‹ Alphonsine; ou, La tendresse maternelleChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE XXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIL

AiifsoNsiNE^ le lendemain, de se trouva presque plus fatiguée, maâs elle avoit un peu mal aux jeux j les }al<msies furent baissées toute la jounkée ; on ne lui permit pas de sortir dorant le grand jour ; niais Diana ^ en déddm^ magement, lui promit une seconde promeAade au clair dô la kine« £a efiet, quand tout ie mc^de fut retiré , Diana sortît avec sa file » ^ns domestique , et elle descendit danis le parc. Lors-

ALPBONSIirE. 85

qu AlphoQsine se vit en pleia air y eMe crut être dans la campagne, a Maman , dit-elle ^ personne aujourd'hui ne .iu>us suit ; notre promenade est enccnre {dus mystérieuse que celle d'hier f nous air lonâ donc faire une bien bonne action 7 ^ Om, ma fille, répondit Diana ; nous allons remercier Dieu* » Le son de vob:

de Diama avxHt quelque chose de solennel ; il frappa teUem^^t Alphonsiw , qu elle n'osa faire une question de plus.

Cependant Diana s'avançoit ters mie niasse de rodiers. Al^Ottsine regarde^ avec^ ëtomiement cet amas d'énormes pierres coiircmnées de cyprès. Sonfrce là des hftbitaÉioiia? d&t^Ue. — Oui ; ce fut l'asile cadié du malheur. » En disant ces mots , Diana s'approche , et cherche des yeux m»e grande croix de marbre noùr qui doit être placée sur le haut d'un rocher 9 au milieu d'un buisson de roses.... Efle l'aperçoit a sa droite ^ elle se prosterne.. •• Alphonsine y troi»*

biée, se met à genoux à cèté d'elle

Diana se relèire^ tend les bras vers les

86 iiPâoNsiNË «

cieux^ qu'elle regarde avec uiie expression pathétique ; ensaite elle prend une clef attachée à sa ceinture , elle ouvre une petite porte qui , peinte de la couleur du rocher j paroissoit n'en être qu'un fragment ; elle passe son bras sous celui de sa fille ^ et elle l'entraîne dans le lieu le plus obscur* « O maman !

où sommes-nous? » dit Alphonsine avec une extrême émotion. Diana ^ au lieu dé" répondre j l'avertit qu'il faut descendre deux longs escaliers. Alphonsine se laisse guider avec un sentiment de terreur d'autant plus . pénible ^ qu^elle n'avoit jamais rien éprouvé de semblable. Après avoir descendu l'escalier^ et fait deux ou trois cents pas dans une obscurité profonde : « Chère enfant y s'écria Diana, maintenant ne recoqnoistu pas ce lieu,?.*.. -—Maman, nous sommes dans la caverne.... — Eh bien !

pourquoi trembles-tu ? -^=— Ces ténèbres

m'effraient — Te. retracent-elles un

souvenir, douloureux ? — Au contraire.

Mais depuis -que j'ai vu les cieux et

la terre! — • Cette - caverne te fait

horreur ?.... — ' Horreur !... O maman!

j y ëtois avec vous....* — • Ne'anmoins tu chancelles, tu frémis... —Je ne suis plus accoutumée à cette obscurité terrible ; et puis on respire avec peine dans ce souterrain; je m'y sens oppressée....

— Mais c'est ton air natal.. — Il n'y a point d'air ici.— On y vécut pourtant...

— Ah ! je ne le conçois plus. » Ce dernier mot, échappé sans aucune réflexion, fut pour Diana un trait mortel qui lui perça le cœur. Elle ne répondit rien, et continua sa marche. On passa près de l'oratoire. Alphonsine, en entendant le bruit de la cascade , éprouva une sensation agréable. C'étoitla première depuis un quart d'heure. Elle fit le signe de la croix ; elle sentit une odeur de roses qui lui rappela un tendre sou^ venir. « Ah! Maman, dit-elle en lui baisant la main, nos rosiers ont fleuri

Entrons dans notre église » Diana

garda toujours le silence , et poursuivît son chemin. Alphonsine intimidée ,

88 ixraoKsivju

n'o6e insister. Tout a coup elle aperçoit, de loii) y de la lomière au fond de la caverne ; elle fait une exclamation de surprise et de joie y on précipite la marciie, et bientôt on arrive au lieu qui fut jadis la chambre de Diana y et qui est maintenant une chapelle richement décorée ; douze grands cierges posés sur Tautel, et une superbe lampe d'albâtre suspendue à la voûte , y répandent une vive clarté. Diana s'arrétant à l'entrée de la chapelle : w Ma fille, dit-elle, voilà le lieu où vous naquîtes ; ma tendresse a voulu que la religion le consacrât.

Allons - y remercieic Dieu , cpii vous donna la vie, et qui vous a délivrée d'une longue captivité. — Ah! maman !

dit Alphonsine, vous seule avez été captive*. • » A ces mots Diana soupire ; et conservant un air triste et grave, elle entre dans la chapelle , Alphonsine la suit. Elle avoit le cœur serré y sans cependant deviner ce qui se passoit dans cekd de sa mère. Elles se mirent à genoux devant Tautel. Alphonsine

ÀLI^HONSINE. 8g

pleura en priant. Diana ^ mécontente et malheureuse^ ne se livra point à l'attendrissement : un cœur blessé n'a point d'effusion. Au bout de quelques minutes, Diana faisant relever sa fille, la conduisit vis-à-vis la porte ouverte du caveau de l'écho , et là, lui proposa de chanter la stanc^ du cantique qui finissoit par ce vers : Paix sur la terre , et gloire à Dieu. Alphonsine obéit. Quand elle eut chanté avec l'accent le plus touchant , l'écho (comme elle s'y attendoit) répéta trois fois : Gloire à Dieu. Mais ensuite un chœur de jeunes voix sortant du fond du caveau , et accompagné de cors^ de flûtes et de harpes, recommença le cantique. Alphonsine, transportée, se jeta au cou de sa mère, qui la repoussa doucement, en lui dîsant : (c Mon enfant, nous sommes dans une chapelle consacrée... » Ces paroles étoient .simples , . mais dans un autre moment Diana ne les auroit prononcées qu'après avoir reçu l'embrassement de

sa fille. Alphonsine se recula, et des

pleurs amers coalèreat sur sw jaues.

fc Mainteûanti lui dit tout bas Diatia, lUoiis dans ndtre oratoire. » Et elle la prit par la mai» ; Alphonsiiie la regarda d'ua air îaquiet et suppliant^ comnie pûiorrinterrogen Diana feignit de ne pas l^niarquer son trotible^ et remmena dans Toratoire. En y entrait f Alpbon^ sine vit kvec surprise que celle grotte étoit éclairée par la Itine ; on avoit forilié^ à gauche de la fontaine ^ vera la Voàte> tine espèce de fenêtre it>nde et irréguUè» y qui laissoît yoir les cieux ; le caveau iétoit reilipli dé rosiers ^ une mousse fraîche recouvroit les rochers et ttft grand banc placé près de la cas-*' cad^. Diana s'assit avec su fiHe ^ et pre* nant ses deux mains dans les siennes :

tr Mon Alph<knsine^ lui dst^^He, pour la première fois nous aTons éprouve Tmie et l'autre des sensations bieft diffîrenies cesoir!.^. Ce souterrain ne tous kiÈ* pire que de la frayeur et de la tt^tesse^ et }j rentrois avec délices L<. GepeRdaiu )'y fus seule diargée de tous les aoins ^

accablée de toutes les inquiétudes ^ et l'aTois yëeu dans le monde ! Mais ayec mon enfant je me trouyoîs heureuse ; pouvois-je ne pas letre alors ? Alpboa* sine m*aimoit d'une manière si tou-* chante! eUe n'ainooit qfue moi! j'étoia tout pour elle !.«. Oh ! quels souvenirs )e retrouTe ici I ... >i Diana s'arrêta •«•; elle seAtit les mains d'Alpbonsine tremUer dans les »ennes^ et elle fut frappée surtout de Son regard fixe. La lune don«* Boit sur son visage ^ et l'expreswon de sa phjMonomie avoit quelque chose d'ef<»

frayant, u Mon enfant! moiienfautl dit Diana éperdue^ ne t'afflige point, ce ne sont pas là des reproches. Ecouteflooi*..

••«— Quoi! interrompit Alpfaonsine d'une voix entrecoupée ; vous croyes que je vous aime moins l.««. «^ Non, non, tu B'a pas compris ce que j'ai voulu dire...

*-^ O mannui ^ s'écria Alphpnsine en tombant aux genoux de sa mère ^ et en fondant en larmes , restons ici y n'en sortons jdutl..... «^ Que dis*te ? grand Dieu I... «-^Restons ici ; je ne serois ]4us

92 àtPHONâlKË'.

heureuse sur la terre. Non, je ne veux plus quitter la^caverne. — Ah ! mon enfaat y il nous suffira toujours d^étre ensemhle pour être heureuses! Nous le serions daas le tumulte du monde comme dans un désert!... — O maman! pardonnes Tétonnement que m'a causé cette obscurité. Oui, en me retrouvant ici , je ne devois songer qu'à vos bienfaits!...

Je ne veux plus quitter la caverne , je m'y rappellerai la terre avec plaisir, en pensant que je vous la sacrifie ; je veux vous rendre votre Alphonsine telle que vous la désirez pour votre bonheur.

Quand vous serez satisfaite de moi , je ne regretterai rien ; je serai à mon tour pour vous comme vous étiez pour moi. »

A ces mots , Diana prit sa fille dans ses bras, mais ses caresses ne dissipèrent point la douleur d' Alphonsine, qui répétoit toujours en sanglotant : Restons ici. Cependant Diana , employant tout son esprit a réparer le mal profond quelle avoît fait, parvint à persuader à sa fille qu'elle avoit donné une fausse

iimosrsiNE. 9^

interprétation k son discours ; et que si elle ne leùt pas interrompue , ce qui lui restoit à dire lauroit désabusée. Al« pfaoQsine le crut; sa mère l'assuroit, nul doute ue pouvoit rester dans son esprit ; mais elle conserva \m sentiment de tristesse et une inquiétude vague qui dévoient durer long-temps. Lors»

qu elle fut tout à fait caloiée y I^ana sor»

tit de la grotte ; la caverne alors o& froit un aspect enchanteur ; tous les murs étoient recouverts d^ verdure et de fleurs, et des lampions cachés der* rièr« les feuillages formoient la plus charmante illumination. On ontendoit dans le lointain une musique ravissante.

Mais Diana , par sa susceptibilité, av<^t gâté une fête sî agréable ; elle vit, avec un repentir amer , qu'Alpbonsine n'é-toit plus en état d en jouir* On sortit de la caverne, on fut tristement se coucher. Alphonsine s'endormit ; et Diana , durant c^te nuit, ne (rouva ni le som« meil, ni le repos.

Les jours suivans, Alphonsine ne V "I' * 9

montra plus ce vif empressement de revoir les cieux et le jardin j elle ne se mettoit à la fenêtre que lorsque sa mère l'y invitoit j elle concentroit le plaisir qu'elle ëprouvoitj elle n'en parloît plus; elle avoii un air froid et contraint avec Inès et la comtesse. Diana ^ qui l'observoit avec soin, et qui n'observoit qu'elle, sentit alors avec douleur , qu'en amitié ainsi qu'en amour , rien n'altère la confiance comme une délicatesse excessive et des reproches déplacés. Après beaucoup de réflexions, Diana prit le sage parti d'avoir l'air de ne pas remarquer ce cbangement , et en même temps de saisir toutes les occasions de rassurer sa fille sur ses s^ntîmens. Elle paroissoit fâchée qu'elle se refroidît pour Inès j elle lui vantoit ses bonnes qualités et celles de la comtesse ; elle l'engageoit à rester davantage chez cette dernière; quand elle en revënoit , elle lui moU'* troit de la galté , et la caressoit plus que de coutume. Lorsque, de prerhiér mouvement ^ Alphonsine admiroit <|uelque

cliose de nouveau pour elle , Diana f ai-- ^oit éclater la joie la plus vive* Par cette conduite soutenue y elle parvint à dissiper entièrement ses inquiétudes.

Alphonsine reprit enfin sa franchise et son bonheur: Diana la menoit tous les matins dans la caverne ; elles y entendoient la messe dans la chapelle^ de* venue la chapelle particulière de Diana.

Après la messe , elles déjeûnoient tête à tête dans le caveau de la fontaine ; ensuite Diana y faisoit tout haut une lecture de piété , toujours suivie dune longue et douce conversation ^ après laquelle Alphonsine alloit visiter sa volière et son jardin. Depuis cette époque^ la vie fut pouf Alphonsine un véritable enchantement ; elle se trouvoit si heureuse , qu'elle vouloit abréger le temps de son sommeil^ pour alonger ses journées. Le plaisir de la promenade étoit pour elle le plus, grand de tous, quoiqu'elle ne sortit jamais du parc; et, loin de s'en lasser, elle y découvroit tous les jours de nouveau:!^ charmes j;

96 ktvftotdiKt:.

Car 9 cbm les premiers jours ^ Taspec!

de la nature ùe pouvoit présenter à ses yeux ïa variété qu'il offre aux nôtres ; mille choses tris ^différentes les unes des autres lui paroissoient absolument Semblables ; les moindres rapports de formes et de couleuri( confondoient pour elle une infinité d'objets ; eHe n'étoit pas accoutumée à comparer y peu à |>eu elle prit cette habitude ; et , ne regardant plus comme une même chose plusieurs arbres ou plusieurs animaux , parce que leur grandeur et leur couleur étoient à peu près pareilles , elle faisoit chaque jour de nouTeOes dé^ couvertes y et ses plaisirs étoient aussi variés 9 aussi inépuisables que la na« ture,

Page 1