‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 97 sur 139 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

lonliers par vertu, des hommes que la nécessité de leur position condamne à une vie dure et laborieuse? Cependant, c'était la populace qui s'attroupait dans les rues, qui poursuivait les frères de ses vociférations et de ses hurlemens. Un homme d'honneur, militaire distingue , passant un jour près d'Alphonse, vit un misérable qui amassait de la boue pour la jeter à la figure du frère : d'un ton imposant il dit à ce malfaiteur : <■ Pourquoi, citoyen, voulez-vous

• outrager cet homme ? Son habit est grossier, » c'est qu'il a voulu employer, pour habiller » votre vieux père, la moitié de la somme des-

• tinée pour lui!!! » Il n'y a qu'un lâche et un être abject qui puisse insulter un homme sans armes et qui n'a pas la volonté de se défendre. Ce misérable, frappé de stupeur par l'apostrophe de ce brave militaire, prit la fuite, et alla dans une autre rue attendre Alphonse à son passage , pour se dédommager, en lui adressant d'atroces injures, du mal qu'il n'avait pu lui faire dans sa première attaque. Cet homme vil et cruel obéissait aveuglément à une haine qu'on lui avait inspirée et dont il ne connaissait ni le motif, ni la nature; comme tant d'autres, instrument passif des passions d'autrui !

Prévoyant l'estime qu'allaient obtenir les frères par la noblesse de leur caractère, le parti qui leur était opposé n'omit rien pour les décréditer. Propos , calomnies , sourdes menées , libelles , tout fut mis en œuvre. La population excitée par tant de moyens, enhardie par le

lence timide et peut-être encourageant de ceux qui auraient dû réprimer sa licence, se livre à la plus grossière brutalité. Des femmes semblables à des furies, des petits enfans irrités, ce semble, par l'amour qu'on leur portait, poursuivaient, dans les rues, les frères avec des menaces et des cris de fureur. Ce bruit avait beau croître et se renouveler, Alphonse, cet intrépide imitateur d'un Dieu qui mourait en priant pour ses bourreaux, montrait une inaltérable patience et une magnanimité héroïque. Il faut que l'envie soit une passion bien violente et bien aveugle puisqu'elle ne reculait pas même devant le danger d'agiter une populace qu'il est si difficile de contenir lorsqu'elle est une fois déchaînée! Mais nos généreux instituteurs, en hommes supérieurs aux accidens de la vie, ne voyaient dans toutes ces persécutions que la prophétie de leurs succès futurs. Et l'ignominie dont on les couvrait, en mettant à nu l'ignorance et les mauvaises passions des hommes , devenait un nouveau motif qui les pressait de travailler à instruire le peuple. Il n'y avait qu'une instruction chrétienne qui pût rectifier leurs idées et réformer leurs mœurs. Dieu, qui lire le bien du mal, récompensa d'une manière éclatante l'invincible courage avec lequel Alphonse supportait tant d'outrages. Un jour que ce frère vertueux traversait le pont de Bordeaux , dans un temps, où l'on travaillait encore à sa construction , quelques ouvriers employés à porter le mortier se mettent à l'insulter ; ils l'entourent comme pour lui fer-

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