‹ Alphonsine; ou, La tendresse maternelleChapitre 7 sur 26 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

Alphoi^sine TÎt baisser le jdur âvee un extrême plaisir; on de voit rouvrir les fençtres au coucher du soleil^ et eu outre OQ lui promettoit une longue pro* xnenade au. clair de la lune.

Après le souper ^ au moment oo l'horioge du cfaMeau sonnoit dix. heiares, Diana y tenant sa fille par la main^ des^ cendit dans le parc. Guidée par un do-* ïdestîque qui marcfaoit en avant , elle traversa une partie du jardin, ensuite on ouvrit une petite porte, et elle se trouva dans les champs; le guide la conduisit au milieu d'une prairie, aa pied d'uu saule ; alors il s'éloigna > et

difipdrut. Diana s'aestt se^ec Aiphcmsme^ sur ufie tottffie de f^aaon^ et l'une et Tâon fre gardèrent le silence pendant quel-* ques n)inules> Le ciel ëtoît parsemé d^étoiles, et sans nuages; la lune rëpui^ doit sur les prés^t sur les collines une clarié douce et pure, néaTiaioixis assez yiTe pour que l'on pût entrevoir les coh^ leurs, distinguer les formes, et ne pasf confondre le feuillage du noir sapia ayec celui du saule argenté* L'éclat amorti des fleurs , des eaux , et de k verdure, laissoit par^tre le firmament dans toute sa splendeur; il sembloil que ta teiTe silencieuse ne fS&t ainsi ttuefte et voilée que pour dionner à l'homme religieux l'ealière faculté de méditer profondément, et 4!é)ever, sans dirtraction ^ vers les eieux ses regards , son âme et sa pensée.

Alpbofisine ne montra point cette joie expansire qu'elle avoit fait éclater il l'aspect du soleil et de toutes les^beautés éblouissantes de la nature, éclairée par le jour le plus brillant; elle avoit

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admiré sur la montagne toute la magnî^ ficence du Créateur; maintenait, en contemplant la voûte céleste et les astres de la nuit, elle croit voir tout son amour!....

Elle ne se livra point à ces transports, à cette surabondance d'émotion qu elle avoit éprouvée le matin ; elle ne pouvoit qu^aimer, qu'entrevoir vaguement un bien infini , et que le désirer avec une espérance délicieuse. Plus touchée que surprise , la sensibilité absorboit en elle l'étonnement. Quand on ainie sans mesure la souveraine perfection,. on n'a plus la faculté de s étonner ; on ne sait même plus si Ton admire ; et sans doute l'âme heureuse, dégagée de ses liens mortels, et s'élancant dans le seiu de Dieu, ne sent dans ce moment que la joie suprême de l'amour divin.

Alphonsine , les mains; croisées sur sa poitrine, la tête élevée vers le ciel , la bouC^ie entrouverte, les yeux fixés sur les étoiles, restoit immobile. Dans ce calme majestueux, elle gardoit un pro-

fond silence, elle oublioît l'usage de la parole, devenu dans cet instant inutile, ou du tnpins insuffisant pour elle ; parvenue à cette hauteur par la parfaite innocence et la piété, comment cette en« fant, dans son langage ingénu , ou même avec toute l'éloquence humaine, auroitelle pu exprimer ce qu'elle ressentoit ?

Associée à la félidté des anges, elle étoit hors d'état de réfléchir sur ces sensations pures et sublimes, et d'éprouver

le désir de les dépeindre

Diana prenant enfin la parole : « Mon enfant , dit-elle en' passant un de ses bras autour du coi;i de safille^ ne sépare point ton âme de la mienne; parle, mou Alphonsine ! oh ! reviens à moi , ce ne sera pas quitter Dieu; je ne suis jamais plus étroitement unie à lui que lorsque je m'occupe de toi; songe que ta mère est là !... ^^ Et seroîs-je'héureuse si elle n'y étoit pas? répondit Alphonsine. *-^ Oh! qu'elle est solennelle, s'écria Diana, cette nuit que tu contemples pour la première fois ! • • • . Tu n'oublieras jamaif

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cette impression profonde, tu te rappeikcafi toujours que ce n'eat poiut sam desseifi que Bieu couyre la lerre d'ua? ombre uoiv^selle pendant beaucoup plus de temps qu'il nie nous en îsmd pour le sommeil. En nous cadiani tous les y uns objets périssables^ Dieu saoas doute nous invite à méditer les biens éter ncAs.

Durant l'auguste nxiit, on ne yoit .<|ue le ciel, toute pensée profane s'évanouit;, xm n a plus que l'idée de r^tepuel ot de l'iniini!.*. Hélas! en admirant la S^auté des"* campagnes^ de tristes souvenirs vkiment oppresser notre cœur. Les :contrées les plus paisibles oui: été jadis «nvabies^par la cupidité ou r^agées {latr la guerre; lusiurpation audacieuse et violente a parcouru l'univers comme 9me flanune dévoraette qui ne s'arrête ^aurais tant qu'ette trouva de quoi s'alimenter ; mais levons les yeux vers ces champs d'azur y dont tous les bon^naes peuvent jouir sans se les disputer! îi y rien ne retrace l'injustice ; un ordre mar ;J0rta€p>>j une Bublîoae. harmonie ybxil-

lent de toutes parts ; rîen n'y rappelle la destruction^ tout y parle de gloire , de bonheur et d'immortalité. » Ce langage n'étoit point au-dessus de l'intelligence d'Alphonsine ; quoiqu'elle fût à beaucoup d'égards infiniment plus ignorante que tous les enfans de son âge, elle àvoit dans le cœur et dans l'imagination une élévation qu'on a bien rarement dai^s la jeunesse même; son âme n'avoit jamais été rétrécie par les petitesses de la vanité et de la' coquetterie; n'ayant fait aucune réflexion sur la société, elle avoit déj[\,^'medité sur la mort , sur l'éternité , sur les bienfaits du Créateur; instruite par l'amour et par la reconnoissance , toute sa science étoit dans son âme : on conserve celle-là , et de grandes idées en sont le fruit.

Diana se levant, et reprenant Alphonsine par la main : u Ma fille, lui dit-elle, nous allons consacrer cette nuit si belle par une bonne action. C'est dans l'ombre qu'il faut les faire, tu le sais, l'Évangile te l'a dit. Malheur à qiû profane le mys^

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tère dont le saint ràiU ne doit couvrir que la charité chrëtienue* -«^ Maman ^ €m allons-nous?-*— Dans une chaumière y près d'ici 9 porter des secours à une famille infortunée. — -* Ah! maman! cette terre est à vous, j'espère que hieiiÉtèf on n'y trouvera plus de pauvres...^. — Tu sais qu'elle n'appartenoit pas à la comtesse* ^-^ Quand je ne Faurois pas su , je l'auroîs devinée Le maître de cette terre étoit celui qui nous retenoit renfermées dans la caverne ; il fut votre ennemr; qu'il devoit être insensible î...—- Il m'a laissé un précieux héritage, celïii de faire le bien que ses passions Font empêché de faire. — Ainsi la Providence a voulu que sa dureté servît à notre bonheur...— Ah I sans doute elle le préparoît, et de tant de manières!... » En parlant ainsi , Diana et sa fille traversoiént lentement la prairie. On étoit prévenu dans la chaumière ; on les attendoit :

une lumière placée sur la fenêtre la plus élevée de cette cabane , servoit à diriger les pas de Diana. Après un moment de

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silence : « Maman, dit Alphonsine, c'est hors des maisons et dans les campagnes que se tiennent les voleurs?— -As -tu peur?— ^ Je crois qu'ainsi seule avec vous, loin de toute habitation, et arec cette pensée de voleurs , j'aurois peur dans le jour; mais la nuit rassure.

Quand je regarde ce ciel étoile , je ne crains rien. » Comme Alphonsine disoit ces paroles, elle aperçut la chaumière, qui n'étoit plus qu'a trente pas d'elle.

N'ayant encore vu que des édifices d^une autre forme, et bâtis en pierre, elle ne crut pas que cette petite cabane fût une maison, et demanda ce que c'étoit.

« Mon enfant, lui dit Diana, c'est l'habitation de ces pauvres gens, encwre est-elle délabrée ; le toit de chaume de notre côté est à moitié découvert ; il ne falloit qu'un peu de paille et qijielques morceaux de bois pour le raccommoder, et ces infortunés n'ont pu le rétablir ! Juge de leur détresse..... —

Mais ib sont entourés d'arbres et de prairies, ils ont des fenêtres, ils. pou-

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voient jouir du moins de la vue du ciel

et des chanips — Je t'entends^ tu

songes a la caverne. Ah ! ma fille ! ce souvenir t'ôtera-t-il la compassion ? — Oh! non^ maman ^ je sais que les pauvres manquent des choses nécessaires à la vie , comment ne les plaîndrois-je pas I Mais de tous les malheureux , ceux qui me toucheront toujours le plus^ ce sont les prisonniers... — Encore le souvenir de la caverne ! ^— Chère maman , vous savez que pour moi , je n ai jamais été prisonnière ; vous seule avez soufr fert. Près de vous, votre enfant fut toujours heureuse » A cette réponse,

Diana, attendrie, embrassa la douce Alphonsine. Elles se trouvoient alors à la porte de la chaumière. Diana frappa, une jeune femme vint ouvrir; Diana se nomme, et la paysanne tombe à ses pieds; Diana la relève. Nugna (c'étoit le nom de la jeune femme) les guide et les fait entrer dans une petite chambre où la famille se trouvoit rassemblée. Cette^ famille étoit composée

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d^une vieille grand mère oclogéiiaire ^ de son fils , de sa fille , de sa petitefille ^ veuT^ depuis trois mois^ et de Tenfant au maillot de cette dernière.

La jeune paysamie avoit perdu son mari dans le moment où son père et sa mère ëtoient dangereusement malades ; pour leur donner les secours nécessaires, elle avoit vendu tout ce qu'elle possédoit y a l'exception de son rouet , de deux lits, du fauteuil de bois de la grand'mère, et d'une paillasse pour elle et son enfant , seuls meublas qui fussent restés dans la chaumière. EQe avoit filé une partie des nuits y et c'étoit pour ses malheureux parens; la vieille grand'mère n avoit pu la seconder utilement:

elle étqit presqu'aveugle. Diana conta rapidement ces détails à sa fille y qui vit avec attendrissement la vieille grand'mère dans, son fauteuil, et le père et la mère convalescéns , assis sur leur lit; l'enfant, qui étoit une petite fiUe, doiv moit sur la paiUasse. Alphonsine n'avoit jamais vu d'enfant au maillot : cetobiet

attira toute son attentîou; elle s approcha de' lui. « Pauvre petite créature ! ditelle^ de quels soins elle a besoin!... »

L'enfant se réveilla; la mère accourut, car il crioît. Elle lui donna son sein; Alphonsine, en voyant teter cet enfant, éprouva la plus profondé émotion , les douces et pieuses larmes de la reconnoissance filiale inondèrent son visage.

Diana lui serra la main; elle lisoit ayec délices dans son cœur. « Quel âge a votre enfant? demanda Diana. — Quatre mois, répondit Nugna. Elle m'a déjà donné bien de la peine... — Et moi donc ^ pendant douze ans! s'écria Alphonsine; et dans quel lieu, dans quelle situation!... »

En disant ces mots d'une voix entrecoupée de sanglots, elle se jeta au cou

de son heureuse mère Pendant tout

le temps quelle fut dans la cabane, elle ne vit que Diana. Tout la ramenoit à l'idée de ce qu'elle avoit soufifert , de ce qu'elle avoit fait pour elle. Lé tableau au malheur, de la patience el de la vertu, ne lui retraçoit que sa mière,

souis des traits mille, fois plus touclians que tous les objets qui s'offroient à ses yeux ! Diaoa donna à Nugna une bourse remplie d'or, lui promit une petite pen*sion viagère , et de faire rebâtir, et remeubler sa chaumière. Alphonsine jouit vivement de l'extrême surprise et de la joie de ces pauvres gens. Nugna lui dit en pleurant qu'elle voyoit bien qu elle seroit aussi bonne que sa mère. « Ah!

ouil répondit Alphonsine, elle seroit si malheureuse si je ne l'étois pas!.... »

Nugna reconduisit Diaua jusqu'au milieu de la prairie. Alors Alphonsine lui .dit : « Laissez «-nous à présent } il ne faut pas que le domestique, qui nous attend sous l'arbre, vous voie. Que tout, ceci reste bien secret. — Pourquoi donc?» reprit Nugna d'un ton chagrin.

Di^na, prévoyant que l'explication pourroit être vive et longue, se hâta de congédier Nugna , et de se rendre sous le saule. On y trouva en effet le domestique, et l'on reprit aussitôt le chemin du

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clkàf eau. Ainsi s'ëcovda le plus beau jour de la vie d^Alphonsinê.

Avant; de se coucher , quoiqu'elle fut extrêfnement fatiguée^ elle fit une prière beaucoup plus loi^e que de coutume ^ et ce fut avec une ferveur augélique.

Quelle douceur céleste riauoce»ce ne doit-«Ue pas trouver dane la prièrre du soîr^ après Une journée employée ainsi!..

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