CHAPITRE XXXVIII
La comtesse revint , avec Inès^ au commencement du moi de mai ^ six se** maines après le départ de don Juan.
Diana ne remar<p»a pas , sans un cha-* grin secret^ la joie qu'Alphonsine mon-\ tra naïvement en la revoyant. Elle avoit pris l'habitude de cacher ses mouve-^ mens involontaires ; mais il lui fut im-possible dh ne pas faire un accueil gla-^ cial à deux personnes tjue sa fille rece«^ voit si bien. •
On attendoit y après deux ans d'absence^ don Alvar; ses lettres annon-^ çoient qu'il arriveroit au mois de sep^ tembre de cette année. La comtesse avoit décidé qu41 épouseroit Inès att mois d'octobre , et qùîcnsuite elle -par-i tirbit avec les» nouveaux époux pouv aller passer l'hiver à Madrid. Diana dit en particulier à la comtesse^ <p'elle dé^
Alvat; 3 faut bicîti me conte&ter des senk sentîmens qilVlle puksè m âccorfler.^-^Ah ! dit la oomiesse d'un ton serieax^ le sentiment qm'élle a pour vous n'est peut-être pas eh effet c4 ^acfa appefle de rànimir} niais combien il est fh& tendre cft plus soUdé ! Il ne passertt jamais 5 et rien n^ pourra le balaM^ dans le cœur dlnès. -<^ Je n'ai jatnais réfléciii à la manière dont j'ainie don AWar, reprit Inès; tout ce cpe je saiS| c'est que s6n bonheur est derlaitièment «ne partie nëces^re du tnien. » A eèb mots, don Alyar^ attendri , pnsssa contre son cœur la main d'Inds, U j eut nu i&oment de silence. Ensuite Daeeli ^ sa* diant combien il obligeroit sDn ami, fit quelques qmestsoâs sur Diana et sut Alpbonsine* Alors la comtesse ic^truisit don Alyar de te que lui avmt dit Diana.
Don Alyàr eut beaucoiq> de j^eine a dissimuler le cha^n éati^me que lui eau- Soit cette défense de Diana. La comtesse^ aièsîtèt^ changea d'entretien.
Elle parloit ralrement de Diana > dont
elle n'apprôuvoit ni la manière de vivre, ni }e^ systèmes. Lès esprits sages^ mab ixlddiocu^ y ont M ékngtietiietit uatarel pcmf tou^ téixt dMkt les idées diff%renl des idée^ rtèûfeé i ils ett raison en gë^ néral ; ïnàis }4»t(û'il âiudroit admettiv des é:iceptiùns , ih ûè MM pâft eti éuA de les faire.
Dazeli, pôuT rahitoer Ift ^oaveifiatioii^ Il Ia<]ùëlle âàtL Altsùr tie p^Môât fdtis de part y Itii rappela qâ'll apportoit à Inès des roses d'ntie espèiîe et d'tttie beauté partrculières. On envoya Éher(:her x^ rosier y i}ùi portent Wit infinité de Im>u-« tons, et trois On qûàl^e fOSes épatioaies qu'Inès se prothit dé dotiâer le lende^^ main à Alphdnsine : m Car, a|ûuta4^Ue> Alpkon^ihe préfère les roses à toutes les autres fleurs. »
Diana occnpoit ùh ftouveau logement qu'elle avoit fait ailranger eicprès pottiP être tout à fait séparée de la comiesse quand elle vietrdrôit dans son château.
C'étôit nh'corps-de^ogis <}ui avoit une cour,' une entrée y un jardin et un esea-
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lier particulier : ou ne pouvott jamais rencontrer ni les gens de la jefomtesse ni les personnes quivenoient la voir. Diana ayoit peu de donnestiques ; ils ne parois- .soient chez elle y ainsi que ses femmes y que lorsqu'ils étoientsonnës. Diana seule habilloit sa fille ; elle avoit expressémept défendu à ses femmes de parler dans son appartement 9 à moins qu'elles ne fussent interrogées ; et même y dans ce cas 9 elles dévoient répondre le plus brièvement possible. Diana ne s'entrelenoît qu'avec sa fille ; Alphonsine ne faisoit de. questions qu'à sa mère. Ne voyant chaque jour les femmes de chambre. que des instans^ et toujours en présence de Piana^ elle ne leur parloit ' jamais. Ses. domestiques avoient ordre aussi de ne point chanter^ de ne point faire entre eux de bruit ou de conversations que l'on put entendre de l'appartement de Diana ; de* sorte que y dans ce pavillon solitaire , on n'entendoit que la guitare et la douce voix d' Alphonsine, chantant chaque jour des cantiques et
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des hymnes. D'ailleurs^ un profond silence y régnoit* On n'y avoit pas la moindre idée de ce qui se passoit chez la^omtesse, ou pour mieux dire y Alphonsine supposoit qu'on y menoit un genre dé vie à peu près semblable au sie» ; elle cvoyoit qu'il ne pouvait être différent qu'à la ville. La comtesse et laès^ se conformant scrupuleusement aux inteittions. àa Dtûia^ si sévère et si scrupuieuse stir ce point^.n'avoient jamais parlé* à Alphonsine ni du monde ni .fte leurs amusemens^ La comtesse seule avait vu quelquefois Alphonsine^' en partioûUeCy les années précédentes y mois> séulbinent un quart d'heure , ou une.idemtrrbswe tout au plus ; et de concert aMec Diana^ elle lui avoit dit en arisilant qu'elle n'avoit {dus de temps à lui doBoer^ perce que' d'ennuyeuses affdi{ieft«f aqf>loy0Ϋnt. tous ses momens.
Alphoitsi»e éloît la aeula jeun^e personne £»i iiMiade .qu'unû t^lle mmSkce d«. vivre pfct renaftre b^ureuaç ; mm le souvenir, i si I récent encore ^^ de la ca-
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veme ^ sa parfaite innocence y et sa teii* dresse pour Diana ^ lui persnadoient qu'il n étoit pas posMble d^avoir des amusemens plus variés y plus délicieux que les siens, ni de jouir d'un bonheur plus parfait. On peut sourire de cette opinion quand on aiine passionnémoit la parure y le bal, les spectacles et le monde ; mais Alphonsine ne ccmnoissoit aucune des jouissances de la vanité; celles de l'ànie alors sont entières : il est donc permis de croire que la contemplation de la nature, la poissession d'une volière et d'un jardin plein de fleurs, le charme de la musique, le plaisir de porter chaque jour la joie on la consolation dans de pauvres chan^ mières , les caresses et l'entretien d'une mère adorée, la lecture de la Bible faite avec un cœur pur, la foi la plus vive , et l'approbation d'un vertueux pasteur, rendoient l'ignorante Alphonsine plus heureuse que ne peut l'être la jenne personne la plus brillante de Madrid OU de iParis, alaTsmême qu'elle est ap*
plaudîe dans un grand concert ^ ou qu elle invente une mode nouvelle*
Diana et sa filie se couchoient communément tous les soirs à dix heures ; elles venoient de se mettre au lit^ quand don Alvar et Dazeli arrivèrent; leurs femimes même ne le surent que le lendemain à midi* Alphonse* se leva^ comme de coutume , à six heures ; et à sept y k l'instant où elle se disposoit à sortir avec sa mère pour aller à la pronoenade 9 la porte de la chambre s'ouvrit , et don Alvar parut. Alphonsine rougit &! le voyant, u Ah ! voilà don Alvar, I) s'écria-t-elle avec l'expression de la joie... Don Alvar voyoit pour la première fois Alphonsine augrandjour; combien il la trouva grandie , et surtout embellie ! Sa beauté avoit quelque chosd de si frappant par sa régularité, s<ln éclat et le charme inexprimable de ses manières, que les paysans même qui la rencontroient dans les champs s'arrêtoient, ou interrompoient leurs travaux^ pour la contempler avec autant
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d'admiration que de surprise. Elle a voit perdu sa pâleur^ en conservant sa blancheur éblouissante y et totite ia douceur de sa pbysioûotnie ; ses brillanftes couleurs n'étoient ni foncées ni tranchantes; «lies ne paroissoient vives que parce qu'elles se dessi noient sur une peau d un blanc plus pur ^que la neige et Talbatre ; ses dieveux brunis^ devMtfs d'^iti blond cendré 9 faisoient mieux ressoiltir 9a fraîcheur de son teint; relevés par un peigne 9 leur extrémité retomboît en grosses boucles flottantes sur ses épaules; ses yeux, accoutumés au jour, n'éloient plus k demi-fermés ; on voyoit toute la beauté de leur fonne et d« leur conlemr azurée; son regard n'avoit plus la mol»-»
lité que donne là surprise et la curiosité; calme, sans être indifférent , il étoit à la fois touchant et céleste ; en€n , avec Fair aussi naïf, avec la même expression de candeur et de sensibilité répandue sur toute sa personne , elle avoit plus d'aisance dans son maintien , plus de grâce dans ses mouvemens; sa taille.
en sVlevatit , av^t pris autant de noblesse que d-élegance et de légèreté.
Don Alvar, à son aspect, devint immobile.... Il tenok un bouquet formé des tjuatre belles roses épanouies du rosier qu'il avoil donné la veille à Inès. Biaua, également surprise et fâchée y lui dit sèchement qu'elle alloit sortir. Ak>rs^ don Alvar s'approcha d'Alphonsine, et lui présenta le bouquet y en disant d'une voix entrecoupée, qu'il le lui apportoit de la part d'Inès..^.. Alpbonsine, sans prendre les roses , regarda sa mère :
u Ah! maman, dit-eUe, celles-^ là ne sont pas sans épines!. ••« —^ Oh non ! ma ûile y s'écria Diana attendrie. -^ Don Alvar, reprit Alphoiisine, reportez ces fleurs à Inès, remercie2**la bien pour moi; mais dites-lui que }e ne recevrai jamais de roses que de la main de ma mère. » Don Alvar, qui ne connoissoit i
aucun des détails de l'histoire de Diana, ^
ne comprit pas tout le sens de cette petite scène ; il n'y réfléchit même pas ; il ne pouvoit que regarder Alphonsine«
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