CHAPITRE XXVIII
Lài^sous don Alvar^ avec toute l'impruderïce de sou âge et toute la vivacité d'une tète romanesque i confier ses projets, et se passionner dan» Tavenir; laisson84e voyager, et retournons dans le royaume de Grenade.
La comtesse s'étoit décidée à passer l'année entière de son veuvage avec Diana ; m^is bient&t les viffltes ae multiplièrent, on accourut en foule dans le château. La curiosité est une e^ce de passion pour les gens du grand monde. Dans un genre de vie très^ dissipé, et par conséquent frivole^ on
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se toufttiente en vain pour varier Ses plaisirs; de tels amuseihens v malgré leur diversité , paroissent promptement insipides et monotones ; tout ' ce qui n'attache vivement ni le cœur ni Tesprit se ressemble y du moins par Tim^ pression qui en résulte; alors, pour tâcher d'échapper à l'ennui y on cherche avec avidité des spectacles nouveaux ; on aime les choses extraordinaires ; c'est pourquoi tout le monde vouloit voir une femme et une enfant qui avoient passé treize ans dans un souterrain. Les personnes les plus sévères excùsoient sans effort la foiblesse d'une femme qui avoit tant souffert, et avec tant de courage et de résignation. La naissance illégitime d'Alphonsine étoit ennoblie par le malheur^ par la tendresse de sa mère , et même par la singularité d'une histoire si romanesque. Mais Diana avoit renoncé sans retour au monde ; elle ne voyoit la comtesse et Inès que deux ou trois heures le soir ; et d'ailleurs, à l'exception du curé , elle ne
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reçut personne. Sa pieté et la tendresse maternelle lui eussent suffi pour TafiFermir dans cette résolution; d ailleurs, elle pensoit qu'elle ne pouvoît avec bienséance se montrer avec sa fille à des yeux indifférèns. Quoiqu'elle eût placé dans Alphonsine toute sa gloire et tout son bonheur • elle n'oublioit jamais qu'elle devoit rougir de sa naissance , et qu'elle ne p ouvoit mériter qu'en se repentant tou j ours , les grâces miraculeuses dont le ciel l'avoit comblée. Il ne restoit à Diana que des parens éloi»gnés, qui ne furent pas plus admis. que les autres. On insista vainement, on se plaignit, on fut piqué, on se refroidit; les uns accusèrent Diana de misanthropie, les autres d'affectation ou d'une insensibilité choquante. Les plus mécontens prétendirent que son, esprit étoit baissé ; plusieurs femmes soutinrent qu elle étoit tombée dans un véritable état d'imbécillité. Ces discours firent le sujet de toutes les conversations de Madrid pendant quelques jours; ensuite
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Diana fut aussi complètement oubliée que si eHc eût encore été dans la caverne.
Dès les premiers jours de sa délivrance , Diana avoit montré à son vertueux curé le désir d'aller seule , c'està-dire sans Alphonsine, rémercier Dieu dans une église. Le médecin, craignant pour elle Teffet du grand air, déclara qu'elle ne pouvoit sortir sans danger qu'au bout d'un mois ou de cinq semaines. Ce temps écoulé, Diana, un matin , annonce à sa fille qu'elle va la quitter pour deux ou trois. heures; car elle vouloit aller à l'église paroissiale, à un quart de lieue du château : jusquelà elle n'avoit entendu la messe avec Alphonsine que dans une chapelle à côté de sa chambre. Ce moment fut douloureux, non -seulement par la peine d'une première séparation, mais parce qu'il falloit se faire remplacer, et remettre Alphonsine entre les mains d'nne autre. La comtesse devoit rester tout ce temps avec elle. Alphonsine pleura, et
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«lie dit à sa mère : "« Je ne parlerai qu'à Dieu dans votre absence, vous allez le prier; songez, maman, que durant tout ce temps, votre Alphonsine priera avec vous. Nous ne serons point ensemble, mais nous serons toutes deux avec Dieu.
— Mon enfant, repondit Diana, je vais sortir avanttoi, je vais traverser un bois et des champs, mais je ne veux jouir que par tes yeux de l'aspect des cieux et des campagnes* Enfermée dans une voiture et couverte d'un voile épais, je ne verrai rien ; le spectacle ravissant de la nature ne me sera rendu que lorsque je pourrai le contempler avec toi. » En effet, Diana s'enveloppa dans une mante de taffetas noir abattue sur son visage ; elle monta dans une chaise à porteur dont elle tira les rideaux, et qui la conduisit ainsi jusque sous les portiques de l'église. Elle revint de la même manière, sans avoir entrevu le ciel ni; les champs, et sans avoir fait un sacrifice; Pendant l'absence de Diana , Alphonsine resta seule avec la comtesse; car
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Diana ^ par un secret mpavement de jalousie > avoit exclu Inès : elle ne désiroit pas qae sa fille s'amusât en son absence.
Alphonsine y suivant sa promesse ^ ne dit rien à la comtesse y et pria toujours Dieu, Mais au bout d'une heure ^ elle devint inquiète^ eUe s'agita'^ elle pleura^ Diana^ à son retour^ la trouva pàle^ tremblante et tout en larmes; alors, elle se repentit de n'avoir jias reccmimandé que Ton employât tous les moyens de la distraire. Alphonsine fut malade tout le reste de la journée , et sa mère convint avec la comtesse , qu'il falloit absolument l'accoutumer peu à peu à de petites absences journalières.
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