‹ Alphonse, ou, Puissance de la vertuChapitre 98 sur 139 · livre Vil · texte numérisé non relu

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mer le passage , et le forcer à rester exposé à leur risée. Quelques-uns même font mine de vouloir le frapper ; ils approchent leurs poings fermés et couverts de boue jusque sous sa figuic dont la beauté et l'intéressante simplicité auraient dû les toucher. Ils accompagnent leurs gestes ignobles de blasphèmes ; l'un d'eux surtout se faisait remarquer par la violence de ses agitations , et par l'audace de ses révoltantes paroles ; c'était un jeune homme que la tournure de ses yeux avait fait surnommer Horalius Codés , dans un temps où l'on voyait un grand nombre d'hommes prendre les noms des Romains, et ce n'était pas ceux qui imitaient le mieux leurs vertus. 11 était aussi privé d'une partie de ses cheveux, il les avait laissés sur le champ de bataille, car il avait de fréquentes disputes. 11 portait en outre plusieurs signes d'une décrépitude prématurée ; fruit ordinaire de la débauche et de l'intempérance. Il se place en face d'Alphonse : tel autrefois le Romain célèbre dont nous venons de parler, s'était placé sur le pont du Tibre en face du roi des Etrusques ; il suit tous les pas du frère et l'empêche de continuer s8 route. Alphonse, sans se laisser déconcerter par une si étrange opiniâtreté , lève enfin les yeux et contemple, avec une compatissante douceur, le brutal qui se faisait un plaisir barbare de la peine qu'il causait à un étranger. Alphonse, homme de prières, vous êtes envoyé du ciel, à la suite de l'injure, pour réparer le mal qu'elle fait à ceux qui s'y abandonnent.

Il s'adresse à ce furieux , et dans un langage plein de grâce, il lui dit :

« Pourquoi m'arrètez-vous ? Le temps que » vous me faites perdre ici, vous l'enlevez à un • malheureux qui attend un secours que je lui » porte. »

Sa voix a je ne sais quoi de doux et d'enchanteur : elle captive cet homme dur et insensible, elle pénètre et remue ses entrailles; il se sent agité d'une inexprimable émotion ! Il commence à comprendre combien il est injuste et déraisonnable dans ses emportemens; plein de honte et de dépit, il porte à son tour ses regards intimidés sur le frère, le fixe avec attention et ne peut plus détacher ses yeux de sa belle et noble physionomie. Il est étonné lui-môme de son attendrissement ; c'est en vain qu'il cherche à résister au charme vainqueur qui le subjugue ; plus il contemple Alphonse, plus il éprouve un changement intérieur qu'il ne peut définir. Il est troublé par un souvenir vague, un souvenir tout à la fois suave et déchirant ! Il ne sait comment régler les mouvemens secrets de son àme ! L'intérêt et l'affection succèdent insensiblement au délire de la haine, une force irrésistible l'entraîne vers cet inconnu. — D'où ètes-vous, lui dit-il, d'une voix mal assurée? — D'un petit bourg du midi, non loin de Nîmes, lui répond Alphonse avec calme. — Nous sommes compatriotes, lui répond vivement cet étrange interlocuteur. — Alors, pourquoi insultez-vous votre frère Alphonse? — A ce mot , ce jeune ouvrier n'y tient plus , il est op-

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