‹ AlphonsineChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

DiANAnignoroît point le départ de don Alvar ; maïs Alpîionsîne ne s'en doutoît pas. La comtesse et Inès n'en avoîent point parlé devant elle , et elles étolenl parties sans faire d'adieux.

Alphonsîne , le jour de lapparîlîon de don Alvar , eut , dans le reste de la journée , une sorte de distraction involontaire qui nechappa point aux yeux pénélrans de Diana. Les deux jours suîvans, on voyoit , dans tous ses mouvemens , quelque chose qui déceloit une attente secrète. Quand elle enlendoit dubruit dans V anti-chambre^.

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elle suspendoît son travail ou sa lecture pour écouter ; ensuite elle reprenoît son livre ou son ouvrage d'un air un peu appesanti, et en poussant un léger soupir, que Toreille attentive d^une mère pouvoît seule entendre. Si Ton ouvroil la porte, elle retournoit la tête avec vivacité ; et presqu'aussitôt une nuance de tristesse et d'abattement obscurcîssoit sa charmante physionomie. Mais comme toutes les impressions qu'elle recevoît d'ailleurs, loin de pouvoir se rapporter ou la ramener à cette inclination naissante , ne lui inspiroient que des idées entièrement opposées à l'amour , ces émotions légères s^afFaiblîrent prompîement. Alphonsîne n attendu plus ; et celte inquiétude

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passée , elle reprit toute sa douce sérénité. Cependant, pour l'assurer inîeux , Diana crut devoir la troubler encore un moment. Quatre jours après le départ de don Alvar, elle lui annonça un soir, négligemment , cette nouvelle Alphonsine s'émeut. « Et pourquoi donc , dit-elle, sont-ils partis sitôt ? — Pour le mariage d'Inès et.,.. » Elle n'acheva pas ; le second nom qui restoit à dire expira sur ses lèvres, « Ouï, reprit Diana, le mariage d'Inès et de don Alvar. Ils dévoient se marier en arrivant ; aînisî la noce est sûrement faite à présent. Inès s'appelle maintenant la duchesse d'Olmas. Nous ne les reverrons pas de sitôt. Ils passeront désormais les étés dans une terre qui appartient

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à la comtesse. Le château tomboît en ruines ; on Ta presqu entièrement rebâti; c^esl pourquoi la comtesse ne Ta pas liabité plutôt.,.. Mais les réparations sont finies. .•• » Ici Alphonsine , qui étoit debout, s^ assit..•..•. Diana, qui travailloit à son métîer, n'avoit pas osé la regarder pendant ce réeît.^ Elle jeta enfin les yeux sur elle, maïs sans avoir Tair de Texaminer Le brillant incarnat des belles couleurs d'Alphonsine éioit visiblement affaibli. r.

Ce même soir , on fit , pour la première fois dejpuis douze jours , une longue promenade dansles champs , et au clair de la lune ; don Alvar y fut presqu'oubllé Alphonsîne redevint calme ; elle ne soupira qu^une 5>eule foi^, ce fut en rentrant au châ-r

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teau. Durant la nuit, le sommeil seul de Diana fut troublé , elle veilloît sa fille ; à la lueur de sa lampe , elle la regardoît dormir; elle avoît beaucoup plus souffert qu'elle de son trouble secret, elle se dédommageoit dé ses inquiétudes en la voyant goûter le plus parfait repos.

Le lendemain , à la pointe du jour, Alphonsine fut réveillée ; Diana la pressa de se lever , en lui promettant une promenade sur Teau : on n'en avoit fait encore qu'au clair de la lune. On partit à six heures du matin. En s'embarquant , Diana dit aux bateliers : A Vile d Alphonsine. « Quoi!

maman, reprit Alphonsine charmée , nommez-vous ainsi l'île des Cilronnîersf — Oui, mon enfant, répondit Diana ^ c'est un présent

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que je yeux le faire aujourd'hui ; et tu verras pourquoi j'ai toujours refusé de Ty ramener. — Je n'aî tu qu'une seule fois celte île délicieuse, et la nuît : il y a si longtemps!..,. — Maînienant qu'elle est à toi ^ nous y reviendrons quand tu voudras, et tu pourras t' amuser à la cultiver comme ton jardin. » A ces mois, Alphonsine montra cette joie enfantine qu'on n'éprouve plus quand les passions commencent à porter le désordre dans l'imagination. Son jeune cœur palpitoll toujours pour les amusemens de son âge. L'amour, dont elle îgnorolt jusqu'au nom, avoit à peine effleuré ce cœur innocent. Alphonsine étoit même trop jeune et trop pure pour que l'amour fût seulement en elle

un Instinct. Sans doiile elle aîinoît don Alvar ; maïs ce penchant n'éloît encore que de la sympathie , qu'une douce et tendre amîtîé ; et s'il s'y mêlolt un peu de trouble et d'embarras , c'est qu'elle savoît qu'on ne doit aîmerun jeune homme que lorsqu'on est sa sœur ou son épouse.

On arrive à Tîle d'Alphonsîne ; on débarque, on traverse d'abord le petit bols de citronniers ; ensuite on entre dans une longue et large allée d'acacias blancs, dont tous les arbres en fleurs étolent réunis par une guirlande delîseronsblancs.

Au-dessous de chacun de ces festons de fleurs étoît posé sur un socle de marbre un beau vase d'aîbatre rempli de tubéreuse ou de lis. Un

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ruisseau d'une eau limpide partageoit également celte belle allée ^ et coiiloit doucement entre deux bordures de giroflée blanche. A la moitié de lallée , Alpîionsine entendit le murmure d^une fontaine.

Ce bruît réveîUoit toujours en elle le souvenir de Toratoire de la caverne ; elle joignit les mains , et prit naturellement le maintien et le recueillement qu'elle auroit eus pour entrer dans une église. Arrivée à lextrémité de F allée , elle vit avec ravissement une petite montagne couverte de rosiers blancs et de jasmins y à travers lesquels s'échappoît , dans le milieu de la montagne , une fontaine jaillissante , qui » retombant en nappe parmi les fleurs, formoit le ruisseau dont on venoit de

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suivre le cours. Du sein des arbustes odorîférans , s'élevoît , sur le sommet de la montagne, un superbe groupe de marbre blanc , représentant r Innocence se réfugiant dans les bras de la Pielîgîon. Cette dernière figure tenoîl d'une main son calice appuyé sur sa poitrine ; de l'autre bras elle soutenoit Tlnnocence , qui sembloit se reposer sur elle , avec toute la douce sécurité de la piété et de la foi. Diana expliqua cette allégorie. « Il est impossible , dit-elle , sans le secours de la religion, de conserver Tinnocence jusqu'à la fiin de sa carrière. Ainsi ^ lorsqu'un penchant, quel qu'il scil, n'est pas approuvé par la raison, il faut , avec une nouvelle ferveur, recourir à la religion ^qin nous sou?-

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lient et nous forlUie dans tous les ' maux (le la vie , dont le plus grand , sans doute , est de manquer à ses devoirs. » Alplionslne écouta ce discours avec une religieuse attention ; ensuite elle acheva de prendre possession de son île , qu'elle parcourut toute entière , et dont elle admira avec enthousiasme la beauté et les points de vue variés et délicieux.

Depuis ce jour, Diana remarqua qu'Alphonsine ajouloit quelques prières de plus à ses prières accoutumées... • Mais elle avoit repris sa gaîté et son application. Cependant elle soupiroit encore quelquefois en rentrant dans sa chambre :

c^étoit là qu elle avoit revu don Alvar; c'étoit là que don Alvar avoit pleuré d^une manière si touchante;

et coiriment oublier les premières larmes qu'on a vu répandre à ce

qu'on aime !

Un soîr qu'Alphonsîne étoît rêyeuse , Diana lui demanda tout à coup à quoi elle pensoit. Elle rougit un peu , et se rapprochant de sa mère ; a Maman, dît -elle, de puis long-temps j'ai envie de vous en parler,.,.. Eh bien! chère en

fant , pourquoi diffères -tu? —

Je ne sais — Qu'est- ce donc?

-r— Maman y je pense souvent à don Alvar; mais cependant beaucoup moins depuis quelque temps....* -^^ Tu sais , mon enfant , tu as lu dans les livres saints , quune jeune fille n^ doit pas arrêter ses regards sur un homme ; elle n'y doit donc pas arrêter sa pensécp — Oh! oui , maman ,

et je n')' arrête pas la mienne ; maïs celle pensée me revient, je ne sais comment* — Il faut toujours la repousser et fen distraire. Il est, au reste, assez simple qu'elle se soit offerte à ton imagination. Don Alvar épouse ton amie ; il est le fils de la comtesse, que tu aimes; son idée se trouve liée à celle de deux personnes qui te sont chères, — Cela

est vrai. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que j'aime don Alvar pour le moins autarnt qu'Inès... — Yoilà ce qui seroit déraisonnable. — Je le sens. — Il faut , chère enfant , ne plus parler de lui , éloigner de ton esprit son image quand elle s'y présente , et bientôt tu n'y penseras plus du tout. — Oui , maman, je le crois, » A ces mots Diana, sans pah

roîlre attacher la moindre importance à cet entretien, parla d'autre chose. Deux jours après , Diana qui , depuis huit jours , trouvoît mille înconvénlens à sa chambre, qui se plalgnolt qu'elle n'ëtolt ni assez commode ni assez gale, en changea, et prît une autre chambre à coucher , dont la vue en effet étoll beaucoup plus belle. La dangereuse chambre , qui rappeloît don Alvar, fut abandonnée sans retour; on en condamna la porte. La chambre nouvelle élolt meublée avec la plus grande élégance ; Alphonsine la trouva charmante ; bientôt elle ne soupira plus en rentrant de la promenade. La possession de son île , ses promenades, ses occupations, îes entretiens de sa mère, d'excel-

lentes lectures , effacèrent insensiblement une impression dangereuse, qui n'avoît jamais été assez ^ive pour laisser de profondes traces , ou du moins pour troubler son repos.

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CHAPITKE XLI.

Nous avons laissé la comtesse avec son fils et Inès sur la route de * Madrid; dévoilons maintenant le mystère de la conduite de don Alvar, et découvrons le motif si puissant qui le décida d^une manière si prompte à recevoir la main d'Inès. La comtesse , deux heures avant son départ, avoit envoyé un courrier à don Juan , tuteur d'Inès

(comme on Ta déjà dît). La comtesse lui mandolt de l'attendre, au lieu de venir ; elle lui indiquolt le jour de son arrivée, et lui denaandoit, pour ce jour même, un entretien particulier. Aussitôt qu'elle iut arrivée à Madrid , elle le fît dire à don Juan, qui vînt aussitôt.

D'après les ordres de la comtesse , il fut introduit mystérieusement dans son cabinet par un escalier dérobé.

Un instant après, la comtesse parut, s'enferma avec lui, et lui tint ce discours : « Je suis enfin la plus heureuse des mères , après avoir éprouvé les plus mortelles inquiétudes, mon fils consent à épouser Inès, nous signerons les article^ ce soir; et demain, sans aucune cérémonie, je le conduirai à TauteL IV. 7

îi6 ALPHONSINE.

Maïs tout pourroil manquer encore, si vous ne me secondiez pas, du ïnoîns par votre silence ; je ne vous demande que de ne pas me démentir, c^esl-à-dlre , de vous taîre, et de suivre la marche que je vais

vous prescrire — Comment ,

madame?..,. — Ceci a besoin d'explication : la voici. Mon fils a pris une passion romanesque pour la

jeune Alphonsîne — La fille de

dona Diana de Mendoce ? » Don Juan fit cette question avec beaucoup d'émotion , ce qui n'étonna pas la comtesse (car elle savolt par Diana sa passion pour Alphonsîne, et' la démarche qu'il avolt faite); elle ne doutolt pas que cet amour ne fut très-utile à son dessein, puisque don Juan aurolt un grand in-

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lérêt à la seconder; mais elle paru^ ignorer ses sentîmens; et répondant simplement à sa question : « Oui , dît - elle , et celte enfant remplie d'innocence , et qu'il n'a fait qu'entrevoir une fois depuis son retour, ne se doute pas de sa folie. Il est entré chez Diana par stratagème :

il étoit si troublé , que Diana a pu facilement lire dans son cœur. Elle m'a fait instruire de ses soupçons par le curé de sa terre , le seul homme qui soit admis chez elle; alors je n'ai pas douté que mon fils ne \înt incessamment m'avouer sa passion, et me conjurer de lui donner mon consentement, chose que rien dans le monde ne pourroit obtenir de tnoi. Je n'aurai jamais Yolontairement qu'Inès pour belle-

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fille. Cependant, connoîssant Textrême opînlâlrelé du caractère de mon fils, sachant en même temps qu'il est fier et généreux, je sentis qu'il ne sacrifieroît sa passion qu'à Fhonneur. A force de réflexions , je trouvai un moyen qui me parut certain pour Tengager à m' obéir sans résistance , et je m'arrêtai à celte idée. Mon fils, comme je l'avois prévu, prit la résolution de me parler sairs détour. Il entra dans ma chambre le matin du jour de mon départ ; il se jeta à mes pieds, et me fit l'aveu de ses sentimens avec toute la chaleur et toute Téloquencie de la passion. Je l'ëcou* tai avec calme , et quand il eut fini de parler : Mon fils , lui dis-Je , vous devez vous rappeler que dc^

ALPHONSINÊ. i49 puis quelques jours, je vous aï prié plusieurs fois en parllculier de vous mettre au fait de la fortune d'Inès, et d'interroger à cet égard mon intendant , qui , les papiers à la main, vous instruira parfaitement sur ee point. A peine m'avez-vous écoutée Eh bien? me 3it don Alvar.

— Eh bien! mon fils, vous auriez appris que, par la mauvaise conduite de son premier tuteur , Inès est entièrement ruinée..., A ce mot, don Alvar pâlît. Est-il possible ! s'écria-t-il. Je lui rappelai , ce qui étoit vrai, que ce premier tuteur, contre mon avis , avoit risqué de ^ grands fonds de la fortune d'Inès sur des vaisseaux et dans d'autres entreprises.... Oui, madame , interrompit don Juan ; et cette témérité

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a fort augmenté la fortune de sa pupille.... Je le sais, reprit la comtesse; mais 11 s'agîssolt pour moi de persuader à mon fils tout le contraire , et tout à cet égard me fieconda. Il se rappeloit toutes les craintes que j'avols jadis témoignées sur la conduite de Fancien tuteur, et que, depuis plusieurs Jours, j'avois voulu Tentretenir sur ce sujet ; il étoit persuadé que , jusqu^à ce moment, j'avois ignoré son amour ; il ne pouvoit rien soupçonner de prémédité de ma part; enfin , cet artifice est le premier que j'aie jamais employé avec lui :

ainsi il n'eut pas le moindre doute ^ il resta consterné et confondu. Par une délicatesse que vous concevrez, poursuivis-je , mon intention étoit

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de n'inslrnîre Inès de cet événement qii^après votre hymen , je n'en devoîs compte qu'à vous. Maintenant, mon fils, je naî plus qu'un mot à vous dire ; Inès, qui vous est promise dès Tenfance ; Inès , élevée avec vous pour devenir, de votre consentement, votre épouse; Inès a perdu sa fortune : elle n'a rîen, et Alhponsine est une riche héritière. On dira que sa richesse vous a fait tolérer l'illégitimité de sa naissance ; on dira que vous n'avez rompu l'engagement le plus solennel qu'en apprenant la ruine d'Inès; supporterez - vous ce déshonneur!

Il suffit, répondit mon fils ; daignez oublier ce funeste entretien ; je suis prêt à épouser Inès; mais arrachezmoi d'ici ! — Partons aujour-

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d'iiuî pour Madrid. — J'y consens* — Ne retardons pins cet hymen nécessaire à votre gloire : en différant encore, Inès pourroit découvrir sa situalion Il fautrépooser

le lendemain^ de notre arrivée à Madrid, — Pièce vez> en ma parole.

'— Telle fut noire conversation.

Mon intendant est prévenu ; Inès ignore tout ; nous signons ce soir ie contrat, que vous et moi lirons seuls : Inès et mon fils ne songeront assurément pas à en demander communication; et dans ce cas même , nous avons deux fausses copies, que l'on offrira à chacun séparément, mais qu'ils ne liront certainement pas. — Maintenant, Hîadame, dit don Juan, oserois-je vous demander ce que vous exigea

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de moî? — Il est possible ^ repondît la comtesse , que mon fils, ce soîr, à la sîgnalnre des articles, vous dise un mol sur la prétendue ruine d'Inès; que, place près de vous, il vous en parle tout bas, ou que même une réflexion nouvelle lui fasse désirer de vous entretenir en particulier sur ce point. Ce que je vous demande, c'est d'éviter ceci d'une manière très-simple, en vous tenant toujours auprès d'Inès, et en nous quittant sur-le-champ après la signature. De chez moi partez pour la campagne jusqu'à demain au soir , afin que don Alvar ne puisse ni vous écrire ni vous trouver chez vous ; voilà tout ce que je vous demande. — J'en suis au désespoir, madame, reprit don Juan;

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car îl m'est impossible de vous rien accorder de ce que vous attendez de moi. — Comment! le silence sur un secret que je vous confie ! — Permettez - moi de vous dire , madame , qu\m secret révélé par un motif d'intérêt n'est point une confidence ; d'ailleurs , mon silence , dans ce cas , seroît un mensonge et une trahison. — Il feroit le bonheur d'une famille, empêcheroil un parjure , préserveroit un jeune homme de l'égarement le plus coupable , et lui feroit épouser une personne charmante , vertueuse , accomplie , et qui est le plus grand parti de l'Espagne; it îl me semble , monsieur , que ce n'est pas vous proposer une mauvaise action.— Les résultais , jen

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conviens, en pourrolenl être heureux; maïs laclion, madame, seroît, dans tous les cas, très-condamnable de ma part; et, dans ma situation particulière , elle seroit une lâche perfidie ; elle me débarrasserolt d'un rival redoutable, car je vous avoue , madame, que j aime Alphonsîne, et que j'ai demandé sa main. »

Une déclaration si franche ne laissoit aucun espoir à la comtesse.

Interdite et consternée, elle rêva un moment; ensuite, reprenant la parole : « Eh bien! monsieur, ditelle; ne venez plus du tout ; laissez-^ mol votre procuration. — - Non, madame , il faut absolument que

don Alvar soit désabusé ce soir

— Ah î c'en est trop , s'écria là

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comtesse outrée de colère ; quels

droits avez- vous sur mon fils?

— Aucun. Maïs Inès est ma pupille; je ne souffrirai pas que Ton répande de faux bruits sur F état de sa forlune — Vous voulez donc porter

la désunion dans ma famille , et me brouiller avec mon fils? — Au contraire , madame , ceci peut vous donner de nouveaux droits à sa reconnolssance et à sa tendresse. Je îaîraî cet entretien , je vous en donne ma parole , mais à condition que vous direz à don Alvar que vous n'avez voulu faire qu'une épreuve , qui montrât du moins, au milieu de son égarement , qu'il a conservé à^s senllmens d'honneur €t de générosité. — IN on, monsieur, reprit la comtesse ^ je ne me ferai .

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jamais honneur d'un mérite que je n'aurai point. Vous êtes donc décide à faire le malheur de ma vie par une fausse délicatesse ? — Vous avez vous-même, madame, une trop belle âme pour ne pas m'approuver en secret. Votre ingénieux artifice honore don Alvar et les principes qu'il a reçus de vous ; cette conduite étoit excusable dans nne mère , elle seroit odieuse dans le tuteur d'Inès, rival de don Alvar. »

, Des louanges méritées, données à propos , une justice rendue par une personne d'un grand caractère, calmeront toujours (en dépit des plus puîssans intérêts) la colère et le ressentiment d une femme. C'est pourquoi les femmes montrent presr

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que toujours, clans les affaires, de la faiblesse ou de rimprudencc.

Elles sont trop faciles à gagner; alors même qu^ll est Impossible de les séduire , il est aisé de les émouvoir, d'ébranler leurs résolutions, ou de les mener beaucoup plus loin qu elles n'ont eu d abord le projet d'aller.

La comtesse, désolée, mais radoucie , énorgueilie par les éloges du sévère don Juan, se lève avec une action emphatique , sonne , et d'un ton solennel , dit à un valet de chambre d'aller chercher son fils. Don Alvar sur - vient ^ et la comtesse y sans préambule , lui déclare la vérité en présence de don Juan , qu'elle avoit relenu, « C'est don Juan, dit- elle >

qui me force à faire cet aveu ; il vonloît que je m'en fisse honneur auprès de vous; mais si j'ai pu vous tromper un moment pour voire gloire et pour votre bonheur, je suis incapable de vous déguiser la vérité pour me faire valoir à vos

yeux — Généreux don Juanl

s'écrie don Alvar. — Mon fils , reprit la comtesse, si chacun, aujourd'hui , faisoil son devoir, vous viendriez signer le contrat. — Ah ! répondit-il, daignez me laisser respirer....— Don Alvar, dit don Juan, vous cédiez, sans balancer, à l'opinion publique , la volonté d'une mère a-t-elle moins de pouvoir sur vous?.... — Mon malheur ne sauroit la rendre heureuse ; je lui donnerois ma vie , je pourrois lui sacrifier

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monbonlieur, maïs ce seroll détruire le sien. » La comtesse, quoique bien décidée à ne jamais donner le consentement que son fils désîroît obtenir, fut toucbée de celte phrase, et fut charmée que don Juan l'eût entendue. C'élolt une sorte d'excuse d\ine désobéissance qui blessoît également son amour-propre et son cœur. Elle lendit la main à don Alvar, qui la reçut en mettant un genou en terre. La comtesse , dans cet Instant, regarda don Juan d'un air presque triomphant ; don Juan sourit , fit une profonde révérence , et sortit.

Ce sourire épîgrammatîque piqua la comtesse, el lui rendit toute sa fermeté. Elle commença un long sermon; don Alvar répondit avec

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toutes les expressions du plus profond respect, maïs en montrant la plus inébranlable résolution de ne jamais épouser Inès. La comtesse se fâcha , fit des reproches , des menaces : tout fut inutile. Aprè3 une scène très-vive, dans laquelle la comtesse renouvela' mille fois le serment de s'opposer toute sa vie à une union qu elle appelolt déshonorante, don Alvar se borna à demander avec instance la permission d'aller passer quinze jours dans la terre de sa mère , dont on avoit fait rebâtir le château. Il savoit que des affaires et des devoirs à remplir retlendroient la comtesse plus d'un mois à Madrid. La comtesse y consentit, à condition que M, Antonio paitiroit avec lui : ce

qui fut accepté par don Alvar, qui ne vouloît , dlsaît-ll, que se recueillir dans la solitude , et lâcher, s'il étoit possible , d'y recouvrer sa raison égarée. Alors , la comtesse fut très- satisfaite de ce projet; elk atlendoit tout des soins et de la surveillance de M. Antonio.

Don Alvar courut ser enfermer dans sa chambre ^ où son premier soin fut d'écrire à Dazeli , pour l'informer de tous ces événemens. Ensuite il forma de grands projets, donna ses ordres à Pérès, son valet de chambre de confiance , et fit tout préparer pour son départ. Pendant ce temps, la comtesse confioit tout à Inès, qui fut beaucoup plus surprise qu'aflligée en voyant sa

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noce rompue encore pour celle fols.

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