LIVRE VI
destructives , enfantées par la corruption qui y cherche un prétexte ou une ressource , et par l'orgueil que le désir delà singularité entraîne.
Oui , c'est par la singularité qu'un philosophe se fait athée chez les croyons , croyant chez les athées ; du moins , c'est un philosophe qui nous fait cet aveu ; et les autres ne se sont guère mis en peine de le réfuter. N'est-ce pas un beau titre qu'ils ont tous ensemble à la confiance ?
Mais quand un philosophe aussi malléable se trouve dans l'enseignement , il fait quelquefois céder les exigences de la vanité au calcul plus substantiel de l'intérêt.
Il sacrifie la gloire un peu discréditée de l'esprit fort sur l'autel de la cupidité ; et il emprunte à une doctrine qui lui est étrangère , ses pièces de crédit.
Et la Religion , dont on ne se soucie guère , devient dans leur langage seulement , la première hase de toute bonne éducation. Vous ne voyez presque pas de prospectus sans ces quelques paroles.
C'est la formule indispensable. L'athée , le matérialiste, le libertin la négligent moins peutêtre que l'homme sincèrement religieux. C'est la livrée commune , c'est l'enseigne générale. On offre ces mots à la crédulité publique , comme le pêcheur offre un appât à la stupide voracité de l'animal imbécile qui habite l'élément liquide. Et une fois que l'on a retiré le profit que l'on en attendait , on est peu soucieux de cacher le
piège. Voyez , lecteur , si cet avertissement est fondé , ou s'il ne fut jamais un lieu où il ait pu trouver une juste application? Quand à moi , je ne vous promets que du courage et une grande bonne foi dans l'exposition de ma pensée.
Cherchons ensemble quelles seraient les suites funestes d'un trompeur appareil de religion dans l'enseignement?
La Religion est la base de toute éducation.
Allez , sur la foi de cette belle profession, confier vos enfans à un instituteur qui n'a imprimé ces magnifiques paroles que pour acquérir le droit de ne plus s'occuper de religion. Son but est rempli , il ne fait plus aucun acte de piété , ou s'il se livre à quelques démonstrations extérieures, il se dédommagera bientôt , par la liberté de ses discours peu voilés ou par la licence de sa vie , de la contrainte calculée à laquelle il s'était condamné. Je le demande , que deviendrait la moralité d'un enfant entre les mains d'un pareil instituteur ?
Supposons qu'un instituteur s'occupe de religion , qu'il n'en parle qu'avec une respectueuse attention , qu'il ait assez de goût et de jugement pour en louer la morale, mais qu'il n'ait ni assez de force ni assez de conviction pour la pratiquer. Son enseignement serait-il moins funeste que celui du premier?
Avant l'Age de raison, l'homme ne peut avoir aucune idée des êtres moraux , et sa moralité future dépendra surtout de la justesse et de l'énergie des premières impressions de son