‹ Alphonsine; ou, La tendresse maternelleChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

- Trois mois s'étoient écoulés depuis là délivrance de Diana : on et oit aux derniers jours de juin; la comtesse et Dazeli dévoient tenir Alphonsine sur les fonds de baptême. .Dazeli revint trois semaines avant le jour- fixé pour cette cérémonie. Il étoit dans cemo-r ja&i^i au comble de la faveur : le roi vendit 4e l'honorer de la grandesse. Il alloit tous les soirs chez Diana; il n'y restoit qu'un heure et demie. Il voyoit toujours avec le plus tendre intérêt cette femme 9 si belle et si jeune encore; il se rappèloit avec attendrissement ses ,preniiers seiitimens pour elle;* mais ses

malheurs^ sa situation^ l'existence de sa

4^ kiipwovmm.

fille y sa tendresse exichisîve pool* celte enfant^ ne petmettoieiit ni l'espérance ni le désir de l'engager à former de nouveaux noeuds. Dazeli passoit les jour»

nées entières avec la comtesse , Inès y et deux ou trois persomies attachées à la comte&se. 11 ayoit des talens agréables; Inès en possédoit de supérieurs; la lecture y la musique , la promenade , la conversation teft occupcMent snccessi* veménti La comtesse faisoit raconter à DaMii l'htstoire de sa captivité^ et ses amours avBC Ëlvrne; loès^ pendant ces t^its, paroissoît occupée d'un ouvrsoge ou d'un dessin; elle écoutoit attentive-^ ment ; la gaité de Dazeli l'anmsoit, et sa manière de petlser s'accordoit fnr^ faitemetit av^c la sienne.

Inès y remplie d'esprit et de finesse > éimt aussi ^mée à dix-neuf ans qu'on petit VêWe à trente y quand on a pissé sa vie dans le grand monde. Reconnoissante ^t sensible y elle àvoit on vé*> ritable attacliement pour la comtesse y è(mx elle étoi^ l'idole. Cétoit unique-?

ment pour devesir sa fiUe que l'idée d'épouser don Alvar platsoit à son cœur. Elle savoH que la comtesse atta* cboit à cette union tout k bonheur dé aa vie ; dette pensée snifiaoit pour fixer ses désirs et ses vœux. Les éloges qii'I«> nés receYOÎt depuis long-temps sur aa raison prématurée, la confiance de la comtesse 9 et l'ascendant qu'ette aToit sur elle 9 «ans la rendre «npériense et vaine , donnoient cependant à soh ton quelqtte ^hose d'im peu tràncbant pour son &ge ; on auroit pu quelquefois hi trouver de la pédanterie , si eDe eût eu moins de gr&ces dans Tesprit, et de gaité dans le caractère. EHe avtnt ^sur la oam*lesse une grande supériorité d'esprit et de lumières, mais la reconnosssance l'empêcboît de la sentir. Elle pQ^voit entrevoir confusément tes défauts et les foiblesses de la comtesse ; elle ne se peiv mettoit jamais d'y réfléchir et de les jfor ger. Loin d'avoir eu la même réserve pour se comparer à don Alvar , elle lui C]royt>it «ne inféricx-ité qu'il B'avoit

pas^ à quelques égards; elle ne songeoît pas combien 9 à leur âge ^ une différence de deux ans donnoit d'avantage à une femme spirituelle et naturellement ré fléchie. Cependant, peu susceptible d'éprouver une passion violente, elle avoit une si tendre amitié pour don Alvar , que l'amour même n'auroit pu balancer ce sentiment dans son cœur. Ainsi , ses projets s'accordoient parfaitement avec ses devoirs. Un soir, la comtesse, en présence d'Inès , damahda à Dazeli pourquoi il ne' se marioit pas. Dazeli hésitoit à répondre. Dans ce moment le chapelain de la comtesse entra : il faisoit tous les soirs la partie d'échecs de la comtesse. Cette dernière, naturellement distraite , oublia sa question; elle se leva pour aller jouer aux échecs auprès de k fenêtre, à l'autre bout du salon ; Inès et Dazeli restèrent à leur place.

Inès regardant Dazeli en souriant :

« Je ne répéterai point, lui dit-elle, la question qu'on vient de vous faire,' je

TOis à votfe embarras que vous avez fait un choix qnte tous ne voulez pas dédUurer..^.. --^ Ëb ce choix> le dleTiiies-«

vous? «^ Oui^ j'en connoifi Yohjet «.

— Ah! je voua défie de le Bonaimer..*-^ C'est Diaiut..,**^La mère d'Alphousitie l... }} Cette e^xclamatiou^ faite du ton le plus amme, disoit tout. Inès fut dis* suadée à Vin^aut d'une idée qu'elle avoit depuis «[uatreiuois; surprise , in-»

terdide , elle garda le silence, a Eh hiea-!

madame 9 reprit Daxeli, uommez-en doue une autre; si vous deviuez^ je l'a^ vouerai. » A ces mots , lues rougit et baissa les yeux; et DazeU répoodaui k sa peasée : « Oui, madame , dit-il d'uue v^oix basse et treoKbiaute. jo Inès se leva précipitammeiU:, et ùd s'asseoir à eôftë de la comtesse. ^

Durant tout le reste du jour, Dazeli fut rêveur et silencieux; Inès, au con<-^ traire , parla plus que de cc^tume; elle craignoit tant d avoir l'air distrait et préoccupé ! niais elle répondoit à ce qu on lui disoit avec beaucoup moins

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de justesse qu'à l'ordinaire , et elle eut toute la soirée cette espèce de vivacité peu naturelle ,- qui ,* dans les femmes exemptés d'afiéctation , décèle toujours l'agitation secrète du cœur.

LfOrsqù'Inès se trouva seule , elle pensa mûrement à ce qui venoit de se passera Accoutumée à se rendre compte de ses impressions, elle s'avoua que la déclaration de Dazeli lui avoit causé un premier mouvement de joie ; mais en songeant que Dazeli parloit sans cesse •de spn amitié pour don Alvar, qu'il lui écrivoit souvent, et que don Alvar lui unième ; avait pris pour J)azeli un attacbement véritable , elle n'éprouva plus que ' de l'iadî^nation. Le lènde— làain;^ en présence de Dazeli, elle mit la conversation sur les amis infidèles et Jperfides, dont, elle parla avec borreur ; •en mênie temps elle affecta de , traiter :Dazeli. avec une 'sécberesse qui alloit jusqu'au dédain. ! Il supporta ces épi-*grammes et cette rigueur avec beau*^ coup de sang-firoid.; il pouvoit se juç-^

tifiér. Don Alvar , depuis son départ *, paroissoit , dans ses lettres , n'être oc*« cupé que d'Alphonsine ; il ne parloit que d'elle à Dazeli ; enfin y il le conjuroit 9 en lui recommandant un secret inviolable sur ses sentimens pour Alpfaonsine , de déclarer à Inès qu'après avoir mûrement réfléchi à l'espèce d'attadiement qu'ils avoient l'un pour l'autre, il sentoit que l'union projetée dès leur enfance ne pourroit faire leur. bonheur; qu'il falloit trouver et préparer les moyens de dénouer cet engagement sans affliger la comtesse. Don Alvar, pour faciliter cette explication, enyoyoit à son ami une lettre qui lui étoit adressée , mais pour être montrée à Inès, et dans laquelle il ne disoit pas un seul mot d'Alphonsine. Plusieurs motifs l'avoient engagé à charger Dazeli de cette commission. Une lettre écrite à Inès eut pu tomber entre les mains de la comtesse ; Inès elle-même auroit cru devoir la lui montrer; enfin Dazeli, négociateur et confident, pour

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voit intârèsser Inès ; il étoh mmâbk ..

il trotivoit Ifièft cl)^rniaffit« ; «'il aimoit et s'il pdTvenoit k plait^ y que d'obslades de moine ! .^ . Telle étoit Tespérance de don Alvar; Daeeli la partageoit; ils n'avoîefil; l'un el l'autre qu'une couitois8«n<ée très - superficielle des prin- ^pes dlnès^ et de son caractère ferme et décidé.

Alphonsine devant être solenuelle'* ment baptisée le li^ademain^ on a'étoit occupé dans le chiteau que des prépa* ratifs de cette cérémonie. La comtesse^ chargée de faire exécuter k cet égard toutes les intentipi» de Diaua , sortait k tout moment du salon pout aller don^ net des ordres; elle emmenoit souTent Inès ; mais , après le diner y Inès prit un prétexte pour se dispenser de la suirre. Elle resta tête à tète dau6 le salon avec Dazeli : c'est ce qu'elle avoit désiré. Elle étoit depuisquelques heures dans une situation violente. La manière dégagée avec la€[uelle Dazeli avoit reçu ses attaques^ lui causoit un dépit plus

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pénible encore <{tie l'iiidignation. Elle brûloit d'hnpâtienGe de s'expliquer nettement y et d accabler de dédain cet infidèle ami y cet amant si froid ^ que les {dus sensibles reproches ne pouvoient émouvoir; en un mot, ce monstre, puis*que Mn indifférence sembloit prouver qu'il n'étoit pas même amoureux.*. Encore s'il avoit eu l'excuse d'une grande passion. ... On n'auroit pas montré d'indulgence ; mais du moins on Tauroit plaint, et les femmes sont naturelle-*ment si compatissantes pour les infor^ timés qu'elles trouvent aimables!...

Aussitôt qu'Inès se vit seule avec Daeeli , elle lui parla sans détour et scuis ménagement. Elle commença du ton le plus méprisant, cependant avec un calme affecté. On voyoit qu'elle répétoît posément un discours étudié depuis le matin ; ses expressions étoient choisies et nobles , quoique ihordantes; ses phrases sententieuses et bien tour-»nées, son maintien sévère et composé; mais toute cette solennité fut déccm-

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cçrtée par la Contenance tranquille de Da^eli } Inès crut, même apercevoir un léger sourire sur ses lèvres ; alors son éloquence l'abandonna y elle balbutia ^ elle rougît y elle tâcha vainement de dissimuler sa colère; elle n'étoit pas «n état d'écouter Dazelî, qui vouloit parler à son tour ; elle se leva pour le quitter, il. la retint en lui présentant la lettre de don Alvar. Elle prit la lettre , et la lut aussitôt. Elle voyoit dans cet écrit que non^seulement Dazeli n'étoit point un ami perfide y 'mais que y malgré ses sentimens secrets , il a voit vivement exhorté don Alvar à remplir ses engagemens. Inès sentit sa colère s'évanouir ; elle n'éprouva plus que l'embarras de l'avoir montrée, et la confusion d'avoir fait un long sermon si injurieux et si déplacé. Néanmoins elle se consoloit en pensant que Dazeli n'étoit point coupable.. ; elle

l'écoutoit enfin. Dazeli, oubliant et la querelle et don Alvar , ne parloit que de lui. Inès ne l'interrompoit pas, elle

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croyoit devoir cette condescendance à celui qu elle venoit de traiter si mal et avec tant d'injustice ; c'étoit une re'pa-

ration; Iiïès, du moins, le pensoit.

Au bout de quelques minutes , prenant la parole : « Je suis charme'e, lui dit-elle, d'avoir eu tort, et de pouvoir vous conserver mon estime ; cependant , monsieur , j'ai encore un reproche à vous faire : c'est d'avoir cru que la fantaisie et la légèreté d'un enfant pourroient me décider à rompre un engagement qui m'est cher , et que je regarde comme sacré. Don Alvar ne tti apprend rien en disant qu'il n'a pas de passion pour moi; je serois trèsembarrassée si je lui inspirois un sen-^ timent que je ne pourrois partager.

Il a pour moi tout l'attachement que je lui désire ; rassurez-le sur mon bonheur ; je le trouverai toujours dans son amitié, dans Jaccomplissement de mes devoirs > et je ne suis nuUemeùt inquiète du sien.- Quant à vos senti-

mens pour moi, monsieur^ réglez-les

Sa J^LPHONSINE.

«ur ma situation^ ne m en parlez jamaisj ne me regarder plus que coo^me Yé^ pouse de don Alvar; soyez sur qi^ ) oublierai cet entretien; ne chercliesi point à me le rappeler, si YOu^attacluQs?

quelque prix à ma coufîanee. » A €€^ mots y Inès se leva, elW fît à Dazeli ime grave et profonde révérence», et eHa sortit.

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