‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 7 sur 139 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

le mépris des richesses en leur en montrant la fragilité. Tantôt par l'exemple d'Eléazar , ce noble vieillard de la Judée , contre le courage duquel vinrent se briser les armes, et échouer les artifices et les bizarres violences (1) de ses persécuteurs , il leur apprenait à devenir inébranlables dans la pratique de la vertu , et à ne regarder le bienfait de la vie que comme une infamie quand il est le prix d'une infidélité.

La mort sublime de sainte Félicité et de ses sept enfans les ravissait de tendresse et d'admiration , ils y voyaient jusqu'où peut s'élever l'héroïsme qu'inspire une Religion qui rend l'âge le plus tendre et le sexe le plus faible , capable de braver les plus affreux supplices et la rage des plus atroces tyrans.

Oh ! qu'il était beau de le voir ce vénérable vieillard entouré de sa famille qu'il instruisait , qu'il consolait et qu'il édifiait ! Une chevelure blanche et majestueuse descendait sur ses épaules ; sa physionomie était douce et imposante ; l'empreinte de ses traits annonçait les combats intérieurs qu'il avait eus à soutenir pour soumettre ses passions ; elle annonçait , peut- être aussi , les luttes de la misère ! . . . Lorsqu'il racontait une histoire, ses yeux s'ani-

(l) Igitur Elcazarus unus de primoribus scribarum , ^r œtate provectus , et vultu decorus , aperto ore hians conipel labatur carnem porcinam manducare.

Et , illc gloriosissimam rnorlcm magis quam odihilem \itaui complectens , volunlariè praùbat ad supplicium. ( Il Mach. C. vt.v. 18. 19 >

\k ALPHONSE.

maient graduellement et devenaient étincelans ; il s'identifiait avec le héros dont il faisait ressortir la magnanimité , et l'on ne pouvait , en le voyant , s'empêcher d'éprouver une vénération mêlée de confiance.

Il variait ses récits avec un art que guidait l'amour paternel toujours si sur et si délicat. S'il s'apercevait que la tendresse maternelle de sa fille , qui l'écoutait en faisant mouvoir son fuseau entre ses mains , était trop émue par l'histoire de cette femme incomparable qui avait appris à ses sept enfans à regarder le martyre comme un glorieux triomphe, il adoucissait cette trop vive émotion , par un retour soudain à une de ces histoires où se peint en traits si touchans la providence du Dieu bon qui protège l'innocence et la vertu. Il représentait le jeune Daniel confondant l'imposture de trois infâmes vieillards et rétablissant l'honneur et la réputation de Suzanne , cette femme dont l'héroïque conduite avait excité la calomnie de ces hommes orgueilleux et pervers qui cherchaient , dans le sang d'une innocente victime , la vengeance du mépris qu'elle avait eu pour leur lâche provocation. Dieu , leur disait-il , est assis sur son trône d'où il jette les yeux sur tout l'univers pour punir , quand il lui plaît , le crime, et pour justifier la vertu.

Un autre jour, il mêlait ses larmes à celles du vieux Jacob pleurant son fils Joseph qu'il croyait dévoré par les bêtes féroces. Il suivait ce fils chéri d'Israël , en Egypte, dans la prison ,

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