‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 74 sur 139 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

'-j^^^ ous voici parvenus au moment où AI- *U 'ïtiM phonse entre dans la solitude pour s'y 'll^S^ consacrer aux pénibles et modestes fonctions de l'enseignement ; mais nous ne sommes pas encore arrivés au terme de ses sacrifices, de ses travaux , de son noble dévouement.

La ville de Sion est une forteresse , dit le prophète. Les murs et les boulevards qui la protègent et la défendent , sont les vertus , le courage, l'invincible fermeté des héros qui vivent dans son enceinte ; ces remparts spirituels sont inexpugnables ; ils voient s'écrouler devant eux le torrent des siècles emportant , dans son cours rapide , les débris des édifices de la terre : tout vient se réduire en poudre en leur présence, ils restent debout sur leurs fondemens , et les efforts de l'antique ennemi du genre humain ne peuvent même les ébranler.

Dans cette cité sainte , on n'est séduit ni par l'amour de l'or et du faste , ni par les illusions des frivoles plaisirs ; on n'y estime que les vrais biens. La douceur , la simplicité , le désintéressement, la prudence el la candeur y ont à jamais établi leur règne.

Entrez , généreux Alphonse , dans l'enceinte de Sion ; apprenez-nous , par un exemple de plus , que les saints sont pressés de se livrer aux exercices rigoureux d'une pénitence dont ils semblent n'avoir pas besoin ; élevez-vous à la hauteur de votre sublime vocation ; avancez dans la voie du salut , il n'y a de triste que le commencement de la carrière, la suite en est adoucie par l'onction du Seigneur; la grâce vous conduira dans des régions tranquilles et sereines. Ainsi le peuple de Dieu , au sortir de la terre d'Egypte , eut autrefois à traverser un désert aride , à supporter l'aiguillon du besoin , à lutter contre l'effroi du vaste silence , de l'isolement, du vide immense de la solitude , n'entendant d'autre son pour réponse à l'harmonie de ses divins cantiques , que le bruit affreux que faisaient, à longs intervalles , le rugissement des lions , le sifflement des serpens , l'horrible tumulte des vents et de la foudre. Mais, en s'avançant , il s'éloigne du danger , et arrive enfin sur cette terre fertile et embaumée , emblème du ciel où se termine la course du pieux voyageur.

Qui peut guider les pas des hommes dans le périlleux désert de la vie ? Celui qui dirigea autrefois la marche d'Abraham , quand ce père des patriarches eut quitté le sol natiil Celui qui suspendit les eaux de la mer rouge pour ouvrir un passage à son peuple , peut aussi nous conduire heureux et purs au milieu des Ilots de l'universelle contagion. Chaque moment du séjour que nous faisons sur la terre est signalé par un

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