‹ Alphonsine; ou, La tendresse maternelleChapitre 15 sur 26 · X68 ALPH098I1IS · texte numérisé non relu

X68 ALPH098I1IS

fessê, làèsy levrs femmes et le evré, senl Ik^nme admis dans^cette eneemle. Inès 'tmt, et s^âstit^ iitec doti Ahrar, dans le salott qui faiftoit partie de Pi^parte* menC de la comtesse. Là, sana anemi dé* l^fdsement, àon Ahmt lui ouTfit smi ccsor ; il lui fit Vateu sincèi^ de sa passion pour Alphocisiue ; et ?ay anf qu'elle r^coutoit attentivement, sans Fifiterr ompr e , il s'eubardit jusqu'à lui demain der df employer le crédit extrême qu elle aToit sur la comtesse , pour le dégager d'un hymeu qui feroit le malheur irréparable de sa vie , puisqu'il De pouvoît plus disposer de son cceur. u Doe^ Ahrar, répondit enfin Inès, cette étrange confidence m'aflfermit dai» la résolution de tout tenter pour vous décider à remplir des engagemens sacr^... -'-Comment?..

'— Quoi ! vous sacrifiez le bonheur de irotre mère , te mien , l'intérêt eommniu de nos familles, qui trouvent, comme vous le saveai , de grands avantages dams niotre union ; vous sacrifies^ tant de de-* YOvtB à un enfant qui ne peut comioltre

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voire amom^^ m le partager! Et quel esc Totre espoir? Alpboasioe n'est paa surreittée par une duègne mercenaire^ elle est sous la garde d'une mère éclair rée y vigilante f qui ne pense et n'existe que ponreSe. Alphonsine, inaccessible^ ignorera toujours vos sentimens. Dona Diana doit trop de reconnoissance à la comtesse y elle a trop de délicatesse y et isne trop hante idée da respect filial y pour autoriser votre rébellion par 1^ moindre condescendance.. Enfin ^ vous désolereai votre mère^ sans p(wvoir ja« mais obtenir son ccMo^entement pour un mariage qui anéanUroit sa plus chère espérance^ et que d'ailleurs la naissance illégitime d'Alphonsine lui feroit regarder comme avilissant pour vous..... ^~ Avilissant! Quel odieux préjuge!--^ Non, jcar cette délicatesse y que vous appelez pré jugé, est un h^mmiage rendu aux bonnes moeurs....*— Grand Dieu!

aimer Alphonsme, adorer la pureté mènde, blesseroit les bonnes mceurs!...

'-«•Vous dénaturez ce que je dis. Air

lyo^ AtraOlfSINE.

phonsine est un ange, mais sa naissance est une tache qui, sans flétrir sa personne innocente, s'imprimera sur celui qui recevra sa main^ Dona Diana, par sa résignation , sa piété , son repentir sublime, a sans doute effacé toutes ses fautes; mais ses vertus n'ont point réparé le malheur de la naissance de sa fille. Nos lois, par respect pour les, mœurs , pour le maintien de la foi conjugale et de Thonnéteté publique, pri* \ vent les enfans naturels d'un état honorable dans la société; et aux yeux de la raison même, la mésalliance la plus inexcusable est celle que vous voulez faire. — Alphonsihe a plus d'un titre pour m'être chère : ne m'est -elle pas unie par le sang? n'est-elle pas la nièce de ma mère ? et ma mère pourroit-elle, en consultant son cœur, voir entrer avec peine, dans sa famille , la fille unique d'un frère qu'elle chérissoit ? — Les unions vertueuses forment seules les liens de parenté : le vice ne produit point d'alliance. — ' Le vice I quelle exprès-

àLPHONSINE. fjt

sion ! — Elle est duré , mais elle est juste. — Inès, tous ne savez que raisonner; votre âme calme, indifférente, ne connoltra jamais l'empire d'un grand attachement...-— -Vous vous croyez plus sensible que moi en sacrifiant, sans rezncvds , une mère , une amie ! . . . — Vous me parliez tout à Theure Sintéréts de famille ; pensez-vous qu'un cœur sensible doive s'immoler à de semblables

considérations? —Non, mais elles

doivent pourtant entrer dans la balance....— Je les compte pour rien.— Eh bien! c'est une grande ingratitude.

Quoi! nos parens, depuis'notre ber-' ceau jusqu'à l'époque où nous sortons de leurs mains , doivent sans relâche s'occuper de nous, de notre fortune,' de notre bonheur, de notre avenir; et nous serions dispense^, dans nos vues d'établissement, de compter pour queU que chose leur satisfaction et l'intérêt de notre famille ! Je sais que cette maxime est établie dans les romans ; mais elle ne m'en parolt ni moins absurde ni

tj2 iLPHONSnïfi.

moins coupable. Montrer la pl^is parfaite iadiierence pour la jMrocpérite de sa famîUé, désoler nne mère^ w mo*quer de la oensure du monde, ^•mèsie se déslioQor^, voilà les actions qut -vans p«roisseat îatéressaates^ et que dok produire, aelou vous, la véritable senstbi* lifcéL.. Ppur moi, jadmkerai toiiîo««rs davantage le resped; et robéîssanoe filiale , rattachement à sa famille, le désir si natarel de seconder ses vues et ses projets, et le sacrifice d'mx sentiiaent nouvecm aux seutimens s^réa que Voa a depuis T^nfiance» Je ne balaacerai j»- Aiais entre un amant et im frère chéri, enb^e vous, don Alvar,et l'homme pcmr lequel f aurois de Tinclination» Comptes sur ces cœurs^là, ce sont les 1k>bs coeurs, n'en doutez point.-— AliL... si vous ai* mies Daaeli comme jaimeAJpbonsine !..

•^Comment! que voulee--vous dire?..»

«i-^Oiû, DazeU vous adore, et vous l'aimes. Ooprez-vous donc que j'aie asses peu de pénétration pour n'avoir pas dé* lîOttveri; ce grand se^et? Yfous lûmes

ÀLPH0N9INE. lyS

Dazeli, mais^ à votre manière ^ froide** ment — -Moîî faime Dazéli?—* Autant que TOUS pouvez aimer. — Non, don Alvar , car je vous aime mille fois davantage. — • Mais , c'est de 1 amour que vous avez pour lui. — Vous rêvez.

*— ^Vous ne m'ôterez point cette idée.

— Auroit-il eu- la fatuité de vous la donner ?-— Point du tout , c'est moi qui le lui ai fait remarquer.— -ileiiifll^çiièr/^. Ah! je me flatte qu'il remarque tout le contraire. — Je vous assure que non*

J'ai ouvert ses yeux là - dessus. •—

Quelle extravagance !....•— Oui \ mais toute de votre côté. Vous savez que j'ai pour une autre une passion invincible , vous me préférez, avecraison,unhomme aimable et vertueux, qui est épérdûment amoureux de vous , et néanmoins vous persistez à vouloir m'épouser, vous mettez votre gloire à faire votre malheur, celui de votre amant et le mien; voilà ce que vous appelez de la grandeur d'àme et de la sagesse!...— Vous

donnez une -tournure ridicule à une

C74 AIMKIllSilCEk

chose très^«impk. Premièrement je n'ai point d^amoor; et si tous vo«s olwtiixa à me supposer cette iodinalîon, profila dn noUe exemple que je vous donne ; a serait d'ântimt pkis^beau, cpie je pownw rois éponet DaMlî ^ et qn^l est imposa sible que yùns obtemea la main d'Aïphonône : e^t«-ii donc étonnant que je venâk vonsèterimeidée chimérique?..

"^ Ah ! ma chère Inès, si ^gous avien le courage de vous unir à moi^ d'aroner franchement à ma mère toire peanchant secret ^ nous serions tous heureux* •^^ ffespéteà pas que )e devienne corn-* {£ce d'un parjure et d'une désobéi sauce filiale* Nous nous sommes pro* misomloellememnoire foi; votre mère, depuis que vetis existes jusqu'à ce mo-ment) u compté sur cette union , dans laquelle son cœur a placé tout lebonfaeur desa vie. Quelle consolation hiiresteroh* il) si j'y renonçois volontairement? Du moins y si vous manquez à tous vos de« vcHrS) je veux vous suppléer auprès d'dle; je veux que mon respect et ma

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tendresse soient pour elle un dedommâ* gemont de votare folie. ..«^Qnd que soit votre ëponX) vovs ne ponves )«auii$ cesser d'ècre se fille ; elle en aurait deux tu Ikn d'une, ««r* £b I le cœur d'Alpbon* sine poiurroit - il adopter une seconde mère ? La jalouse IKana souâriroit-eUe seuleméht qu'elle lui en donn&t le nom ?

Elle etmwsL faire un asses grand efiort en lui permettant cPaimer son mari et ses enittns. -*« Je suis maître de faire part à ma mère de mes conjectures; je lui dirai que vous aimeiK Daaeli.~^ Je ne voua le conseille paa; car , pour la dissuader , je serok capable de soutenir que j'ai pour vous une passion inviu^ cible. «^ Parlons sérieusement ; je suis irrevocamement «deade a déclarer sans délai , à ma mère^ mes sentimens et mes résolutions ; je vais m'aUer jeter à ses pieds ^ et tout employer pour la flédiûr.

y oules^vous venir avec moi» et du moins lui d^e que vous verres sans chagrin mon union avec une autre ? -*- Non^ car je mentirois; et de plus^ j'ajouterois à

X76 iLtPHONSIHE.

l'affliction de celle à qui je dois mon ëdacation et le bonhear que j'ai go&té depuis que j'existe. » A ces mots ^ don Alvar ^ sans rien répondre , tire un cordon de sonnette ; un valet de chambre survient , et lui dit que la ccnntesse est éveiUée. U sort précipitamment«.Inès y remplie de tristesse , de trouUe et d'in»

quiétude , se lève , et va ^e renfermer dans sa chambre. La passion de don Alvar lui paroissoit d'autant plus extrayagante y qu'elle ne pouvoit la concevoir. Quoiqu'Inès eût beaucoup d'esprit et de finesse y elle n'avoit pas assez de profondeur et d'élévation dans ses idées pour être en état d'apprécier Diana et Alphonsine ; elle aimoit cette dernière 9 qu'elle trouvoit intéressante et belle comme un ange > mab qui n'étoit à ses yeux qu'une Agnès aussi dépourvue d'esprit que d'instruction. Elle ne . voyoit pas qu' Alphonsine possédoit la véritable science y celle que doxme à une àme pure y grande et sensible^ une morale sublime et parfaite; aussi jamais

ÀLPHONSINB. 17<^

Inès ne parloit d'Alphonsine 5 et de l'éclucatîon singulière qu'elle ayoit reçue. Ne l'approuvant pas> elle aimoit mieux se taire que la critiquer.

Au bout de vingt minutes , là Surprise d'Inès fut extrême en voyant ren-« trer don Alvar, dont la pâleur et rabat* tement lui causèrent la plus vive frayeur, tf Bon Dieu! dit-elle^ vous n'avez pas eu le temps de parler, et cependant vous êtes dans iid état affreux ; qu'est-il donc arrîvé?....--Rien de fâcheux, ma chère It^y rëpbudit don Alvar en s'efforçant deaourire ; je suis ëmu. • . , ^t voilà tout, d A ces mots il s'assit prèis d'Inès, et pre* iiafnt SX main dans les sienne^ : u Mon atinë, lui dit-il d'une voix tremblante , notre sort enfin est fixé....; je me suis rendu à la raison, à l'amitié.... ; ma vie vous sera consacrée •••. Nous par-* tcbs dans deux heures pour Madrid...,

^ar il faut s'arràcber d'ici! • Dans

trobijours je recevrai votre main!....-— • O ciel ! s'écria Inès , et d'où peut vepir un changemient si surprenant et ri

lyS ALPHONSINE.

prompt?— Enfin il est opéré , comptez sur ma parole ; et si la plus tendre ami* tié peut vous rendre heureuse ^ ne soyez point inquiète de votre bonheur. — Ah! don Alvar, reprit Inès en versant quelques larmes^ je ne songe qu'au v6^ tre! Mon ami, poursuivit-elle, que me caches-tu? Je te connois, tu n'as pu changer ainsi dans un si court espace de temps. Ah ! parle^ns détour ; ouvremoi ton cœm".... -^ Chère Inès, répon»

dit don Alvar, me soupçonneriez- vous de vous ti'omper? -^ Non, jamais* — Eh bien! je vous Ve jure, nous serons unis dans trois jours; ma mère a reçu ma parole. «^ Et cependant vous lui avez déclaré vos sentimens ?,.. f^ Oui...

Elle ii'a répondu qu un seul mot. • . • y et j'ai cédé.... — ^ Un mot maternel peut ^uf&ré, je le sens ; mais vous étiez si décidé! -^ Nous allons partir. J'ai des ordres à donner. Préparez-vous aussi| dans deux heures , nous monterons en

voiture.... -^ Et Dazêli?.,. •— Le

malheureux!,... Je vais aller le préver

ALPHONSINB. ;Ï^Q

nir* ^> Ea disant ces paroles^ don Alyar sortit p et courut à l'appartement de Da** zeli^ Aussitôt qu'il l'aperçut^ il se jeta dans ses bras en fondant en larmes, a Ahl mon ami^ s'écria-t*il^ tout est fini pour nous!.... Il faut renoncer à l'amour^ au bonbeur ! . . . J'épouse Inès ! . • . . — Grand Dieu!.... Après tout ce que vous m'avea^ dit , avez- vous pu prendre une telle résolution ; et sans combats ^ sans résis-* tance, d'une manière si soudaine!....-— L'bonaeur me le prescrit y je serois le plus, vil de tous les hommes si j'hésitois un moment. Je pouvois résister à l'autorité ^ à la raison/ mais, Dazeli, on ne combat point l'honneur, vous le sayes comme moi.... J'ai dû céder. — Quel est donc ce motif si puissant qui a pu vous déterminer?... — Il m'est impos-* sible de vous le dire. — Il m'est donc permis de le croire chimérique? — Non, quand je vous assure qu'il est réel. — Vous n'ignorez pas mon attachement pour Inès; vos funestes confidences l'ont autorisé. Je n'ai pas votre légèreté , je

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suis au désespoir. ... — Vous saurez mou secret quand j'aurai reçu la foi d'Inès...

-— • Ehl que m'importera de le savoir alors!.... *— Je vous le répète; il faut que j'épouse Inès^ ou que je fasse une action déshonorante. -— Vous n'épouserez Inès qu'après m'ayoir été la vie...

-—Je vous entends 5 sortons. — -* Je vous suis. » En disant ces mots, ils sortirent tous les deux; Dazeli, hors de lui, avoit pris son épée , qu'il tenoit sous son bras, sans s'apercevoir que don Alvar n'eu avoit point. Sur le haut de l'escalier^ don Alvar lui dit : te Allez m'attendre dans le bois , je vais dans ma chambre chercher mon épée, je vous rejoins dans un instant.... » Il parloit encore, lorsqu'Inès, montant l'escalier, les aperçoit, et devine tout à l'aspect de leur maintien et à l'altération frappante de leurs physionomies. Elle s'avance, et les regardant tous deux : « Où aile?- vous?

dit-elle. —Nous promener. — Suîveamoi. » A ces mots, elle prend Dazeli sous le bras. « Dazeli, dit don Alvar ^

je TOUS attendrai. » Et il court chercher son épëe ^ afin de se rendre ensuite dans le bois. Inès 9 marchant avec rapidité^ eptralne Dazeli dans un petit parterre qui se trouyoit entre son appartement et celui de la comtesse; et là^ le faisant asseoir à cèté 4'elle^ sous un berceau de vigne : h C'est vous ^ dit-elle , qui l'avez provoqué ? — Moi , madame ? que vou?

lez-vous dire ? — Les déguisemens sont inutiles y j'ai des yeux , et une âme qui sait m'ëclairer mieux encore. Écoutez^ Dazeli ; je ne vous dirai point que je ne penserois jamais qu'avec horreur à l'homme qui ayipoit trempé son bras dans le sang de don Alvar ^ vous n'en devez pas douter; mais je vous dirai €|ue je mépriserois du fond de l'âme celui que l'amour rendroit un ami injuste, infidèle et barbare. On peut excuser un premier mouvement; cet instant passé, le repentir doit succéder à la colère.-?- Je vous perds, je ne sens que mon malheur. — - Respectez le nôtre. — Juste ciel! c'est donc le vôtre aussi?— Croye2>^

l8a ÂXPfiONSINB*

VOUS que je puisse être heureuse eu joyant don Alvar au désespoir?—- Ah!

je le sais 9 TOUS ne pensez qu'à luiL:.— ^ Non-seulement je pense à vous, Dazeli, mais je veux conserver de vous un souvenir qui me soit toujours cher. J'ai besoin de vous estimer ; et quand don Alvar et moi nous suivons notre devoir^ ma conscience ne seroit pas satisfaite , si vous ne remplissiez pas le vôtre......

Oui , je me reprocherois Topinion que j'ai eue de votre grandeur d'âme et* de votre générosité. On se console def la perte d'un amant , on pleure éternellement un ami - — Quel langage! ô

ciel ! et faut-il ne l'entendre que dans ce moment! Ah! soyez certaine que j'abjure du fond de l'âme un coupable transport, et que j'aimerois mille fois mieux me percer le sein que d'attenter aux jours de don Alvar. — O Dazeli !

dit Inès en levant au ciel des yeux remplis de larmes , la vertu nous sépare , mais bénissons-la; elle autorise, elle ennoblit nos regrets!.... — Inès^^ chère

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Inès! s*écria Dazeli en tombant à ses pieds 9 je jure dé consacrer ma vie k cette vertu sévère que vous me faites adorer ; ce sera vous rendre toujours le seul culte digne de vous ! ... Je cours embrasser don Alvar ; mais^ poursuivit-il avec enthousiasme 9 je veux avant de quitter a jamais ce lieu, je veux briser le fer profané par un emportement criminel.» En disant ces paroles, il appuya fortement la pointe de son épée contre la terre , et la rompit en deux morceaux. « Laissez-moi recueillir ces débris précieux pour moi, dit Inès; ils me rappelleront un souvenir qu'il m'est permis de conserver!... » A ces mots, Dazjeli, saisissant la main d'Inès, la serra dans ses mains tremblantes.... Dans cet instant il entend du bruit, il appuie, en gémissant, ses lèvres sur la main d'Inès; et s'arrachant d'auprès d'elle , il fuit et disparoit. Il vola dans le petit bois, il y trouva don Alvar , il courut à lui. les bras ouverts ; ces deux amis , également à plaipdre ^ s enibrassèreat étroitement

l84 ALPHOKSINE.

sans proférer une parole ; ensuite Da* zeli s'éloigna rapidement, et don Alvar le perdît bientôt de vue. Don Alvar tonrnant ses pas dW autre côté^ se rapprocha de la lisière du bois^ et S'asseyant sur un tronc d'arbre y en face du pavillon de Diana y il fixa ses yeux mouillés de pleurs sur ce bâtiment , qu'il n'apercevoit qu'en perspective. « O toi ! dit41 y tmique objet , depuis trois ans y de tous mes rêves de bonheur ; que fais-tu y tandis que je me consume en regrets superflus; tandis que mon cœur déchiré te dit un étemel adieu ?...

Tu te livres avec calme à tes innocentes occupations ; tu iouris à ton hetureuse mère^ et tu conserves toute ta sérénité!.... Tu souris, et je meurs!.... Ta m'aurois aimé.... y je le sais, je l'ai vu!... Et néanmoins ( ô pensée déchirante ! ) tu vivras pour un autre ! et je ne piourrai m'oj>p6ser aux desseins audacieux d'un rival abhorré, je ne' pourrai ni Fatta^ner, ni me venger! Quoi! cet memt , où mon' imagination te plaçoit

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pour en. enchanter tous les momens^ ce long avenir s'ëcoulera sans toi !... Que deviendrai*je , 6 ciel ! en me bannis* sant pour jamais loin de toi ^ loin de ces lieux chéris y où j'ai causé ta première rougeur^ où j'ai fait naître dans ton coeur ingénu le premier pressentiment de l'amour! Hélas I l'amitié

même^ loin de me consoler^ ne pourra qu'aggraver mes peines !•*• Inès^ dans le fond de son âme y formoit aussi d'autres vœux; et que ne souffrira^-t-elle pas en voyant mes douleurs !...» Ses charmes y ses vertus , ne pourront me faire oublier cet être céleste ^ incomparable, qui ne ressemble à nul autre sur la terre !...>» Ici, don Alvar s'arrêta; il entendoit son nom retentir de toutes parts !

et parmi ces voix qui l'appeloient , il distingua celle d'Inès.. • Il tendit les bras vers le pavillon , avec un déchirement de cœur inexprimable, k Alphonsine !

Alphonsine ! s'écria-t-il, je vais donc partir pour toujours , et sans vous coûter une larme, un soupir, sans exciter dans

l86 ALPHOKSIVB.

votre &me si sensible y un seul monvement de compassion ; sans que vous puisiez connoltre mon amour et mon désespoir I... » A ces mots, ^es pleurs lui coupèrent là parole ; il entendit la voix d'Inès plus distinctement; aussitôt il essuya ses yeux , et se retournant y il aperçut Inès , il s'avança vers elle y la prit sous le bras y et se laissa guider par elle en silence. En rentrant au château , il frémit en voyant de loin la voiture attelée. Il passa devant la porte d une cour du pavillon de Diana ; cette porte étoit entr'ouvêrte. Par un mouvement iirésistible , il quitta le bras d'Inès y et s'élança dans la cour. Après avoir fait trente pas y il s'arrêta ; up charme douloureux y mais invinciMe y le retint immobile à cette place ; il entendoit une voix pure et ravissante y accompagnée d'une guitare^ la voix d'Alphonsine, qui chantoit ces paroles :

Fruit de }a sagesse éternelle ^ Présent du ciei ^ A douce paix!

ALPHONSINB. 187

'Voti^omblezlesdésirs d'un cœur chaste et fidèle ; Dans le mien régnez à jamais.

Le Dieu qui sauva mon enfance , De ma jeunesse protecteur , Me conservera nnnocence , Pour me conserver le bonhet^r !

Fruit de la sagesse , etc.

Que les jours sontserieins, que U^nuit est tranquille

Dans ces bosquets délicieux !

Seijgneur , fixez dans cet asile

Mon destin ainsi que mes vœux.

En vous quittant , solitude chérie , Paisibles lieux oii j'ai reçu la vie , Yerroîs-je ailleurs des ombrages plus beaux, Un ciel plus pur , et des astres noi^veaui^?

Fruit de Ifi sfiges^e , etc.

Sur la fin d'un beau jour nous reyojons encore Une clarté semblable k celle de l'aurore ;

Ainsi ^ par un heureux destin , De mes ans fortunés le tranquille déclin ,

Exempt de troubles et d'orages ,

Aura , comme un soir sans nuages y

Toute la douceur du matin.

Fruit de la sagesse étemelle , ^ Présent du ciel , ô douce paix ! >

Yous comblez les désirs d'un cœur chaste et fidèle i Dans le mien régnez à jamais.

1 88 ALPHONSnTB.

Qui pourroit peindre l'effet que produisirent sur l'âme bouleversée de don

Alvar, et cette voix et ces paroles?

Il lui sembloit qu'Alphonsine insultoit à son trouble affreux^ en vantant sa tranquillité; l'amour au dernier degré d'exaltation, des regrets déchirans^ une douleilr accablante, plongeoient ce malheureux jeune homme , maîtrisé par ses passions, dans un état effrayant d'égarement et de stupeur. • . Inès vouloit en vain larracher de ce lieu fatal, il ne l'écoùtoit pas , il ne la voyoit pas; ap-

- puyé contre le mup^, la tête penchée sur

^ sa poitrine, les yeux fixés à terre , il étoit muet, sans mouvement > et iné-

, branlable à sa placfç. Enfin, Inès faisant 'quelques pas pour s^éloigner : a Adieu,

. don Àlyar, dit-elle ;. puisque vous trahissez si promptéraent un serment volontaife , je dois vous quitter. Il me sera possible de vous oublier maintenant.» A ces mots, don Alvar tressaille; il pouvoit encore entendre la voix de l'honneur. 11 se précipite sur les pas d'Inès; iU'alteint}

Alï>HONSINE; l8^

la- prend dans seà bras , la serre contre sôil' sein, en disiant d'une voix étouffée :

« Prends pitié deî moi, ne' m'abandonne I^a*-!.....» liiès Tetabràssé en pleurant.

« 0'mèh atnîî s'écriâ-t-eHe , pourquoi lé ciel litf m'a-t-il pas fait naitré ta SGéttr ?... )r Eti prononçant ces paroles , elte IVrrtraihe : on arî?îve danà la grande côttr dli cMtëatr; dôWAlv^r aperçoit la cdmtésiè j il rassemble toutes ses f orcesj îlVâvantè, donne le bras à sa mèrej dlè monté en vbitttrfe avec Iiièsj don Altàr , pâle et 'tremblant, se place sur te' devant dé là* vôîfùre, ^^^^L^^

DtATWA'ti'Sgtrôroit' point fe'TîSfSrt de

dbti Alvatj tnàis'AlpHonsiilënes'efidou-

tôtt lias j Eïià comtesse et Inès n'bii aybienf

pdiùt^;ttarlë devant elle, et elles" étoient

pàrtîeâ^ sànà faire d adieux •

igO ALI'HONSISE.

Alphonsine^ le jour dé Tapparitiott de don Alvar y eut , dans le reste de la journée^ une sorte de distraction inyolontaire qui n échappa . point aux yeux pénétrans de Piana. Leç deux jours suiyans^ on voyoit, dans tous ses mou«vemens , quelque chose qui déceloit une attente secrètei Quand elle entendoit du bruit dans Tanti-chambre , elle suspendoit son travail ou sa lecture pour écouter; ensuite^elle reprenoit son livre ou son ^uvragis d'un air un peu appesanti 9 et en poussant un léger soupir, que l'orcîille attentive d'une mère pou-^ voit seule entendre. Si l'on ouvroit la porte , elle retouxhoit la tête avec vivacité; et presquaussitôt une nuance de tristesse et d'abattenfient obscurcissoit sa cjjiairniaqtie physionomie. Mais conune toutes les impressions qu'elle reçevoit d'ailleurs , loin àfi pouvoir se rapporter ou Ja, ramençf a. cette inclination, nais^apte , w lui inspiroient que des idées entièrenient opposées à l'amour 9 ces émotions légères $^affoir

JLLPHONSINE. IQt

Mirent promptement.Alphonsîne n'at^ tendit plus s et cette inquiétude passée , elle reprit toute sa douce sérénité. Cependant , potif rassurer mieux, Diana crut' devoir* la^ troubler encore un moment. Quatre jours après le départ de don Alyar , elle lui annonça un soir ,

négligemment, cette nouvelle Al-

phonsine s'émeut, ir Et pourquoi donc , dit-elle , sont-ils partis sitôt ? — Pour le mariage , qui doit se faire tout dé suite. — Le mariage d'Inès et.... » Elle n'acheva pas; le second nom qui restoit à dire expira sur ses lèvres, w Oui , reprit Diana , le mariage d'Inès- et de don Alvar. Ils dévoient se marier en arrivant;' ainsi là noce est sûrement faite à présent. Inès s'appelle maintenant la duchesse d'Olmas. Nous ne les reverrons pas de sitôt. Ils passeront désorjliaifii les étés dans une terre qui appartient à la comtesse. Le château tomboit en ruines ; on l'a presqu'entièrement rebâti ; c'est pourquoi la comtesse ne l'a pas habité plutôt.... Mais

ig4 kvpnovsmz.

instinct. Sans dout« elle aimoit don Alvar; mais ce penchant n'étoit encore que de la sympathie y qu'une douce et tendre amitié ; et s'il s'y mêloit un pea de trouble et d'embarras y c'est qu'elle savoit qu'on ne doit aimer un jeune homme que lorsqu'on est sa sœur ou son épouse.

On arrive à l'Ile d'Alphonsine ; on débarque y on traverse d'abord le petit bois de citronniers; ensuite on entre ' dans une longue* et large allée d'acacias blancs, dont tous les arbres en fleurs étoient réunis^ par une guirlande de liserons blancs. Au<^ess(ms de chacun de ces festons de fleurs étoit posé sur un socle de marbre un beau vase d'albâtre rempli de tubéreuses ou de lis. Un ruisseau d'une eau limpide partageoit également cette belle allée y et couloit dou* •cément entre deux bordures de giroflée blanche. A la moitié de l'allée y Alpbonsine entendit le murmure d'une fontaine. Ce bruit réyeilloit toujours en elle le souvenir de l'oratoire de la ca-

ALPHÛNSIKE. . igS

Terne; elle joignit les mains, et prit naturellement le maintien, et le recueillement qu'elle auroit eus pour entrer dans une église. Arrivée à l'extrémité de l'allée., elle vit avec ravissement une petite montagne couverte de rosiers blancs et de jjasmins , à travers lesquels s'échappoit, dans le milieu de la montagne, une fontaine jaillissante, qui, retombant en nappe parmi les fleurs, formoit le ruisseau dont on venoit de suivre le cours. Du sein des arbustes odoriférans , . s'élevoit , sur le sommet d^ la montagne, un superbe groupe de marbre blanc, représentant l'Innocence ce réfugiant dans les bras de la Religion.

Cette dernière figure tenoit d'une main son calice appuyé sur sa poitrine; de l'autre bras elle soutenoit l'Innocence , qui sembloit se reposer sur elle, avec toute la douce sécurité de la piété et de la foi. Diana expliqua cette allégorie.

a II est impossible, dit-eUe, sans le secours de la religion, de conserver l'innocence jusqu'à la fin de sa carrière^

Ainsi 9 lorsqu'un penchant, quel qu'il 8oit y n'est pa» approuvé par la raison, il faut 9 aYec une nouvelle ferveur', recottvir à la religion, qui nous soutient et noufr' fcfftifiedans tons: ks mau^rode k vie , dont le plus ^nd , sans dcnite , est de manquer à ses deVoirs. » Alphomine écoula ce discours t avec tme rel^iense attentiou^j ensuite elle acheva de. pren* dre possession de son lie, qu'elle parcouroltDUte entière, et d<»Ët efie^admin avec enlhottsiasnse la beauté et les points de vue vaifiés et déticieuit.'

Depms ce. jour, Diana remarqua qu'Alphonsine ajoutoit quelques prières de plus à. ses prières accoutumées... .

Mais elle avoit repris sa* gsdlé et soo application. Cependant elk soupiroit encore quelquefois en rentrant dans sa chambre : c'étoit là qu elle avoit rCTii don Alvar; c'étoit là que doil Alvar avoit pleuré d'ùcie manière si touchante; et cornsnentoubliei^lespremièreslarmes <^'on n vu répatidreà ce qu'on aitiofe!....

Un soir.qu' Alpho^ine éttwt rêveuse

Dîânà lui demanda -tout à coup à. quoi elle pensoît. Elle rougît un peu, et se rapprochant de sa mère : « Maman, ditelle , depuis long-temps j'ai envie de YOu^ en parler ...lé... Eh bien! chère enfant , pourquoi difieres-tu ?.. — *- Je ne sais. .... — Qu'est-ce donc ? -^ Maman , je pense souvent k'don Alvar ; mais cependant beaucoup moins depuis quelque temps;...WTusais , mon enfant, tu as lu dans les livres saints , qu^une jeUnè fiUe TW' doit pas arrêter ses regards sur un homme >* elle n'y doit donc pas arrêter sa pensée. *--«Oh ! oui , maman, et )e n'y arrête pas 4a mienne ; mais cette pensée me revient, je ne sais comment, î— ' Il faut toujours la repousser et t'en distraire. U est, au reste, assez simple qu'elle se soit offerte à ton imagination. Don Alvar épouse ton amie ; il est le fils de la comtesse, que tu aimes ; son idée se trouve liée a celle de deux

personnes qui te sont chères — Cela

est vrai. Mais ce qu'il y a de singulier , c'est que j'aime don Alvar pour le moins

rgS kLimmsmf:

jttttant' qu'Inès... r-r- Voilà ce 4p&. $eroit déraisoimaUe. r— Je le sens.T^ Il faut»

chère enfant, ne plus fiaiitf de lui , éloigner de ton esprit son image quand elle s'y pr^nte, et bientôt tu n'y penseras plus du touL Vt- (Oui 9 maman, je le crois. » A ces mots Diana, sans paroitre attacher la moindre importance à pet entretien, paria d'autre chose.

DeuK )ours après, Diana qui, depuis huit jours, trouvoit mille inconvéniens à sa chambre , qui se plaignoit qn'dle n'étoit ni assea commode ni assess gaie , en changea , et prit une autre chambre à coucher, dont la vue en efifet étoit beaucoup plus belle. La dangereuse chambre, qip rappeloif don AUsu*, fut abandonnée sans retour ; on en condamna la porté. La chambre nouvelle atoit meublée avec la plus grande éléganee ; Alphonsine la trouva charmante ; bien* tôt elle ne soupira plus en rentrant de la promenade. La possession de soo )le , ses promens^des , ses occupations , les entretiens de sa mère , d'exce)laiite«

lectures ) effacèreat insensibkntient une impre^sioa daqgereusie ^ qui n avoit }^iniLÎ$ ^é «^6^2 vWç pour laîfisar de pro^ foode$ traqes^ om 4u maia^ poiur troi^bler ^opL rf pQ$.

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