LIVRE VI
mission pour Laon. Le drapeau funèbre flottait sur les murs de cette ville quand il y entra ; la peste et la famine se disputaient l'affreuse gloire de livrer ses habifans à la mort ; l'épouvante ef la consternation glaçaient tous les cœurs. Si l'on passait quelques heures dans l'appartement d'un malade, on sentait, dans ses veines et dans ses entrailles, l'action d'un poison brûlant que l'on avait respiré avec l'air , tant le fléau était terrible ! Les enfans les plus tendres n'approchaient qu'en tremblant leurs lèvres des lèvres livides d'un père ou d'une mère Les mères ellesmêmes fuyaient l'aspect d'un fils mourant!. .. Les cris de douleur et de désespoir, qui partaient du fond des maisons désertes, comme autant de glas lugubres , annonçaient les convulsions des derniers agnnisans.
Ému par le spectacle du deuil et de l'effroi public , à la vue de tant de victimes qui demandaient en vain des secours, Alphonse s'adressant à l'un de ses frères , à un véritable disciple de Jésus-Christ . au frère Xavier, lui dit : « Cher ». Frère , voici le moment de témoigner notre
■ amour à notre Sauveur , et de montrer que la
■ foi que nous avons dans ses promesses n'est
• pas une foi vaine : dévouons-nous. L'image
• de tant de morfs viendrait à jamais empoi- - sonner nofre vie , si nous ne portions à ces
• malheureux tons les secours qu'ils sont en
• droit d'af tendre de nous. Nous serons plus
• heureux de mourir que de souffrir sans cesse » de la vue de tant de maux ; nous aurons au
<> moins la satisfaction de jouir de l'approbation « de notre conscience. Pourrions-nous rester » les tranquilles témoins du sort de tant de " chrétiens ? •
Les paroles d'Alphonse , comme un souille bienfaisant , pénètrent le cœur de Xavier et le poussent dans la voie du martyre.
Animés d'une foi vive, sans se laisser préoccuper par les soins d'une longue et intimidante prévoyance , nos deux frères , tout entiers à l'œuvre, que leur impose leur charité , ne se trouvent bien que dans les demeures les plus infectes et dans les maisons les plus abandonnées : ils semblent vouloir étendre hors d'eux et à tous les êtres souffrant, la plénitude de santé dont ils jouissent. charité chrétienne , religion sainte, où s'arrête ton empire!.... La crainte et le danger avaient effacé les sentimens de la nature , brisé pour ainsi dire les liens du sang dans le cœur des parens , et l'amour chrétien , puissant rival de la mort , multiplie les enfans pour les pères , les itères pour les enfans, tant il inspire de soin et de tendresse. Et ce sont deux hommes , rebutés du monde peut-être , qui fout éclater ce prodige ! C'est que la religion était là pour suppléer à toutes les défaillances de la nature. L'exemple de nos jeunes frères ranime le courage de tous les habitans de la ville , chacun se presse autour des siens ; la foi et la charité montrent , jusque sur le bord du tombeau , aux yeux des mortels , les ineffables suavités de l'espérance qu'elles font naître. Ainsi