‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 73 sur 139 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Ne parlons pas ici des malheureux qui vont expier clans les bagnes les torts d'une mauvaise éducation et des ignobles penchans qu'elle fomente ; ne parlons pas des hideux suicides qui , si fréquemment , donnent , à la société , le désespérant exemple du plus désespérant dts crimes ; ne signalons pas , à l'effroi public , ces monstres qui se multiplient , comme autrefois les fils des géans , et qui roulent , dans leur cœur , d'horribles pensées de meurtres , de régicide , de destruction , de ruines et d'incendies , qui ne rèven! que le bouleversement de Tordre . et qui , dans leurs vœux insensés , anéantiraient même le ciel s'ils pouvaient l'atteindre de leurs obscènes blasphèmes. Ces crimes se représentent assez souvent pour que l'on soit en droit de ne pas les regarder comme des exemples isolés qui étonnent par leur rareté autant qu'ils épouvantent par leur monstruosité. Cependant je consens à ne les apprécier que comme de tristes exceptions , et je veux bien, pour le moment, n'en tirer aucune induction.

Considérons les effets de la mauvaise éducation dans ses rapports les plus généraux , dans ses résultats inévitables.

D'où viennent ces générations flétries , décrépites dès la jeunesse?

Interrogez ces générations d'hommes à figure hâve, au teint pale, qui ne vous montrent que des corps défaillans , des membres trcmblans ou couverts d'ulcères , des intelligences faibles

et inertes D'où viennent ces tristes générations? Elles sont nées clans le sein du vice et de la débauche : elles y ont puisé un sang tellement appauvri qu'il n'a pu les élever jusqu'à la constitution humaine !... La corruption engloutit les familles ! ! ! Si peu qu'elle se propage , elle engloutira les nations entières ! ! !

Si vous doutez de cette vérité , pénétrez dans ces maisons que l'innocence et la pureté chrétiennes ont élevées pour servir d'asile aux malheureuses victimes de la débauche. Et à l'aspect hideux de ces misérables , qui ne soutiennent l'éclat de la lumière que parce qu'ils ont effacé dans leur âme avilie , jusqu'au sentiment de la honte , et qui expient , dans les horreurs d'un infâme et perpétuel tourment , les désordres qui les y ont conduits , je vous interroge et je vous demande : à qui les familles et la société doiventelles ériger les monumens de leur reconnaissance ? Si ce n'est aux magnanimes instituteurs qui, pour arracher les enfans de la classe pauvre à la dépravation qu'engendre l'ignorance , mais qu'engendre plus vite et plus sûrement une mauvaise éducation , se sacrifient avec un héroïsme que la terre peut bien admirer, mais que le ciel seul peut récompenser.

Quelle perspective s'ouvre devant vous , généreux Alphonse !.. Les larmes de votre aïeul , de votre pasteur et de vos jeunes frères sont tombées sur vous comme une rosée céleste : les bénédictions de Dieu accompagneront tous vos pas : vous avez cru entendre la voix de votre

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mère , touchée , parce qu'elle est mère , du sort de tant de petits enfans : entendez aujourd'hui les acclamations de l'humanité entière qui vous appelle : ce n'est plus l'humanité barhare et réunie autour d'un cirque ensanglanté pour contempler , avec un féroce transport, les membres déchirés etpalpitans du gladiateur qui succombe sous les coups redoublés d'une bêle fauve C'est l'humanité adoucie par la religion du Christ ; elle se penche attendrie sur le berceau de l'enfance , elle encourage , par l'accent de son admiration , le courageux athlète qui vient combattre le vice et protéger la faiblesse de l'âge contre ses attaques.

Le vice , en effet , tel qu'un monstre furieux , attend les hommes , pour les dévorer à l'entrée de la vie.

Sages Instituteurs , chaque fois que vous préservez un enfant de la contagion du crime , vous donnez à la société un citoyen , à l'église une àme fidèle , à la famille un solide appui , à l'humanité un ornement de plus.

Qu'ils sont nombreux , les hommes guidés par vos soins dans les sentiers de la vertu !

Une Providence miséricordieuse adresse aux pauvres , qui languissaient dans les ténèbres , les disciples dévoués de l'abbé de La Salle : leur salutaire enseignement , doux et bienfaisant comme l'espérance , pénètre le cœur des malheureux : il se répand sur la terre et y prépareun riant avenir ; ainsi après des jours mauvais ,

on voit avec joie paraître l'aurore d'un jour meilleur.

Un rayon descendu du ciel brille sur le^ hommes comme un doux reflet de la lumière divine.

Quelle voix mélodieuse ! quels pieux concerts ! Ce sont les enfans du pauvre qui chantent leur bonheur : écoutons!... Ils chantent leur amour pour la vertu !

Fuyez , passions honteuses !... Fuyez!.... Le vice est vaincu , la grâce de Dieu triomphe. La noble ardeur du bien embrase mon àme.

Fuyez , hommes d'argent et de vanité , la bonté du Sauveur a suscité des apôtres pour l'enfance.

Fuyez , hommes qui ne croyez plus à la vertu et à l'héroïsme qu'elle inspire : vos funestes doctrines flétrissent le cœur des hommes , comme le souille brûlant du midi dessèche une fendre fleur sur sa tige.

Fuyez , hommes égoïstes et voluptueux , je cherche un protecteur qui veuille , comme un tendre père , compatir à mes peines , ce n'est pas parmi vous que je puis le trouver.

Je cherche le repos et l'innocence , le bonheur et la simplicité , je ne saurais trop vous fuir ; seulement , au nom de la tolérance, ne venez pas nous troubler dans notre saint asile.

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