‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 70 sur 139 · LIVRE V. i/l · texte numérisé non relu

LIVRE V. i/l

les consolations humaines : son cœur s'était môme souvent reposé avec joie sur Alphonse qui devait être son espérance , le soutien de ses vieux jours et l'appui d'une nombreuse famille. Ce vertueux vieillard recueille ses forces , et adresse les paroles suivantes à son petit- fils : « Mon enfant , à la voix de la piété vous

• joignez celle de la prudence : vous avez pris

• conseil de vous-même , Dieu place au-dedans

• de nous un flambeau intérieur qui nous éclaire » et nous guide dans toutes nos démarches , et •> ses lumières surtout doivent déterminer dan: » le choix d'un état ceux qui peuvent choisir. » Vous avez adressé de ferventes prières au ciel, » et dans la crainte de confondre vos inclinations •• aveevos devoirs, vous avez consulté notre saint

• pasteur que remplit l'esprit de Dieu.

» Qu'ai-jeà vous dire maintenant ?je ne vous » manifesterai même pas mes inutiles regrets... » Je vais descendre dans la tombe , et mes vœux » ne doivent pas être pris en considération.. . - Mais , que dis-je !... Mon langage est inspiré ■> par la faiblesse , et il n'est propre qu'à dé- " tourner mon petit-fils de sa généreuse résolu- ■> tion ! .. Quoi ! je serais arrivé à l'âge de

quatre-vingts ans pour manquer de résigna-

• nation!... Moi... je montrerais à mon petit-fils » l'exemple de l'attachement aux biens de la » terre ; moi , qui touche au terme de ma car- » rière , je serais moins décidé à tout sacrifier à » Dieu que ceux qui ne commencent qu'à la » fournir !... Mon enfant , puisque Dieu daigne

» vous choisir pour l'accomplissement de ses

• desseins , répondez à ses vues avec amour ; » apprenez aux hommes qu'agitent tant de pas- » sions diverses , et qui se disputent les emplois » de la terre , qu'il n'est rien d'aussi glorieux , » rien d'aussi digne de l'ambition d'un noble » cœur, que de constater la souveraineté de son « Dieu par une entière soumission à ses volontés

• saintes. »

Ces paroles prononcées avec une vive émotion et une imposante dignité déterminèrent l'unanime consentement de la famille , jusque-là incertaine et partagée entre les intérêts du ciel et ceux de la terre , non toutefois à la manière des hommes charnels qui foulent aux pieds la loi de Dieu et ne se laissent guider que parla séduction des sens ; mais à la manière des Chrétiens qui recherchent avant tout la rosée du ciel sans cependant pouvoir encore tout à fait dédaigner la graisse de la terre ; et si cette recherche des biens temporels , subordonnée aux biens spirituels n'e^t pas de la plus haute perfection , elle n'a rien au moins que de très-légitime en soi.

Soutenue , animée par le triomphe que venait de remporter sur lui-même ce magnanime vieillard, toute la famille se montre généreuse et désintéressée.

L'aîné des frères prend la parole, et dit :

■ Nous avons tous sucé le même lait ; nous

• avons tous reçu les mêmes leçons et les mômes

• exemples de vertus. Notre mère nous a, dès

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