‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 75 sur 139 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

prodige de la bonté divine ; sa toute puissance nous y accompagne sans cesse , elle nous environne dune manière invisible ; mais tous nous pouvons reconnaître son action. L'Eglise, éclairée par l'esprit de Dieu , distribue à l'universalité des hommes une doctrine sainte et douce, et qui répond à tous les nobles sentimens du cœur .

satisfait l'immensité de nos désirs, suffit à l'activité de notre intelligence , détermine nos devoirs , nous suit et nous soutient dans toutes les phases , dans toutes les conditions de la vie : tel , autrefois , sur la montagne d'Horeb , à la voix de Moïse, on vil sortir, du sein des rochers, une source d'eau claire et rapide qui, désaltérant la multitude des enfans d'Israël , régla son cours sur la marche du peuple , le suivit constamment et fournit sans interruption à tous ses besoins.

Dieu ne cesse de s'occuper de l'homme , sa créature privilégiée ; mais l'homme ingrat et rebelle , souvent abuse même des bienfaits de son Dieu. Il est pour les intelligences comme pour les corps , une sorte d'intempérance. Un usage désordonné des biens temporels nous précipite dans un abime de maux, qui oserait entreprendre de faire la peinture des malheurs dan> lesquels nous entraîne l'audace de l'esprit ?

L'orgueil décompose et flétrit tout ce qu'il louche ; la science entre ses mains est un ins- Irument dangereux , et sa lumière vacillante n'est propre qu'à conduire l'homme sur les bords du néant ; les feux mêmes du génie dessèchent , loin de vivifier l'àme humaine , lorsqu'ils ne sont

pas tempérés par l'humble soumission de la volonté à la raison suprême de Dieu ; ainsi , sur les sables brùlans de la zone torride, nul homme ne pourrait supporter les rayons du soleil si une brise légère , ou une nuée bienfaisante , n'en adoucissent jamais l'ardeur.

La lumière ne se manifeste aux hommes que par l'enseignement ; l'enseignement est donc la première , la plus noble, la plus utile de toutes les missions. Il en est aussi la plus étendue : il prend l'homme au berceau , il ne le quitte qu'à la tombe. L'homme en naissant ne sait rien , en mourant il a encore besoin d'apprendre , ne serait-ce que d'apprendre à toujours mieux aimer Dieu. L'enseignement est également la fonction la plus importante par ses résultats. C'est une parole qui donne la vie ou qui porte la mort , qui féconde le néant et fait naître des fruits de destruction , ou qui consolide l'œuvre de Dieu et élargit la destinée des individus et des empires. C'est l'arbre qui donne la science du bien et du mal ; la foi naît de la parole ou de l'enseignement , l'impiété en naît aussi. L'enseignement est bien l'arme à deux tranchans ; il émonde les branches gourmandes ou il retranche les rameaux destinés à produire des fruits , au gré de la main qui l'emploie.

L'instituteur est donc l'homme dont il importe le plus de connaître le mérite : la moralité d'abord , la science ensuite.

L'instituteur est l'ange de paix , ou il est l'ange exterminateur ; il est l'homme revêtu de la plus

Page 1