‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 77 sur 139 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

obéissent ; et ils supportent le châtiment de leur orgueil ; leurs monumens de gloire sont teints de sang , et leurs jours de progrès sont signalés surtout par leurs écarts! après bien des siècles d'expérience et de réflexions, ils condamnent eux-mêmes , quand ils doivent vivre du moins, leurs excès , et il ne leur reste , de tous leurs travaux , que ce qui est conforme à l'esprit évangélique. Pourquoi les nalions frémissentelles (1) et s'agitent-elles avec tant de violence pour conquérir au milieu des ruines , ce qu'il leur serait si facile de posséder ; ce que leur offre l'évangile , ce que leur offre une éducation catholique !

Les peuples n'arriveront à l'expression la plus parfaite du gouvernement que quand ils traduiront , dans leurs formes , et de la manière la plus vraie , l'esprit catholique. Combien leur

faut-il de siècles encore? Jugez-en par le

temps que leur ont coûté les progrès lents et insensibles de l'émancipation humaine Depuis plus de dix-huit cents ans, la liberté de l'homme est authentiquement proclamée , et les peuples en sont encore à argumenter sur la traite des Nègres.

Et si l'esclavage lui même n'est pas complètement aboli , malgré l'action incessante du Catholicisme, comment peut-on nourrir l'espoir d'arriver subitement à cette exacte pondération

1,1) Quare (remuer unt génies et populi meditata sunt

irtinia !

de tous les droits , de tous les devoirs , de toutes les légitimes jouissances ?

Bornons- nous ici à constater deux grandes vérités, à signaler les deux points saillans des conquêtes du Catholicisme : le principe de la liberté reconnu dans la théorie et qui ne cesse de faire des efforts pour passer dans la pratique ; c'est en vain que la barbarie humaine a cherché à l'ensevelir sous des monceaux de ruines et de cadavres ; il triomphera, lentement , sans doute ; mais il triomphera par la douceur du Christianisme et malgré les efforts de ces cannibales qui se ruent avec fureur autour de lui sous prétextes de le défendre , et qui dans le fond sont ses plus cruels ennemis. Etablissons ensuite le principe de l'égalité naturelle entre tous les hommes ; non de cette égalité qui pousse au nivellement de la mort , de la destruction et du néant , mais de cette égalité qui tend à l'équilibre de l'ordre , en accordant à chacun et ce qui lui est du et ce que réclame l'harmonie sociale. Telles on voit agir les lois sages et invariables de la nature ; elles ne distribuent pas des dons homogènes à chaque être , elles leur accordent tout ce qui convient à leur utilité propre et relative. Les parties elles-mêmes de l'individu sont soumises à cette action salutaire ; les feuilles , les rameaux , le tronc d'un arbre ne reçoivent pas la même sève , mais celle qu'ils reçoivent est celle qui leur est convenable. Cette distribution proportionnelle et graduée fait un arbre parfait. Ces similitudes, je crois , peuvent nous faire entrevoir ce

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