‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 79 sur 139 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

l'homme qui n'a d'autres lois que celles des sens? Où s'arrêtera- 1- il , si le plaisir des sens lui commande le mal , le meurtre , ou l'asservissement de son semblable ? L'instinct de la nature mettra un terme à ses désirs ! Oui , s'il est bien-né ; mais s'il a porté en naissant un caractère farouche , cupide , ou emporté ; si l'éducation , loin d'étouffer le germe de ces funestes dispositions en a favorisé le développement par des discours peu voilés. Le calcul de l'intérêt ! mais c'est souvent l'intérêt qui pousse au crime. La volupté même exige que l'on renonce au plaisir? En y renonçant par un motif de religion , on remporte une victoire pleine de charmes , et si l'on parvient à vaincre ses désirs par un motif stérile , cet avantage même est un tourment.

La vue des peines qui tôt ou tard sont le prix des crimes , suffit pour contenir les hommes ; quoi ! l'homme qui méconnaît la loi suprême de Dieu pourrait respecter les réglemens humains ? La crainte des supplices ! voici un joug bien doux et bien noble? Cette crainte petit elle retenir l'homme puissant , peut-elle empêcher le fort d'opprimer le faible ? Les lois n'ont-elles pas toujours existé , et l'esclavage n'existait-il pas avec elles ? Dans ces républiques célèbres et si vantées , combien y avait-il d'esclaves pour un homme libre ? Trouvez , en dehors de l'esprit du Catholicisme , une loi qui ne soit favorable au fort , et qui ne soit funeste au faible? Vous me nierez peut-être ces fameuses lois romaines qui défendaient de flageller le dernier des citoyens

romains : mais le dernier des citoyens romains était fort à côté du barbare ; Cicéron lui-même, celui de tous les orateurs de l'antiquité qui se rapproche le plus de l'esprit chrétien , s'indigne contre Verres moins de ce qu'il avait crucifié un homme que de ce qu'il avait crucifié un romain ; et cet orateur fameux aurait eu besoin d'apprendre d'un humble disciple de l'évangile , qu'il n'y avait ni grec , ni romain , ni juif, ni barbare , qu'il n'y avait que des hommes tous égaux , tous frères , tous créés à l'image de Dieu ; que l'humanité était aussi respectable , aussi inviolable dans le plus faible que dans le plus puissant des hommes. Sortez de ce principe : nécessairement vous établissez des catégories ; dites-moi alors . où vous vous arrêterez

La mission de l'instituteur est de répandre les idées ; les idées , plus que le pain , sont la vie des peuples.

Mesurez par- là , si vous le pouvez , si vous l'osez , toute l'étendue , toute l'importance des fonctions de l'instituteur.

L'instituteur, selon les principes qui le guident, est ou un empoisonneur , ou un bienfaiteur public; il est un loup dévorant dans la bergerie, ou l'intrépide prolecteur d'un faible et timide troupeau : on ne peut pas définir l'instituteur par son litre et sa mission, on ne peut l'apprécie; que par l'action qu'il exerce. Je vois , entre un bon et un mauvais instituteur , la distance qu'il v a entre un saint Vincent de Paul et une Hrin-

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