LIVRE VII
ras, tantôt en soufflant un esprit de prévention et de rage à cette foule inconstante et crédule qui se trouve dans les carrefours de l'humanité ; tantôt en contrariant leurs écoles par d'odieuses et de petites tracasseries ; il est, en France, peu d'établissemens utiles qui n'aient, sous ce rapport, éprouvé le savoir faire de certains hommes; quand ils sont, à cause de leur petitesse, impuis sans et inhabiles pour détruire , ils piquent et harcellent; semblables à cet insecte qui se place sur les narines du lion, on les voit heureux du sang qu'ils sucent, glorieux des plaintes qu'ils arrachent à leur noble victime.
Dans ces tristes conjonctures, le supérieur général jugeant qu'il pourrait tirer un grand parti de la prudente d'Alphonse et de l'autorité qu'il avait déjà acquise, l'enleva de Laon où tout était paisible. L'amour, le respect, la reconnaissance qui l'entouraient, rappelaient l'héroïsme de sa charité, mais laissaient en repos l'habileté d'un zèle capable de vaincre les obstacles les plus difficiles Alphonse reçut une mission pour Bordeaux ; il ne fallait rien moins qu'un homme de son mérite pour faire goûter l'enseignement des frères dans cette importante cité. Sur plusieurs points du royaume, on leur livrait une guerre acharnée et hypocrite. On était effrayé de leur concurrence , et pour la rendre moins redoutable , on ne cherchait point à leur opposer des instituteurs qui l'emportassent sur eux par la pureté de leurs mœurs, le désintéressement de leur zèle, la sainteté de leur doctrine, et la bonté
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de leur méthode ; on trouvait plus facile et plus court de les persécuter clandestinement. Il eût été plus noble de les surpasser par les efforts d'une louable émulation, il était plus commode de les combattre par le jeu d'iniques manœuvres. Des hommes adroits se mirent à exploiter la crédulité publique; des hommes élevés se laissèrent prévenir comme la vile populace; les calomnies les plus invraisemblables , les inculpalions les plus absurdes dirigées contre les frères obtinrent, dans plusieurs villes, tout l'effet que l'on en attendait. En traversant les rues , ces hommes sages et vertueux étaient hués, poursuivis, ignominieusement traités par celte partie même du peuple à l'instruction et au bonheur de laquelle ils s'étaient voués. Ces Zénons chrétiens restent inébranlables au milieu des insultes; c'est en ne se lassant jamais de rendre le bien ■pour le mal, quils espèrent désarmer la haine et la prévention. En effet , par leur angélique patience , leur candeur, leur modestie , leur amour immense pour ceux qui les outrageaient, ils devaient enfin subjuguer l'admiration de leurs ennemis les plus déterminés. Cependant on ne négligeait rien pour les rendre odieux; on semait sourdement, et à l'ombre des toits, les bruits les plus capables de soulever l'indignation conlre eux. Par d'artificieuses combinaisons, on accréditait simultanément dans des lieux éloignés, les plus perfides mensonges. Et ceux qui poursuivaient, avec une rage aveugle, ces instituteurs désintéressés, ces amis sincères du peuple, s'ap-