‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 96 sur 139 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

pelaient les propagateurs des lumières, les bienfaiteurs île l'humanité !

L'ignorant s'irritait du zèle de celui qui voulait l'instruire; l'indigent insultait au désintéressement de celui qui s'était sacrifié pour le pauvre.

Le zèle et le désintéressement se trouvent réunis chez les frères des écoles chrétiennes. — L'abbé de La Salle non- seulement avait fondé des écoles nombreuses ; il avait pendant la désastreuse famine de 1688, distribué son riche patrimoine aux populations languissantes de misère. 11 avait, en s'élevant dans le ciel, comme un autre Elie, laissé reposer son esprit sur ses disciples, et le plus précieux héritage qu'il leur légua, fut l'amour des pauvres et de la pauvreté. Vous tous qui pénétrez quelquefois dans leurs pieux asiles, dites-nous avec quelle fidélité les disciples marchent sur les traces de leur maître? « Si le

• cœur, leur dit-il en mourant, est subjugué par

- quelque attachement aux richesses de la terre,

• il n'a plus ni liberté, ni courage pour faire le

- bien. »

Ces hommes héroïques se préparaient , par des mortifications et par des privations volontaires, à supporter les épreuves que la Providence leur enverrait. Pouvaient-ils sacrifier leurs devoirs à leurs penchans, lorsqu'ils réprimaient leurs désirs même les plus légitimes? Semblables aux athlètes dont parle saint Paul, qui, en entrant dans la lice , se dépouillent de tout pour acquérir une palme impérissable , nos généreux

frères, devaient avant de travailler à la régéné-| ration du monde, se rendre dignes, par un sublime détachement de toutes les choses créées ,1 et de leur gloire et de leur mission. Les élus connaissent les conseils de la parole divine, ils| savent que c'est par les mystères de la mort , qu'on arrive aux sources de la vie. Avec quelle tendre piété, avec quelle persévérance de vertu, ils immolent l'holocauste demandé, dans les conditions qui le rendent agréable au Très-Haut La vive sincérité de leur foi se manifeste dans toutes leurs habitudes : logement, repas, vêtement , tout rappelle dans un frère des écoles chrétiennes le vrai disciple et l'imitateur de l'enfant de Bethléem. Ces hommes simples de mœurs dorment sous un toit qui n'est pas toujours parfaitement abrité ; leur couche est dure et légèrement couverte.

Pendant leurs repas qui n'ont de remarquable que la frugalité , l'un des frères lit quelques instructions tirées de Yévangite, des èpîtres des apôtres, ou de la vie des saints.

Un vêtement de drap grossier, une soutane fermée avec des agraffes de fer, un collet de grosse toile, des souliers fort épais, un chapeau à larges bords, forment leur costume.

Tout l'ensemble de leur vie présente une physionomie grave et riante, simple et sublime.

Ce tableau, j'en conviens, peut blesser la délicatesse des hommes élevés dans les délices du siècle : mais que peuvent trouver de si révoltant dans les austérités que les frères s'imposent vo-

Page 1