‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 60 sur 139 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

desseins de Dieu sur nous , c'est de prier et de vivre saintement. L'homme qui s'en rentl digne est toujours éclairé du ciel. Nous prierons ensemble , cher Alphonse , nous écouterons la voix île Dieu dans le secret de nos cœurs.

Alors le vieux prêtre invite son jeune disciple à le suivre : ils se rendent dans le temple et tous deux , en présence de Dieu , adressent celte fervente prière au Sauveur du monde.

" Seigneur , vous nous apprenez que l'homme

■ doit , en tout , chercher la volonté de son Dieu. » Vous nous le montrez surtout par les paroles » que vous prononçâtes avant d'exercer aucun

• acte de votre ministère : Ne sewez- vous pas » qui/ faut que je sois occupe à ce qui concerne

mon père! Telles sont les premières paroles » que l'évangile nous rapporte de vous : n'est-ce

• pas pour nous instruire que le premier soin de ' chaque homme doit être de chercher à con-

■ naître la volonté de son père céleste. Seigneur

• Jésus, sauveur du monde, daignez abaisser " vos regards sur un vieillard déjà penché vers » la tombe , et sur un jeune homme devant le-

• quel s'ouvre la carrière de la vie!.... Nous « sommes ici réunis , Seigneur , pour vous » adresser un même vœu , une même prière ,

• vous exprimer un seul désir , celui de pouvoir

• nous occuper à ce qui concerne noire père •• céleste. Nous révérons , ô Dieu ! ce qui est au- •> dessus de notre faible intelligence , et pleins « de respect pour votre volonté sainte , nous » venons , avec une humble confiance , vous

Il6 ALPHONSE.

•> exposer les dispositions de notre cœur. Dieu !

• que ne pouvons-nous nous élancer dans le

• sein de votre divinité pour y voir les secrets

• de vos desseins sur nous ! laissez du moins

- tomber un trait de lumière qui , après avoir

- rayonné sur le crépuscule d'une vie qui s'éteint,

• aille éclairer l'aurore d'une vie devant laquelle s'ouvre une longue et sainte carrière. »

Après être restés long-temps prosternés aux

pieds des autels , M. de St.-Hilaire emmena Alphonse dans une des allées du château de M. de X.... , et il lui tint le discours suivant : • Ne croyez pas , mon fils , que Dieu vous ré-

• vêle d'une manière claire et précise les desseins

• qu'il a sur vous : mais content <\es lumières

• qu'il vous donnera , ne cherchez pas avec une » inquiète curiosité ce qu'il voudra vous cacher :

jouissez de ce qu'il vous est accordé de prendre , « et vous en comprendrez toujours assez pour

• pouvoir faire ce qui lui plaît. C'est pour nous

- rendre plus attentifs à sa voix qu'il parle dou-

• cernent à notre cœur. Soyez dans la constante disposition d'être soumis à sa loi sainte , et ses

• divines lumières , quand il en sera temps ,

• vous éclaireront sur sa volonté. Dieu opère tout en tout : il manifeste à chacun l'esprit qui convient à son utilité (1;. C'est son invi-

■ sible main qui dispose toutes choses avec suavité; il nous laisse libres de répondre à sa

1 i nicuique datur manifettatio ipirilûi ad milita tem.

Ici. \2.

« grâce , mais il a toujours le moyen d'atU indre

• à son but : n'est-ce pas lui qui a ménagé le

• concours des circonstances qui vous ont conduit « jusqu'ici? N'est-ce pas lui qui plaça sur votre « route ce pauvre vieillard auquel vous sauvâtes

• la vie ? N'est-ce pas lui qui vous envoya une > maladie ? N'est-ce pas lui qui toucha le cœur

de M. de X.... près de votre lit et qui le disposa à cette libéralité qui ne vous manque qu'au moment où celle du prince vous la rend

■ inutile... Mon enfant, plus d'une fois vous « avez admiré la suite des conseils de Dieu dans

■ l'enchaînement des affaires humaines ; la vie « de chaque homme peut vous fournir des preuves

adorables de sa vigilante bonté. Non , un

» cheveu ne tombe pas de notre tète sans sa

• permission. Ainsi , mon enfant , il ne vous » reste qu'à être fidèle à votre vocation. Dieu , » en créant l'homme, l'a mis entre les mains de » son conseil , il l'a doué de la raison , et ce » flambeau allumé au-dedans de nous par la

• main de notre créateur , nous conduira bien » si nous en entretenons la lumière par l'onction

■ de la grâce , au lieu de l'exposer vacillante aux « agitations des mondaines sollicitudes. •>

Encouragé par les douces paroles d'un père qui l'invitait à la confiance dans la bonté divine. Alphonse se dispose à entrer au grand séminaire pour y suivre les cours de théologie. Ses parens, au comhle de la joie , l'y accompagnèrent de leurs vœoi , de leurs bénédictions et aussi de leurs espérances.

On voyait alors briller, dans le sein de l'Eglise consternée , des hommes , ou plutôt des anges de paix ; par l'éclat de leur science et la solidité de leurs vertus , ils versaient sur l'humanité ces hautes consolations de la religion qui nous élèvent au-dessus des douleurs et des misères humaines. Tel , après une sombre et terrible tempête , on voit , en un jour serein , apparaître le disque radieux du soleil qui de ses chaleurs vivifiantes vient raviver une terre qu'attristent les débris dont la foudre l'a couverte.

Ce fut auprès de ces hommes saints qu'Alphonse se réfugia , et les instructions qu'il reçut dans le séminaire de St.-Sulpice augmentèrent dans son cœur le mépris de toutes les choses du monde. Il fixa sur lui l'admiration de tous ses condisciples ; on élait étonné de voir réunies tant de dispositions à la science et à la vertu : il se perfectionnait chaque jour par l'exercice de l'oraison et de l'étude ; le temps qu'il ne donnait pas à la prière , il le consacrait au travail. Il ne perdait jamais de vue le triple mobile de toutes ses actions : la gloire de Dieu , l'avantage du prochain , sa propre sanctification. Son angélique pureté , la vivacité de sa foi , la sérénité de son visage , l'égalité de scn caractère , sa modestie, sa douceur , son calme parfait dans l'âge môme des dangers et des orages , annonçaient que son âme était comblée de tous les dons du ciel. Déjà on croyait voir en lui le vrai ministre de Jésus-Christ ; il en portail la livrée ; semblable à un ange , en l'avait vu aux pieds de

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