LIVRE VI
le Père et le Fils , dans leur gloire éternelle , produisent aux regards des chérubins et des séraphins les splendeurs ravissanles de l'Esprit, divine expression de leur mutuel amour.
L'intensité du mal diminue ; chaque malade croit vivre de la vie de celui qui l'approche, tant il est vrai que les hommes peuvent aussi s'unir entre eux par la charité , comme le Père et le Fils sont unis par l'Esprit dans leur essence divine.
Ainsi que leur divin maître , Alphonse et Xavier auraient répandu leur âme pour l'humanité. Ils avaient porté la vie et la consolation dans le sein des familles. Armés contre les dangers des tentations , ils furent sans défense contre les atteintes mortelles du tléau qui dépeuplait la ville. Ils étaient apparus au milieu des ravages de la mort comme deux anges de paix ; à leur tour, frappés de ses coups, ils gisaient faibles et mourans , en proie aux plus cruelles douleurs ; el cependant , la joie secrète , qui inondait leurs cœurs, brillait à travers les traits et la pâleur de la maladie sur leurs angéliques figures. Telle on voit , dans un jour nébuleux , la lumière du soleil se réfléchir sur les vapeurs même d'un sombre nuage , et marier le symbole de la paix aux élémens de la tempête (1).
Xavier succomba sous la violence du mal ; ses organes brisés par la mort laissèrent son âme
I Gesèse . Chap. IX.
s'échapper dans le sein du Christ. La destinée d'Alphonse n'était pas encore accomplie -, de plus grandes épreuves l'attendaient , et le puissant esprit qui préside à la vie des hommes voulait conduire ces deux âmes fidèles au même port , mais par des voies différentes.
Alphonse se relève presque miraculeusement de cette cruelle maladie à laquelle l'avait exposé son zèle. Le but spécial de sa vocation était l'enseignement ; néanmoins il se sérail regardé comme un serviteur inutile , s'il se fût borné aux devoirs d'une mission devenue momentanément inutile pour des hommes qui ne songeaient qu'à mourir.
Quel spectacle pour la ville de Laon ! quel touchant exemple ! le frère Xavier avait reçu sa récompense dans le ciel ; Dieu avait placé sur son front la palme due aux hommes généreux qui meurent pour leur religion.
Alphonse ranimait ses forces et son courage pour voler au secours d'une multitude d'enfans en proie à une maladie plus funeste encore dans ses résultats que la peste qui venait de décimer les habitans de la ville. Après avoir bravé toutes les misères humaines, il ne craint point d'entrer dans une pénible carrière, de s'exposer aux traits de mille persécuteurs aveugles , parmi lesquels il retrouvera peut-être quelques-uns de ces hommes même dont il a\ ait pansé les plaies.
Le prince des ténèbres voyait avec rage la pitié des enfans de l'abbé de La Salle pour le peuple. Ces œuvres de miséricorde, en effet ,