort ne peut ajouter un iota à sa taille! On se précipite dans les jouis sances prématurées ; l'enf';mce anticipe sur la jeunesse qui se hâte à sou tour de pousser tumultueusement les générations qui la précèdent : on construit des serres chaudes pour les intelligences humaines, comme si elles étaient des plantes exotiques sur celte terre, et l'on ne s'aperçoit pas qn'une température trop brûlante, qu'une fermentation trop prompte , dessèche ou dissout les principes de la vie.

o combien de générations verront leur automne sans fruits, parce qu'on aura voulu leur en faire produire des leur printemps. Hélas ! elles n'au ront pas non plus connu la saison des Heurs.

Les leçons sagement graduées qu'avail reçues Alphonse n'avaient pas troublé la bienfaisante action delà nature; son esprit était orné plutôt qu'accablé de connaissances. El les soins donnas avec tant de discernement à son enfance devaient

(tendu; leur effet sur toutes les phases de la vie.

Sa supériorité se lit remarquer des les pre

îières compositions d'esprit que l'on donne au

îllége pour exciter une noble émulation parmi

les élèves, et pour apprendre aux jeunes gens à écrire, et à parler en public sans le secours des livres.

Les discours d'Alphonse élaient remplis de choses ; on était étonné de voir la raison qui régnait dans son noble langage : son cœur lui fournissait les sentimens les plus animés, les images les plus vives et les plus pittoresques : ses compositions ne ressemblaient en rien à ces vaines déclamations, à ces magnifiques inanités qui caractérisent les discours des écoliers les plus habiles , et qui prouvent l'inconvénient de l'usage commun de leur donner plus de mots que d'idées et de leur apprendre plus de noms que de choses; leurs compositions doivent se ressentir de leur genre d'éducation : que leur apprend-on ? des mots et toujours des mots.

On n'avait rien précipité dans l'éducation d'Alphonse, on aimait mieux resserrer le cercle des objets de son enseignement , que de lui en offrir qu'il n'eût pu comprendre : on aimait mieux qu'il eût moins d'idées, mais qu'il sût bien les comparer.

L'admiration vint se mêler à l'estime et à l'affection qu'Alphonse avait inspirées à ses maîtres et à ses condisciples , et chacun proclamait le mérite , le génie prodigieux d'un élève qui jusque-là ne s'était rendu remarquable que par sa modestie et sa régularité.

Alphonse n'avait ni vanité ni faiblesse , il ne s'était pas trop étonné des enfantines railleries avec lesquelles on l'accueillit à son arrivée au

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