LIVRE VI
villiers , entre un abbé de La Salie et un reïigionnaire rationaliste.
Outre ce contraste frappant des extièmes , il y a divers degrés de mérite et d'utilité parmi les instituteurs.
Je ne pourrais , sans trop m'écarter de mon plan , parcourir tout le cercle de tant de gradations ; je m'arrête à quelques considérations générales qui rendent plus spécialement dans mon sujet.
La force expansive du Christianisme tend à pénétrer ton! es les parties de l'ordre social, poulie.'", amener toutes au nivellement de la perfection , seul nivellement qui puisse s'harmoniser avec l'ordre , avec la vie.
Mais que de tentatives , que d'efforts , que d'aberrations avant d'arriver au but ! Emportés par je ne sais quelle fougue, les hommes détruisent leurs forces et leurs ressources : les nations ressemblent aux individus ; et le malheur des générations passées donne à peine de l'expérience aux générations futures.
A l'apparition du Christianisme , qu'était l'humanité ? Ses droits étaient méconnus ; le fort était libre , le faible esclave. Le Christianisme a rétabli l'équilibre par sa doctrine de la résurrection. Par la terreur d'une vie future , il a mis ;m\ passions des riches le frein le plus puissant , et il a ennobli l'àme du pauvre, par les bienfait.s de l'espérance. Dès qu'un homme comprend qu'il est immortel, il sent qu'il n'est pas né pour être la bête de somme d'un homme. Enseigne/ ce
dogme à l'africain, et bientôt la traite des nègres ne sera plus possible. L'homme , réintégré dans sa conscience , inspire un respect qui rend ses droits sacrés; et saint Louis, le roi le plus chrétien qui se soit jamais assis sur un trône , esclave à Tunis, dictait des lois à ses maîtres. Effacez de la pensée de l'européen le dogme de la spiritualité et de l'immortalité de l'àme, il deviendra bientôt assez vil à ses yeux pour être sans surprise confondu avec la bêle (1), et il n'attend que des fers pour devenir esclave !
Aussi , dans tous les siècles , les hommes les plus près de l'esclavage par la dégradation de leurs mœurs , et les hommes les plus disposés par la nature de leur orgueil à exercer une domination brutale , ont- ils voué une haine opiniâtre et presque insurmontable à la Religion chrétienne. Le caractère de dignité que le Christianisme imprime sur le front de chaque homme est également importun et à celui qui veut se faire esclave et à celui qui veut asservir.
L'adoration que l'homme doit à son créateur, la charité fraternelle qu'il doit à son semblable, .sont des sentimens si naturels et qui portent si bien le sceau de la vérité, que pour les obscurcir le prestige de l'erreur ne suffit pas , il faut le
I Pourquoi l'avilir (l'homme) mal ;i propos el rouloii
Doue Forcer :> ne I" voit que i omme un animal , tandis qu'il
est en effel 'l'une- nature très-différenle , très-distinguée et
-i supérieure à celle des bêtes , qu'il faudrait être aussi |»-ii
■ qu elles I'- Boni poui pouvoir les confondre ?
Buvfoh , Preuves de l'Immortalité de l'âme , vol. ;'>■ p. 5 .