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les générations qui succèdent aux siècles de l'impiété naissent au milieu des ruines....
Fidèles à la voix de la Religion , la famille tout entière d'Alphonse fit généreusement le sacrifice de ses plus chères espérances ; il n'y eut pas jusqu'à de tendres petits enfans qui , la douceur et l'innocence peintes sur la figure , ne témoignassent aussi à leur manière leur joie , leur résignation et l'admiration que leur inspirait la courageuse résolution de leur frère.
Alphonse, vivement ému, se détourna , comme autrefois Joseph quand il reconnut ses frères , pour cacher à sa famille, à son pasteur, à son aïeul , les larmes qui , s'ouvrant un passage malgré lui , arrosèrent ses joues enflammées : puis reprenant la fermeté qu'il puisait dans les maximes sublimes et profondes de la piété , il fit ses adieux en ces termes à toute sa famille réunie :
« Ma mère , en mourant à la fleur de son >• âge , nous a appris à connaître toute la fra :
• gilité des choses de la terre. Elle n'est plus : elle a été dans une vie meilleure recevoir la
• récompense due aux soins qu'elle prit de notre
• enfance , et aux vertus dont elle nous a donné
• l'exemple. Du lieu de son repos , c'est elle qui » m'appelle , j'ai cru entendre sa voix. — Mon
• fils , me dit-elle , je vous ai porté dans mon
• sein, je vous ai nourri de mon lait ; mes soins, « ceux de votre aïeul et de votre saint pasteur - vous ont conduit à l'âge et à l'état où je vous " vois : ouvrez les yeux, mon fils, voyez combien
io'l ALPHONSE.
d'enfans moins heureux que vous , sont dé-
• laissés dès le berceau : et quand une fois on a
• été mère, Alphonse, peut-on rester indiffé- ■• rente au sort d'aucun enfant ! mon fils , je
• vous en conjure , prenez pitié de ces petits ■ malheureux , si jeunes livrés au vice , à l'igno-
- rance et à la plus dégoûtante corruption; ils
• ont eu, hélas ! des mères qui les ont engendrés
- au monde , ils n'en ont pas eu pour les en- •■ gendrer à Jésus-Christ. Dieu , cependant , les •• a créés à son image. Que cette pensée vous •• encourage , mon fils ; qu'elle vous donne la
- force de faire, s'il le faut, le sacrifice d'une
• vie si courte , exposée à tant de misères : Dieu
• vous rendra avec usure tout ce que vous sa- » crifierez pour eux. Que ne puis-je , ô mon fils , « vous révéler le bonheur que l'on goûte dans
- l'éternité , quand on a su se rendre digne de
• la tendresse de son Dieu. Puis l'amour , la
• persuasion , le consentement remplirent mon •• cœur , comme le baume remplit l'atmosphère
• du lieuoù vient de fleurir le cèdre odoriférant.- « Maintenant qui peut me retenir ? Mon aïeul
» a parlé ; j'ai cru pénétrer les desseins de ma » mère, je me donne tout entier à mon Dieu,
• en me consacrant au service de l'humanité : » et je me rends digne de ma famille, de ma
• patrie , de ma religion. »
Alphonse poursuivait sa noble destinée ; il accomplissait le conseil de l'évangile, imposant , à celui qui tend à la perfection , l'obligation rigoureuse de quitter son père , sa mère , ses
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frères , ses sœurs , et de suivre Jésus-Christ. En embrassant son vénérable aïeul , il lui adressa ces dernières paroles :
« Dieu, mon père, se chargera du soin de • vos vieux ans ; la Vierge Marie veillera sur » le sort de mes jeunes frères. Levons les yeux » et contemplons au ciel , avec les regards de » foi , cette réunion autrement douce que nous - formerons un jour, et pour l'éternité , dans le » sein de Dieu. »
Un sacrifice si noble et si généreux fut agréable au Seigneur , comme le parfum qui s'échappe d'un arbuste fleuri quand on en détache une de ses tiges.
Si Dieu , dans les profondeurs de ses desseins, souffre les progrès du vice , il ne permet pas que l'on soit nécessairement exposé à sa contagion : et c'est par la vertu des hommes qu'il combat les déplorables effets des passions des hommes.
Une digue puissante est opposée à l'envahissement de l'immoralité : la piété, l'antique foi de nos pères refleuriront parmi nous. Les générations naissantes étaient corrompues par les discours des générations qui s'éteignent ; l'homme ne reconnaissait plus aucun frein , il se riait des terreurs salutaires de la religion ; l'oubli des devoirs et des principes les plus sacrés ne portait que des fruits amers. Les peuples cédant au torrent qui semblait tout entraîner, descendaient dans les abîmes de l'ignorance et de la barbarie \ ils regardaient la vertu avec dédain , puis avec
colère : ils la fuyaient en frémissant ; tel, dans une sombre forêt , on entend frissonner les rameaux des arbres dont un vent furieux agite les cîmes desséchées.
Une nouvelle aurore annonce des jours plus heureux : une joie sainte, une paix inaltérable vont succéder aux agitations , aux inquiétudes qui consument les familles et la société. L'enseignement des frères des écoles chrétiennes pénétrera de ses douces et vivifiantes lumières toutes les parties de l'ordre social , les hommes qui marchaient à tâtons dans les ténèbres, seront guidés par le vif éclat de la vérité ; les pauvres sont évangélises (1). Ils seront réintégrés dans leur primitive dignité par les bienfaits de la vertu et de la religion. Les désordres des pauvres surtout viennent presque toujours de l'ignorance des maximes de la piété. Eh ! la plupart ne recevaient presque aucun soin, ils étaient abandonnés à eux-mêmes, et livrés dès leur plus tendre enfance à l'exemple du crime et à l'entraînement des plus funestes inclinations : il y a quelquefois tant d'infamie dans le genre de corruption de ces classes malheureuses et délaissées, que la seule peinture de leur démoralisation révolterait d'horreur.
Quels que soient les efforts que l'on fasse pour arracher au vice l'individu nourri et pour ainsi dire allaité par la corruption , y parvienton facilement ?...
I Sainl Mnibieu.