‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 84 sur 139 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

bien des lieux , le riche sollicite aujourd'hui , comme un bienfait , l'honneur d'envoyer son fils s'asseoir sur les bancs des écoles gratuites des bons frères , près du petit pauvre qui l'avait en passant , charmé par sa modestie.

Qui ne commence à comprendre ici toute la sainteté de la mission d'Alphonse? Ce n'est pas seulement par quelques jours d'application qu'il se prépare à la remplir. Il fallait plus qu'un soudain effort de l'esprit pour suivre une aussi pénible carrière ; il fallait une longue habitude de la vertu , de la mortification , de l'humilité , du désintéressement. Ce disciple chéri de Jésus- Christ voulut passer une année entière dans les exercices de la piété , de l'obéissance , du recueillement et de la prière. Et le jour de son entrée dans le noviciat des frères fut pour lui un jour de bonheur et de triomphe.

Retirez-vous dans la solitude , généreux Alphouse , entrez dans la forteresse qu'environne la lumière de Dieu. Goûtez dans la retraite des jours pacifiques , en attendant les jours que troubleront les médians ! Exercez vos forces pour soutenir les combats du Seigneur ; préparez-vous aux tribulations humaines. Heureux celui qui travaille dans le silence et qui élève sans bruil l'édifice de sa sanctification , comme autrefois Salomon le temple de Jérusalem !

Dieu de clémence , père véritable des enfant pauvres , laissez tomber un regard d'amour sur l'homme qu'inspire le plus pur amour de l'humanité.

Nourri dans les idées de la plus sainte perfection , environné des images de la vertu la plus élevée , Alphonse avait à peine connu le nom du vice et de la corruption. Formé à l'école de la pauvreté , il avait appris que l'homme ne naît que pour souffrir. .Accoutumé aux privations , résigné aux épreuves que lui ménageait la Providence , il ne trouva que de la douceur et des joies bie a pures dans la vie du noviciat ; il étudiait avec ardeur les livres saints , et s'y familiarisait avec ces grandes maximes de la religion qui nous élèvent au-dessus de toutes les faiblesses humaines. Parfois , pendant ses lectures , inondé des lumières du ciel, il embrassait la page sacrée, et , tombant à genoux devant l'image du Christ, il passait des heures entières dans les transports de la plus vive adoration ; il songeait au bonheur dont il jouirait dans le ciel ; mais il était arraché aux délices de ces senlimens par le retour de sa pensée sur le malheur , l'ignorance et la dégradation des petits enfans du pauvre. Alors saisi de chagrin , il devenait en imagination leur instituteur, il se plaçait au milieu d'eux, il les exhortait , les guidait ; il hâtait , du moins, par ses désirs , l'époque où il lui serait donné de leur ètr« véritablement utile. Tous les autres novices conçurent la plus haute opinion d'Alphonse , il ne cessa d'être pour eux un objet d'édification ; et lui-même s'appliquait à découvrir les vertus les plus remarquables de chacun '.Je ses frères et à se les approprier. Tel on \oit

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l'ingénieuse abeille choisir sur chaque fleur les parfums les plus exquis.

11 règne dans l'institution des frères des écoles chrétiennes , un esprit d'abnégation , de paix et de douceur dont Alphonse n'eut pas de peine à se pénétrer.

Sa vocation était de marcher sur les traces de Jésus-Christ en instruisant les pauvres ; mais pour les instruire utilement, pour leur apprendre à supporter les angoisses et les humiliations de leur état , il leur faut plus que des paroles !.... Il n'y a que les douleurs d'une pauvreté volontaire qui puissent efficacement engager à supporter avec patience les peines d'une pauvreté forcée. Eh ! que serait devenue la morale de Jésus-Christ, s'il n'eût pas donné à ses préceptes l'autorité de ses exemples ? Sans la crèche de Bethléem , le monde serait-il émancipé , seraitil libre et chrétien ? On voit qu'il n'est pas aussi facile qu'on pourrait le penser, de réunir toutes les conditions nécessaires à un instituteur du pauvre surtout. Le monde a bien aussi ses écoles pour les pauvres , il s'impose de grands sacrifices pour subvenir à leur entrelien ; et , en résumé , c'est en la payant fort cher que le peuple obtient une école gratuite qu'il ne fréquente guère.

Il ne suffit pas , pour attirer les malheureux, de leur offrir de l'instruction ; il faut aussi leur présenter des consolations. .Mais le moyen le plus efficace de les consoler , c'est de s'identifier avec eux par la communauté d'un même sort et

par les liens de l'amour , et de l'estime pour leur état. Je ne vois que des héros chrétiens qui soient capables de s'élever jusqu'à la pauvreté par la voie sublime de la croix et du zèle qu'elle inspire. Alphonse , pour acquérir le droit d'évangéliser les pauvres, se voue lui-même à la pauvreté ; il charge la Providence et ses supérieurs du soin de lui assigner le lieu où il devra reposer sa tête. Car , disait-il , instruire les pauvres , c'est surtout leur inspirer la résignation et la confiance en la divine miséricorde ; mais peut-on leur donner une foi bien vive dans la paternelle vigilance de Dieu, si l'on entasse, pour soi, avec une avide prudence, des ressources contre ia misère , et si par une sollicitude empressée on cherche à se placer pour l'avenir à l'abri de toute inquiétude ? S'il est une circonstance de la vie où il soit nécessaire de soutenir ses leçons par ses exemples, c'est quand on engage les hommes à conserver la douceur dans leurs souffrances. L'âme du juste d'ailleurs doit pour elle-même se familiariser avec la douleur , et supporter avec calme les coups de l'adversité. Que sont les peines du corps de l'homme craignant Dieu , auprès des tourmens et des soucis rongeurs du méchant !

Alphonse s'était fortifié dans la retraite , et mûri par de profondes réflexions , il était capable d'élever tous les actes de sa vie jusqu'à la hauteur des maximes de l'évangile Et le temps de déployer ses héroïques qualités était ertfln arrivé. Ayant fini son noviciat , il reçut une

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