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Cependant I voulant laisser son bouquet dans cette chambre, il s'avança vers Diana; et mettant un genou en terre devant elle : « Et vous, madame , dit-il , daignerez-vous l'accepter? — Non , don Alvar, rëpondit--eUe , je ne veux rien changer à la décision d' Alj^onsine , reportez ce bouquet à Inès — Ah!
madame!...» dit don Alvar. Il s'arrêta, mit sa main sur ses yeux , et fondit eu larmies. u O maman ! s'écria Alphonsine touchée jusqu'au fond de rame; maman, nous l'avons a£Qigé; ahl comment le consoler !•«•-— C'est Inès qui le consolera, reprit vivement Diana. Ne voyez-vous pas, mon enfant, qu'il n'est ainsi troublé que par la crainte qu'Inès ne pense qu'il a mal fait sa commission? Allez, mon cher don Aivar,
poursuivit-elle d'un ton affectueux (car elle ne pouvoit s'empêcher de lui savoir gré du sentiment qu'il venoit de trahir), allez ; Inès saura combien vous avez mis de zèle à exécuter ses volontés. »
£q disant ces paroles, Diana se lève,
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elle sonne; aussitôt don Alvar^ sans proférer un seul mot, s'élance vers la porte^ et sort impétueusement. . • Alphonsine reste étonnée, tremblante, interdite. Sa mère la prend sous le bras , et remmène à la promenade.
Don Alvar , pour pénétrer chez Diana , s'étoit conduit d'une manière adroite et simple : ayant entendu la veille ordonner à uii valet de chambre de porter les roses à Alpboùsine , il se chargea de les donner hii-méme à un des gens de Diana ; décidé à dire ensuite à Inès, qu'en cherchant une des femmes de Diana , ils'étoît trouvé dans son salon, croyant n'entrer que dans one^ antichambre.
En sortant de chez Diana , don Alvar, éperdu, éprouvoit un tel besoin de par-« 1er d'Alphonstne, qu'il fut sur-le-champ réveiller Dazeli; et s'asseyant sur son lit : (( Ah! mon ami, s'écria-t-il, je l'ai revue ! . . . . C'en est fait, mon sort est fixé sans retour. Il n'existe point sur la terre de puissance capable de m'empécher d'épouser Alphonstne..... Grand Pieu !
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qu'elle est belle et touchante ! et tout r^attrait d^e la pureté , toutes les grâces , de riunocence, sont reunis dans sa personnel Ahl Daseli^ ellem'airae! J'ai
va* se peindre sur son- visage eoirlnMilear le saisissement y la j<He,i la ten^pesse, je n oseroîs dire Famonr; oUe en igacnre le nom. L'amour^ dans cette àme angélique y est sans doute un Sentiment. qou<veau, dont nul mortel ne peut avoir
l'idée, et qui fut inconnu )usqu ici! «
Elle sera mon épouse — ^Mais, reprit
Dazeli , il ne faut pas vous abuser y mon cher don Alvar, Inès ne voussecondera point dans ce projet, et la.coraiesse ne vous donnera jamais son consente^
ment -^ J'attendrai ma majorité. —
Pensez-vous que Diana vous donne sa fille malgré l'opposition de votre mère?
-—Je suis aimé, rien ne m'effraie. — Croyez- vous qu'Alphonsine puisse être séduite? -—Me préserve le ciel d'avoir cette horrible pensée ! Vous ne sa** vez pas, Dazeli , comme je l'aime , c'est-à-dire comme je la connois ! Elle ne ba-
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lancera jamais entre sa mère et moi.
De premier mouvement, commç par réflexion , elle me sacrifiera y sans hésiter, à son devoir^ et elle croira ne faire qu'mie action simple et naturelle. Sa pureté, sa tendresse filiale , la recon* noissance et la vertu , préservent à jamais son cœur des emportemens d une passion violente ; elle ne connoltra de Tamourquece qu'il peut inspirer de délicat et de généreux ; il ne l'^garera point, parce qu'il ne la dominera jamais ; il ne lui fera éprouver que de lattendrissèment et de la mélancolie; mais il ne détruira ni son repos ni son bonheur, tant qu'il sera combattu par son devoir. Il ne pourroit prendre un véritable empire sur elle , que s'il étoit légitime.— Que ferez-vous donc si la comtesse et Diana sont inflexibles? — Dans cette affr euse supposition , j e de viendrois capable de tout,.. S'il le falloit, je tromperois Alphonsine, je trouveroîs les moyens de l'engager sans qu'elle s'en
doutât* 11 est impossible de la corroni-
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pre; et malheur a l'âme vile et barbare qui gpurroit concevoir un tel dessein !
Mais il sercnt si facile de la tromper I..... Oh ! quand je pourrois passer une journée entière tète à léte avec elle, qu'il m'en coûteroit peu de respecter tant d'innocence! cette innocence parfaite,
unique à son âge sur la terre, et qui la pare à mes yeux plus encore que sa
beauté Elle ne peut inspirer que des
pensées attendrissantes et pures Que
faimois à voir le soleil éclairer cette figure ravissante, qui fut si long->temps c^achée dans . les ténèbres ! Avec quel plaisir je contemplois ces beaux yeux, qui n'ont janiais entrevu le vice, ou même des spectacles profanes ! Et cette fraîcheur édatanle , ces joues virginales, qui n^ont reçu jusqu'à ce jour que les seuls embrassemens d'une mère I... Oh!
mille fois heureux le mortel qui pourra seulement obtenir d'Alphonsine le droit de baiser sa joue ! >>
Dazeli écoutoit don Alvar avec plaisir; il voyoit que cet amour, qui n'a-
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voit d'abord été qu'une espèce de pressentiment, étoit devenu un attachement profond 9 une passion violente ; il connoissoit l'impétuosité ^ et en même • temps l'opiniâtreté de caractère de don Àlvarj il étoit certain qu'il suivroit avec persévérance un projet auîquel il attachoit toute la félicité de sa vie> et cette idée rendoit à Dazeli une partie des espérances qu'il avoit perdues de-* puis un an«
Don Alvar eut une longue conversation avec Inès ; il lui déclara formellement (sans néanmoins lui confier son amour) qu'il étoit décidé à ne point l'époiiser, parce qu'il n'a voit pour elle que l'affection d'un frère ; qu'il sentoit que cette espèce d'attachement ne le préserveroit pas d'une passion y et qu'alors il ne la rendroit pas heureuse , ce qui seroit pour lut un tel malheur , qu'il n'en pouvoit supporter l'idée. Inès lui répondit d'abord du ton léger de moquerie que l'on prend avec un enfant qui déraisonne. Don Alvar lui rap-
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pela UQ peu sèchement qu'il avoit vingt ans; et Inès 9 prenant un ton plus sérieux , lui parla avec calme , douceur et tendresse y mais en lui montrant la ferme resolution de ne rompre un engagement qui lui étoit cher^ que lorsque la comtesse paroitroit le désirer. c< Ainsi donc, reprit don Alvar avec humeur^ si je cède à l'airiiorité de ma mère, vous ne balancerez point à m'épouser, en dépit des dispositions que je vous confie, c'est-à-dire malgré moi. Cela n'est pas délicat. — > Ecoutes, don Alvar, repartit Inès, si j'étois disgraciée de là nature , si vous aviez de Tantipathie pour moi, je .n'insisterois assurément pas ; mais en vérité, vous ne serez pas fort à plaindre de m'épousei*. D'ailleurs, je suis sure que vous avez pour moi la plus tendre affection. Vous n'avez point d a** mour, je ne vous en demande point...
— Fort bien j mais moi , je veux en avoir pour ma femme.... — ^Vous avez tort; vous rendriez très - malheureuse une femme dont vous seriez amoureux;
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—Pourquoi donc^ je vous prie?— Vous avez la tête ardente, l'imagination romanesque 9 et beaucoup d amour-pro{H*e ; voua -voudriez être aimé comme il est impossible de Têtre au milieu de la dissipation du monde ; vous seriez in«* juste, mécontent, jaloux, bizarre...— Oui, avec une personne élevée comme TOUS.— «Ab! vous me trouvez mal élevée!'— Point du tout, mais... — ^Tenez, don Âlv«r> je vous l'ai dit cent fois; la lecture des poètes et des romanciers vous a tourné Ja tête. Epouser une riche «bériiîère, qui vous est destinée par votve mère depuis votre enfance, vous rpamU un sort beaucoup trop vulgaire.
J'avoue qu'il n'y a pas là de quoi faire un roaaan; mais passons-nous des obs- •tacleis, des persécutions; sachons nous coatenier modeslementd'une union paisible, 4u JH^obetir de nous estimer, de nousaômer, sans emportement ^ et avec une iMOËsaiçe parfaite. Croyez - moi ; 4» ilestiu, qui vous parolt si peu bal-
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lant^ n'est pas aussi commun que vous le pensez.
On vint interrompre cette conversation, que don Alvar se promit bien de reprendre aussitôt qu'il eo trouveroit l'occasion.
Peu de jours après, la comtesse déclara qu'elle avanceroit l'ëpoque du mariage de son fils y puisqu'il étoit arrivé, et qu'il épouseroit Inès sous huit jours; elle ajouta que don Juan d'Oropésa , revenu de Portugal, viendroit pour la noce , où il devoit se trouver comme tu leur d'Inès. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour don Alvar, d'autant plus qu'il soupçonnoit l'amour de don Juan pour Alphonsine , car il avoit découverb qu'il l'avoit vue à ré*glise et chez Nugna, où don Alvar n'avoit pas négligé d'aller, ainsi qu'à la messe paroissiale. Mais Diana n'en** tendoit plus la messe que dans la cha* pelle du souterrain, où personne n'é* toit admis que ses domestiques; et elle
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He faisoit plus de visites à Nugna. Don Alvar alloit tous les matins daos cette chaumière; il combloit de presens toute la famille , ' il causoit des heures en-^ tières avec la vieille, qui n-avoit pas Hianqué dé lui conter l'histoire de Pé^ drillo, l'ëvanouissement d'Alphonsine, le don de la vache et des chèvres, et la libéralité de don Juan. Ces récits enivroient don Alvar d'amour et de jalousie; et lorsqu'il sut que celui qu'il regardoit comme son rival alloit revenir,* et pour être témoin de son mariage avec Inès, il se décida à ne plus garder de mesures.