‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 76 sur 139 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

haute magistrature , ou de la plus dangereuse profession , honoré de la plus noble mission ou chargé de la plus ignoble tache ; appelé à formelles hommes ou à les dégrader , à les ramener par la raison à la morale et aux sentimens religieux, ou à les pervertir et à vicier leurs bonnes dispositions ; appelé à répandre la sève et la vie dans toutes les parties de l'ordre social , ou bien à y jeter ce poison qui corrode et dissout , et qui engloutit tantôt les familles , tantôt les sociétés dans les abîmes de la mort après les avoir fait passer par les convulsions du crime.

L'instituteur n'a pas comme le prêtre un caractère indélébile et consacré , il n'a pas comme le magistrat un rang que lui assigne la loi ; sa dignité est toute dans son mérite personnel. Et pour bien faire apprécier ses titres , à la reconnaissance des hommes , quand il remplit noblement sa mission , il suffit de citer ici cette lettre fameuse que Philippe écrivit à Aristote à la naissance d'Alexandre-Ie-Grand.

« Je vous apprends que j'ai eu un fils ; je re- • mercie les Dieux , non pas tant de me l'avoir » donné que de l'avoir fait naître du temps » d'Aristote. »

C'était mettre en action ce qui plus tard a été traduit en maxime.

Le père lui-même n'a pas un caractère plus saint que l'instituteur , puisque l'un donne la vie , et l'autre les qualités précieuses qui seules la rendent estimable.

L'enseignement ne peut être salutaire qu'autant

qu'il est bien dirigé ; qu'autant qu'il est le développement des maximes vraies et saintes.

L'enseignement catholique , le seul qui , dans la réalité , soit à la portée de tous les hommes , a produit et produira jusqu'à la fin des siècles des effets immenses. Les maximes qu'il contient n'étant pas perfectibles, peuvent toujours montrer un terme plus éloigné à tout être qui tend à se perfectionner. Et l'infinité divine s'étant trouvée réunie à toutes les misères humaines dans le fondateur de ce sublime enseignement , les hommes, pendant qu'ils vivront sous l'influence du Catholicisme , ne pourront jamais s'arrêter dans la voie de la vérité. Voici comment j'entends le progrès pour les individus comme pour les peuples. Les peuples marchent lentement ; il faut , en effet , des siècles pour donner aux masses une vue claire et précise de leurs véritables intérêts ; et parviendra-t-on jamais à leur donner une conviction assez forte , c'est-à-dire , une foi assez vive pour changer leurs habitudes? La vie des individus est courte , il faut peu de temps aussi pour les frapper , les convertir , les déterminer à la pratique de la vertu. On aurait plus tôt compté les grains de sable de la mer que les hommes auxquels l'évangile a donné la volonté et même la force d'atteindre à ce perfectionnement moral qui convient à l'humanité. Les peuples , dans leurs efforts et dans leurs tentatives de perfectionnemens , ont quelque chose de plus vague ; ils n'avouent pas avec netteté que l'évangile est l'autorité à laquelle ils

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