LIVRE V
La multitude de ces enfans compose les générations qui viennent : les préjugés, la grossière ignorance, les vices seront-ils dissipés par la succession des années? Que deviendra la religion? Que deviendra la patrie ? Que deviendra la civilisation elle-même , si les mauvaises passions se multiplient avec les hommes? Si ces passions fermentent dans la société, n'en briseront-elles pas tous les ressorts? Oh! que la mission du prêtre est belle! qu'elle est respectable! qu'elle est chère aux yei.x des hommes quand ils savent l'apprécier ! quel homme insensible et barbare ne se sent pénétré de respect pour le véritable prêtre!
Ces hommes, je lésai rencontrés; je suis au milieu d'eux ; la doctrine sublime et toute spirituelle de l'évangile est incompatible avec leurs mœurs et leurs habitudes charnelles -, ils fuient ses leçons salutaires; les temples du Dieu vivant sont abandonnés, et le prêtre reste isolé parmi ces populations ignorantes , semblable à une plante exotique qui languit solitaire sur un sol étranger. Souvent même , quand il passe dans les rues pour aller du presbytère à l'église , on voit ses paroissiens sourire d'un air de mépris ; et les plus vils sont les plus railleurs ! dans certaines contrées, il y a un tel oubli de Dieu , que les hommes y naissent , s'y marient , y meurent sans l'assistance du prêtre. Ils n'abandonnent pas la religion dans laquelle ils sont nés , ils naissent et vivent étrangers à toute religion. Devenus abjects et pervers dès leur enfance , ils sont dépouillés même de leur héritage naturel ;
car la nature lègue la bienveillance à presque (ous les hommes. Voilà des générations entières perdues pour la religion, perdues pour la société; peut-il être utile à la société, l'homme sans vertu? L'absence d'une éducation chrétienne est la cause évidente de ce malheur : pour former un homme , il est nécessaire de le prendre dès son enfance, de l'arracher à la contagion d'une atmosphère empoisonnée par le vice : c'est en élevant les enfans que l'on forme des chrétiens, des hommes, des citoyens! et c'était avec l'accent de l'amour pour l'humanité que Jésus-Christ invitait les petits enfans à venir auprès de lui sucer le lait de la plus pure doctrine. Qu'elle est belle la mission d'élever les enfans ! en est-il une plus noble, plus utile? en est-il une plus sainte. Après l'appel que nous fait Noire Seigneur Jésus-Christ par ses paroles et par son exemple : Laissez fes petits enfans venir à moi?
Ces pauvres petits enfans rencontrent si souvent dans le monde des hommes perfides ou imprudens qui se font une étude d'allumer le vice et d'éteindre la vertu dans leur cœur. On est sûr de porter la mortel la ruine au loin, quand c'est à sa source que l'on empoisonne une onde pure et \ive.
La vertu aurait moins de dévouement, moins de zèle que le vice ! Nous resterions sourds à la voix de Jésus-Christ? Nous ne nous déclarerions pas les amis d'un si grand nombre d'enfans abandonnés? Le Sauveur les appelle à lui, c'est 5 nous de les y conduire. La Providence a placé dans