CHAPITRE XXVII
Don Alvar, à la suite de sa mère^ alloit tous les jours passer, avec lues et Dazeli, deux ou trois heures dans la chambre de Diana. Le lendemain, lorsqu'il entra, Alphonsine, par un mouvement irréfléchi , courut à lui , et puis tout à coup, se rappelant l'entretien de la veille, elle s'arrêta , et pour la première fois de sa vie, elle rougit. •• Cette vive rougeur donna tant d'éclat et d'expression à sa charmante figure, que tous les jeux se fixèrent sur elle.... Alphonsine vît qu'on la regardoit avec surprise , son embarras s'en accrut ; elle ne put supporter un sentiment si nouveau pour elle; ses larmes coulèrent, elle fut les cacher dans les bras de Diana.
Jusque-là personne encore n'avoit loué Alphonsine sur sa beauté ; car Diana, dès les premiers jours, avoit
eonjuré tout bas la comtesse de ne pas dire un mot sur* sa figure, et de prévenir à cet égard tous ceux qu'elle amèneront chez elle; mais dans ce moment la défense fut oubliée, tout le monde se récria sur le charme ravissant de cette figure céleste... Alphonsine entendit ces exclamations , elle comprit parfaitement que l'on admiroit son visage, ses larmes se séchèrent, elle écouta attentivement, et ce fut avec plaisir," surtout en distinguant la voix de don Alvar, qui dominoît toutes les autres... Elle releva la tête,* et, jetant les yeux sur don Alvar, elle sourit. Don Alvar et Dazeli s'approchèrent, et tous deux, pour mieux regarder Alphonsine, se mirent à gegoux sur un tabouret qui étoit aux pieds de Diana. Don Alvar, frappé de l'air attentif et curieux avec lequel Alphonsine l'examinoit, lui demanda si elle trouvoit quelque chose de singulier en lui. Alphonsine, au lieu de répondre, prit sa main, qu'elle ntit auprès de celle de Diana, en disant ; « Oh ! com-
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bien elle est plus grosse !..* Voyons la vôtre y ajouta-t-elle en s'adressant à Dazeli.... Quoi! plus grande encore!.... A présent je ne m'y tromperai plus^ je connoltrai tout de suite un homme,. — - Vous sayez donc enfin ^ dit don Alvar, que je ne suis pas une femme ? — Oui , oui; je sais tout. » Diana, se hâta d'interrompre cette conversation y en priant don Alvar et Dazeli de retourner à leurs places^ à l'autre extrémité de la chambre.
Quand Diana se trouva seule avec sa fille y elle lui demanda si e^e avoit compris tout ce qu'on avoit dit sur sa figure. « Oui, répondit Alphonsinej il sembloit qu'on avoit autant de plaisir à me voir que j'en (rouve à vous regarder ; cela m'a bien surprise , et jusqu'ici on n'avoit rien dit de semblable ; pourquoi donc , maman ? — C'est qu'au moment où tu allois t'avancer vers doa Alvar, la pudeur t'a retenue. — Oui, je me suis rappelé ce que vous m'avez dit hier... — Eh bien! on a vu cela;
et comme tout le monde aime la pudeur, et qu'en effet rien ne donne tant de charme à une jeune personne... .. — <• Mais, maman, ce n'est pas ma faute si je n'ai pas eu de pudeur plutôt; je ne connoissois pas les hommes. •• *— - Quel effet ont produit sur toi les espèces de louanges que Ton prodiguoit à ta figure?
— Si vous me les aviez données quelquefois, elles m'auroient fait grand plaisir. — Pourquoi? -^ Parce que j'auroîs pensé qu'elles prouvoient de l'amitié, et qu'on est mieux aimée quand on est jolie. — Ne t'aimois-je p^s uniquement avant de t'avoir vue?>— Et moi, maman, je vous chérissois tout autant avant de connoltre votre beau visage ; je suis plus heureuse* en vous regardant, mais je ne suis pas plus sensible. — Ainsi , lorsqu'on te dit que tu es douce , bonne, reconnoissante!... -^ Oh! cela me touche. ..., puisque voilà pourquoi vous m'aimez. » Diana, pour toute réponse , embrassa Alphonsine ; elle n'eut pas la pensée de faire une leçon sur ce
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mot sî tendre et $i naïf; il lui sembloît qu'elle auroit gâté le charme d'un sentiment si touchant^ en voulant en tirer un résultat moral.
Deux jours après, don Alvar partit pour un long voyage ; il vint faire ses adieux à Diana. Alphonsine s'attendrit en voyant couler les larmes de la comtesse ; elle ne pouvoit pas concevoir que son fils put se résoudre à la quitter; il lui dit que la comtesse l'exigeoit.
Alphonsine se jeta dans les. bras de sa mère , et la serra contre son sein avec une expression de reconnoissance ; elle pensoit qu'elle ne recevroit jamais d'elle un tel ordre ; elle l'en remerciait par ses caresses, mais en silence ; elle nevouloit pas dans ce moment se vanter du bonheur d'avoir une si tendre mère ; ce langage muet fut entendu de don Alvar; il y trouva autant de délicatesse que de sensibilité ; il partit avec Dazeli , qui retournoit à la cour; ils alloient ensemble jusqu'à Madrid , où don Alvar devoit trouver le mentor choisi
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par la comtesse pour voyager avec
Don Alfvar et Dazeli y tous deux tète à tête dans tine voiture , tombèrent l'un et Fautre dans une profonde rêverie. Au bout d'une demi - heure , Dazeli se toi»rnant vers don Alvar :
« Vous pensez à elle ? lui dit-il. < — Ah!
répondit don Alvar, de quel autre objet pourroit-otr s'occuper? tout paroit commun auprès d'eBe — Oui y reprit Dazeli en soupirant, elle est charmante.— Non, dit don Alvar y nulle autre ne sera la compagne de ma vie; je l'ai juré au fond de mon cœur. r. Je sais quels obstacles s'opposeront à ce vœu secret, mais je me sens capable d^ les vaincre... — Des obstacles !.... et sa main vous est promise. — - La main d'Alphonsine ? — Ah ! je vous parlois d'I);iès. ■— Elevé avec Inès, j'ai pour elle les sentimens d'un frère, ce qui ne préserve pas d'une passion. — Mais Alphonsfne n'a que douze ans et demi ^ peut-elle inspirer déjà de l'amour ? —
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Quand je la re verrai^ elle aura quioEé ans... Dazeli^ songez que je suis le premier jeune homme \|u'elle ait th^ le premier, et le seul encore auquel elle ait souri, net qu enfin j*ai causé sa première rougeur!... Et n'est-ce pas moi qui lui ai révélé le mystère de sa beauté !
tout le monde la louoit y mais elle n'écoutoit que moi.... Elle m'aimera, ses yeux me l'ont promis j ce regard si chaste, si pur et si tendre, m'a dévoilé tout notre avenir. ... -—Et vos engagemens avec Inès.... —Je me croirois engagé si le cœur d'Inès n'étoit pas parfaitement libre. Inès a pour moi la plus tendre amitié , mais elle n'aura jamais un autre sentiment pour celui qu'elle a regardé comme un frère dès son enfance.. Elle a dix--neuf aùs ; plus âgée que moi de deux , elle a sur moi une certaine supériorité de raison qui xne plaira, qui me sera utile dans. une amie, mais qui seroit choquante dans uoe épouse. Comment pourrions-nous avoir de l'axnour l'un pour l'autre? elle me
Gonnoit si parfaitement I elle-même a contribué à perfectionner mon éducation ; elle me juge non-^eulement tel que je suis y mais tel que la nature m'a formé ; je ne lui persuaderai jamais qu'une qualité acqmse qui pourroit lui plaire soit une tertu naturelle ; je ne lui ferai jamais la moindre illusion sur mon esprit et sur mon caractère !
elle connolt avec précision les bornes de l'un et tous les défauts de Tàutre.
Comment épouseroisrje avec joie une femme qui se regarde comme mon mentor; une femme qui m'a fait mettre en pénitence^ et qui ne perdra jamais rhabitude de me sermonner ? Enfin ^ comment deviendrois - je amoureux d'une jeune personne qui ne voit tou-* jours en moi qu'un être sans conséquence; qui, avec une pureté parfaite de sentimens et de mœurs , m'embrasse familièrement y comme elle m'embrassoit il y a sept ou huit ans, et qui, par habitude, me tutoie encore quelquefois quand nous sommes tête à tête ? • — T
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est vrai , re{rit Dazeli en riant , que l'intimilé du mariage n ëtabliroît rien de nouveau dans votre commerce babiluel; elle ne pourroit prendre de plus que le droit d'être jalouse et d'épier votre conduite. Cependant Inès est si jolie, elle a tant d'esprit et de talens^ que sûrement à votre retoi^ vous changerez de sentimens et d'opinions. — Jamais.
A côté d'AIphonsine, elle me paroll déjà si formée, si peu jeune... Combien cette instruction, cette finesse, cet usage du monde qu'on admire en elle , la déparent et la vieillissent , quand on compare ces agrémens acquis et de con« vention, aux grâces naturelles, à la simplicité toucfaaiH)e , à l'innocence de cet être enchanteur qui ne sait qu'aimer!.... «--* Enfin, il vous falloit une femme élevée dans un souterrain. — «« Il me faut Alphonsîne 1 Mon cher Dazeli, prometteas-moi de m'écrire et de me donner de ses nouvelles. •— Je m'y engage de tout mon cœur. ^^Quel service vous me rendrez I car je n'oserois
parler d'elle h. ma mère > ou même k Inès y qui montrera toutes mes lettres à ma mère. ^^^^ Comptez sur moL:««^.. — • Ab I quelle sera xosl recounoissance I — Eu vérité ^ vous ne ta en devrejs poîixt* »
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