‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 67 sur 139 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

sont pauvres; ils ont peu de prévoyance , peu de motifs même d'en avoir. Ils ont peu d'idées de l'honnele et du beau ; peu d'amour pour l'ordre, parce qu'ils se comparent avec envie aux plus heureux. Ces différentes passions prennent le nom de parti : elles ne sont pas moins qu'un état de guerre permanent entre les diverses classes de la société! 11 n'y a qu'une éducation chrétienne qui puisse inspirer à tous les hommes un profond respect, un vif amour pour l'humanité, el rétablir, sur les bases de l'équité et du principe tlernel de l'égalité naturelle entre tous les hommes, les rapports de la société. Sans ce principe voyez partout le mépris profond, l'abominable exploitation de l'espèce humaine, et sans nous arrêter ici aux symptômes que nous voyons surgir du sein de la corruption que contient eneore la présence et la lumière de la foi qui brille de tout son éclat sur notre belle terre de France, portons nos regards sur les régions entièrement déshéritées des bienfaits de la religion, et apprécions les résultats affreux de l'impiété. Qu'est devenue la dignité humaine en Afrique? qu'es.1elle devenue dans l'Orient ? qu'est- elle devenue dans toutes les contrées où le Christianisme a été enseveli sous les ruines de l'ignorance et des passions ?

Livré à ces émotions , exalté par la douleur que lui causait le triste spectacle des habitudes et des mœurs d'enfans élevés sans religion, Alphonse nourrissait le projet de se dévouer à renseignement de l'enfance , afin de travailler à la

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rendre capable d'entendre la voix de la nature et celle de l'évangile.

Dès qu'il eut terminé les affaires qui l'appelaient à Bordeaux , il se rendit auprès de M. de Saint-IIilaire pour lui faire part de ses nouvelles résolutions, et pour s'éclairer de ses conseils.

« Bon père, lui dit-il, vous nous avez souvent • répété celte maxime : Celui qui ri a pas dexpc- » rience ne sait rien ; aussi vous avez voulu que

- l'expérience fut la base de toutes les leçons que » vous nous avez données, et j'ai éprouvé plus » tard qu'il n'y avait aucun autre moyen de s'in-

- slruire.

» Jusqu'ici je n'avais connu que les mœurs » simples de ma famille et le bonheur de votre » presbytère : le monde pour moi ne s'étendait » pas au-delà des limites de notre paroisse où •> règne la sainteté sous vos auspices et par vos •> soins, et de l'enceinte du collège et du sémi- » naire où j'avais Irouvé tant de bienveillance et •> de candeur. J'ai peu voyagé; mais la douleur » qui oppresse mon cœur me ramène près de •• vous : j'ai vu des temples tombant en ruines, » abandonnés des fidèles ; j'ai vu des populations • presque idolâtres au sein de la civilisation ; j'ai » vu des enfans impies et colères se réunir sur » les routes et poursuivre, avec un plaisir féroce, » le voyageur fatigué , pour l'insulter ; j'ai vu " tout tin peuple d'hommes moqueurs railler la " piété et la vertu ; on avait parmi ces hommes ■ la libellé de faire tout, excepté de prier Dieu ; » j'ai vu des spectateurs familiarisés avec ces

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