CHAPITRE XXXIV
DàZELi^ qui écrivoit très-régulièrement à don Alvar^ ne manqua pas de
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loi rendre compte , dyec le phxs grand diét'aî} , do baptême d'Alphonsine , et dans ce récit il n onlit aucune des circonstances qui ponvoient faire valoir Tcsprit, risngcnùité et la sensibilité d'Alplioiisine ; il n'oublia pas non plus de parler de sa grâce et de sa beauté ; il ne de faisoit plus un scrupule d'enflammer son imagination , et de nourrir sa passion pour cette enfant , depuis qu'il avoit la certitude qu'Inès^ en effet, n'aTOÎt point d'amour pour lui, et qu'il «^ flattoit de parvenir à lui plaire.
Douze- jours après le baptême d' Alphonsine, DazeH reçut une lettre de Madrid , qui le rappeloît à la cour y et dans laquelle on lui mandoit que le roi vouloit lui faire épouser la duchesse d'Alzuna^ jeune veuve d'une richesse inmiense. Dazeli, en présence d'ïnès, montra cette lettre à la comtesse. Cette dernière étoit proche parente de la duchesse d'Alzuna^ elle s'intéressoit beaucoup à Dazeli ; l'idée de ce mariage la charma. Elle fut^ d^ailleurs^très-flattée
de la confiance que lui montroît Dazeli > car elle aimoit à être consultée : c'est le foible de toutes les personnes d'un efifprit médiocre ; c'est pourquoi , en général , elles ont du commérage et sont oiHcieuses ; une confidence est non-seulement pour elles une marque d'amitié , mais un honneur ; elles sont glorieuses de pouvoir se mêler d'une affaire , de pouvoir contribuer a un succès. « Je veux écrire à ma cousine, s'écria la comtesse; je lui dirai tout ce que je pense de vous. — J'attache le plus grand prix à votre opinion, madame; mais je vous avoue que celle de madame la duchesse d'Alztma ne fera jamais rien ppur mon bonheur. — ^J'espère que vous n'auriez pas la folie de refuser une telle alliance ? — Je ne retourne demain à Madrid que pour la rompre. — ^Vous re^ fuseriez la main de la duchesse d' Alzuna?
*— Je sens combien son choix m'honoreroit. — Et d'ailleurs, elle est jeune, elle est belle.... — Oui, madame, maïs elle n'est pas celle que j'aime, — Vous
avez une grande passion pour une autre ?— «Ouï, madame. » Une femme^ toujours désarmée par cette confidence > ne trouve point d'objections que Ton puisse opposer à ce grand mot. Un homme ^ en pareil cas^ diroit^ de premier mouvement^ mille choses ^ sinon neuves 9 du moins très-raisonnables; une femme s'attendrit^ admire , et se tait. Après un moment de silence ^ Inès prenant la parole : « Pour faire un tel sacrifice^ dit-elle, il faut être bien certafin d'être aimé, et les hommes s'abusent
si facilement à cet égard! — • Pour
moi, répondit Dazeli, l'espérance me suffit. "-^ L'espérance !...t reprit vivemejtit Inès; je vous soupçonne, pour- ^uivit-ellç en souriant, d'en prendre avec bien de la légèreté...— -Non, madame , je vous assure, repartit Dazeli...
— Cela est étrange! » s'écria Inès, sans réfléchir à ce qu'elle disoit. A ces mots, la comtesse fit un éclat de rire, (c Eh quoi! dit-elle, êtes-vous plus instruite çur ce point que Dazeli lui-même ? »
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Inès rougit^ et garda le silence. DazeU fit quelques plaisanteries ; lues y refondit avec embarra3y et se hâta de chaisier d'entretien.
Inès alloit quelquefois 1^ matia^ j dvant le réveil de la comtesse , se prondexier dans le parc ; la lendemain , Pas^li^ qui voulôit partir le soir même, se rendit dans le jardin au point d.u jonr.
Après lavoir parcouru long-tenaps, il aperçut Inès au détour d'une allée. Elle doubla le pas pour l'éviter, comme à son ordinaire ; mais il l'atteignit , et la supplia de l'entendre un moment ; elle s'assit sur un hanc , et s'armant de l'air le plus sévère, elle lui demanda ce qu'il vouloit. (( Vous faire mes adieux , répondit-il, et vous dire, madame, que j'emporterai cette espérance que vous vouliez m'ôter Ijier ; que j'y sacrifierai tout... ~C'est une extravagance inouïe...
•—Songez , madame, qu'on espère tant qu'on aime. «-- Songez > monsieur, que je suis engagée depuis mon enfance; que mon cioaur et ma raison oat ratifié
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C€t engagement ; que j y attache la douceur, la tranquillité, le bonheur de ma Tie; non le bonheur tel que vous le concevez, mais celui qui convient à mon caractère. — Don Alvar, madame, a la bizarrerie de. penser comme moi sur le bonheur; il veut que l'hymen soit formé par ce sentiment que vous dédaignez...
—•Eh bîenî monsieur, vous êtes persuadé que j'éprouverai pour vous ce que don Alvar n^a pu m'inspirerl cela est modeste !-— Persuadé ! Non, malheureusement, mais.....,» — Vous vous en flattez? — Don Alvar n'a pour vous que de Tamitié, et je vous aime passionnément. — Après deux ou trois ans d'absence, il pensera différemment, vous verrez. — Si vous avez envie de lui tourner la tête , vous en viendrez facilement à bout, je ne le sais que trop. Le vou-
drez-vous ? — Mais — Daignez
répondre 2 -:— Don Alvar amoureux de moi me paroitroit ridicule. — Bon! je lui manderai cela.; — Je vous le défends»
rrr Eh quoi ! madame^ voulez-vous me
loa ALSHomms.
corrompre; votdeas-^yons que je trompe mon ami ? -^ Se taire , est^e tromper?
-~ Très-sourent. — «• Si tous me pensiez à bout y je prendrai un parti viole&t ; je hii écrirai de^ lettre» passiomiées. — < Je Vea préviendrai. — La ranité l'empêchera, àe TOUS croire. — La vanité ^ dan» ce cas^ n'abuseroit cpaUnn fat ; avec vous 9 madame^, le cœur seul peut être présomptueux. Des lettres passiormées!
comment pourries - tous les écrire?
Gonnoissea^^TOus ce laugage ? *-^ Je Fai vu dans quelques romans. — ' Croyei qu'on ne le copie point. *^ Laissons Ta cette plaisanterie. Je vous déclare trèssérieusement^ monsieur^ que je veux épouser don Alvar^ et que rien au monde ne me fera renoncer à cette irrétecabie résolution. -— Et moi , madame^ je vous déclare que je traverserai ce dessein de tout mon pouvoir ^ et avec toute la persévérance et toute Tadresse dont je suis capable.-— Par cette étrange conduite 9 soyez sur que vous m y aflFermirez davantage encore s^il e^ po^r
ble. — • Que m'importe? J'ai tant d'a^ vaiïtages sut vous!.... "-^G^wâmeiit?....
~^ JL'obstiûâtion et le àéfAt vôu^ feront agir; mais moi je serai guide ^ exaitépar la pàSfiioD. -^ Le caractère et la raisofi doivent l'emporter dtir la folie. —Vous aurea de la ténacité ^ cjm fafigtie beat^ coup ; j'aurai de la constance sau^ nul eflPoTt. Vous combinerez froîdenwnt j je fierai inspiré.... •*«' Mais^ il y va de mon l'cpoë...^ —11 j va de ma vie.... »
Cette réponse doubla Inès. On vînt hemrefu^ement dans ce moment la chercher pour lui dire que k Comtesse étoit éveillée; elle se leva précipitafmment , et s'éloigua avec promptitude^ sans oser même regarder Diasseli , (fu'elle ne laissa point du tout au désespoir^
Dtfïeli partit. Inès fut rêveuse et distraite pendant quelques jours; Dass'eli avoit étonné son esprit, touché son cœur et Messe sa fierté ; mais, comme elle le lui avoil dit, sa résolution étoit Jnébranlablc; la certitude de faire le malheur de te comtesse en ^ livrant à son
peachant^ sa tendre amitié pour don Atvar^ l'emportoient facilement sur une inclination naissante, combattue puissamment encore par l'orgueil d une naissance illustre. Don Alvar étoit l'un des plus grands seigneurs de l'Espagne, et Dazeli n'étoit qu'un simple gentilhomme, que les envieux de sa fortune et de sa faveur n'appeloient qu'un heureux aventurier. Ses parens ëtoient o|)Scurs : il n'avoit dû son élévation qu'au talent de plaire; ce n'étoit point assez pour Inès : elle auroit cru se rabaisser en formant une telle alliance, et elle aimoit mille fois mieux épouser sans amour le compagnon , l'ami de son enfance, qu'elle chérissoit, et qui lui donneroit, avec le plus beau nom de la cour, la famille qui lui convenoit le mieux. Toutes ces pensées n'étoient pas romanesques ; elles peuvent même paroître communes : il faut néanmoins convenir que voilà les idées qui, dans les jeunes personnes, préparent les femmes raisonnables. et vertueuses. On
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verra par la suite que cette manière de penser, ce goût des convenances, s'allioient dans Inès à une âme sensible et à un très-grand caractère. Inès, pour se distraire, employa un moyen sûr quand Taraour n'est pas encore devenu une passion ; elle s'occupa sans relâche, cultiva plus que jamais ses talens, ne fît que des lectures solides et sérieuses , ne confia son slecret à personne , et évita avec le plus grand soin de parler de Dazeli , ou de tout ce qui pouvoît le lui rappeler; elle parvint ainsi à reprendre peu à peu toute sa sérénité.
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